Être un homme en 2023 : comment définir la masculinité ?

Papier collage d'un "homme fort"
Papier collage d'un "homme fort" ©Getty - © Tara Moore
Papier collage d'un "homme fort" ©Getty - © Tara Moore
Papier collage d'un "homme fort" ©Getty - © Tara Moore
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Cinq ans après MeToo, comment peut-on définir la virilité ? Sergio Coto-Rivel, professeur de littérature latino-américaine à Nantes Université décrypte pour nous les nouvelles masculinités.

Le théâtre du Grand T à Nantes propose un festival consacré aux nouvelles masculinités. "Être un Homme" c'est son nom, va rassembler artistes, chercheurs et activistes autour de la définition quelque peu bousculée de la virilité en 2023. Alors que nous venons de marquer le 5ème anniversaire du mouvement de libération de la parole des femmes, qu'en est-il de celle des hommes ? Marie Sorbier est allée demander à Sergio Coto-Rivel comment les critères de la masculinité ont changé ces dernières années.

L’homme, un modèle hégémonique ?

Historiquement, les masculinités plurielles existent depuis toujours, de l'époque antique à l’époque moderne en passant par le Moyen-Âge. Pourtant, un modèle s’est imposé au fil du temps, tendant à se présenter comme un modèle hégémonique comme s'il était la seule façon d'être un homme, de se réaliser en tant qu'homme.

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L’idée était de voir quelles sont ces variétés et cette pluralité dans les masculinités et, surtout, de les questionner.Sergio Coto-Rivel

La question principale fut celle du jugement admis sur les nouvelles masculinités. D'où le sous-titre du festival “Célébrer les masculinités plurielles” qui signale d’emblée la diversité des masculinités.

Croiser les regards et les approches

Le patriarcat en soi présente une forme de masculinité idéale, balance à l’aune de laquelle se mesure aussi bien les hommes que les femmes.

Ce festival sert à voir la pluralité qui existe en dehors de ce modèle qu'on croit universel, mais qui est un système de domination.Sergio Coto-Rivel

De nombreux universitaires travaillent sur les problématiques soulevées par la fluidité des genres, c'est-à-dire tout ceux qui, dans leur identité, ne se sentent ni tout à fait homme ni tout à fait femme, ou n'entrant pas dans nos critères binaires féminin-masculin. Toutefois, les artistes ou encore les militants ont aussi leur rôle à jouer dans ce changement de mentalités en cours. En effet, l'analyse doit s’ancrer dans la réalité et ne peut seulement trouver un appui théorique ou historique.

Le théâtre crée un espace où on peut se rencontrer et réfléchir sur les violences des genres, les féminicides, la place que les hommes occupent dans l'espace public.Sergio Coto-Rivel

L’intérêt du festival est de rencontrer des publics plus larges afin de leur proposer de l'art vivant - pièces de théâtre, performances, ateliers de lecture, etc - pour leur faire prendre conscience, par la variété des médiums, de la variété des identités.

Et les femmes redéfinissent les masculinités

Si la grammaire tend, ces dernières années, à rendre le masculin le plus neutre possible, il n'en demeure pas moins qu'il reste la manière universelle de présenter - et représenter - l'humanité. Le festival entend ainsi démontrer comment le masculin ne peut se poser en tant qu'universel. De plus, un approfondissement de la question des rapports de pouvoir est aussi appréhendée comme une part essentielle dans la discussion.

"Depuis longtemps, les mouvements féministes ont développé tout un cadre théorique très important pour pouvoir réfléchir à la question. Cependant, il est clair que cela ne peut pas reposer seulement sur les épaules de femmes." Sergio Coto-Rivel

Il est donc indispensable que les hommes commencent à se poser des questions, se remettre en cause et identifier leurs privilèges acquis dans la place publique et les espaces publics en général, ou encore au travail. Et Sergio Coto-Rivel d'ajouter : "Cette réflexion doit aussi venir de la part des hommes pour agir en conséquence."

  • Y aller : Le festival “ Être un homme” se tiendra du 31 janvier au 4 février au Grand T, à Nantes. Retrouver ici le programme.

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