Eloïse Bridgerton (Claudia Jessie Peyton) et Pénélope Featherington (Nicola Coughlan) dans la série "Les Chroniques de Bridgerton" sur Netflix.
Eloïse Bridgerton (Claudia Jessie Peyton) et Pénélope Featherington (Nicola Coughlan) dans la série "Les Chroniques de Bridgerton" sur Netflix.
Eloïse Bridgerton (Claudia Jessie Peyton) et Pénélope Featherington (Nicola Coughlan) dans la série "Les Chroniques de Bridgerton" sur Netflix. - Creative Commons
Eloïse Bridgerton (Claudia Jessie Peyton) et Pénélope Featherington (Nicola Coughlan) dans la série "Les Chroniques de Bridgerton" sur Netflix. - Creative Commons
Eloïse Bridgerton (Claudia Jessie Peyton) et Pénélope Featherington (Nicola Coughlan) dans la série "Les Chroniques de Bridgerton" sur Netflix. - Creative Commons
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Résumé

Alors que la saison 2 des "Chroniques de Bridgerton" arrive sur Netflix en mars, l'historien Pierre Savy nous explique les vertus de l'anachronisme dans les œuvres de fiction historique.

avec :

Pierre Savy (Directeur des études pour le Moyen Âge à l’Ecole française de Rome.).

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Comme bon nombre de vos contemporains, vous avez déjà vu des séries ou lu des fictions historiques. Peut-être avez-vous également sagement fermé les yeux face aux multiples anachronismes qui parsèment parfois ces romans, jeux vidéo, films et autres séries historiques très en vue ces dernière années.

L'épineuse question de l'anachronisme

Mais qu’en est-il d’un historien, peut-il détourner le regard des anachronismes aussi facilement qu’un spectateur lambda ? Ou au peut-il au contraire trouver en eux une source de stimulation, d’inspiration didactique ?

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A l’occasion de la sortie de la seconde saison de la série Les Chroniques de Bridgerton, une saga qui nous plonge dans l'Angleterre de la Régence au 19ème siècle et qui use, voire abuse, de l'anachronisme, nous avons demandé son avis à Pierre Savy, historien, directeur des études pour le Moyen Âge à l'Ecole française de Rome.

« Quand il s'agit de me prononcer sur des œuvres de fiction, je mets de côté mes lunettes d'historien et je les regarde comme un spectateur normal, avec le plaisir ou la surprise que peut causer l'anachronisme des Chroniques de Bridgerton, par exemple. » Pierre Savy

Bien que la suspension consentie d’incrédulité puisse parfois adoucir nos jugements relatifs aux éventuels anachronismes croisés lors de la découverte d’une œuvre de fiction, ces imprécisions temporelles ont toujours posé d’épineuses questions aux historiens.

« La question de l’anachronisme est ancienne et compliquée à traiter pour les historiens, mais elle n’en est pas moins stimulante dans le cadre des recherches historiques que nous pratiquons. C’est une catégorie très critiquée, mais vraiment très stimulante » Pierre Savy

Anachronisme matériel et anachronisme mental

Malgré sa place ambigüe dans le champ universitaire, aujourd’hui l’anachronisme n’est plus le « péché des péchés irrémissibles » décrit par Lucien Febvre. Evidemment l’« anachronisme matériel » consistant par exemple à user d’un canon lors d’une représentation théâtrale d’une pièce antique, peut être condamnable aux yeux de tout historien. Cependant, la subtilité est de rigueur lorsqu’il s’agit d’« anachronisme mental » qui, s'il reste une faute aux yeux de certains, est une faute pardonnable aux yeux de Pierre Savy.

« Prenons l’exemple de l’athéisme supposé de Rabelais. Ne pas croire en Dieu au 16ème siècle c’est impossible. Prêter des idées athées à Rabelais est anachronique. Mais c’est un anachronisme acceptable car il n’est pas d’ordre matériel mais mental. Oser proposer des anachronismes mentaux pour comprendre le passé est intéressant et stimulant. » Pierre Savy

Cette remise en question contemporaine de la nature des anachronismes met en avant leur potentiel pédagogique, dans le cadre de la recherche mais aussi dans le cadre de l’enseignement de l’Histoire. Là où les spécialistes voyaient en eux des « péchés » autrefois, il est désormais possible d’y voir également des « vertus » d’ordre didactique.

« Employer une catégorie qui n’était pas employée par les acteurs de l’époque car elle n’existait pas encore dans leur langue, fait gagner du temps. Le fait qu’un mot n’existait pas ne signifie en aucun cas que ce qu’il désigne aujourd’hui n’existait pas non plus. Les hommes avaient un inconscient avant que Freud le nomme. » Pierre Savy

L'anachronisme comme affirmation d'un choix artistique

Alors la fiction trahie-t-elle pour autant la véracité historique lorsqu’elle se permet des fantaisies anachroniques, ou bien sert-elle également un dessein pédagogique ? Là encore la réponse se trouve sur une ligne de crête, la même que semble emprunter Les Chroniques de Bridgeton en introduisant de nombreux personnages métissés dans l’aristocratie anglaise du 19ème siècle.

« Si on reprend l’exemple des Chroniques de Bridgerton, il n’y a pas forcément d’objectif didactique à réintroduire de la diversité dans les apparences, mais plutôt une volonté de rendre familier un univers qui, par sa blancheur totale originelle, ne serait pas conforme à celui des adolescents qui regardent la série. » Pierre Savy

En savoir plus : Foison de séries historiques britanniques

  • La deuxième saison des Chroniques de Bridgerton sortira sur Netflix au mois de mars 2022.
Références

L'équipe

Marie Sorbier
Production
Alexandre Fougeron
Réalisation