Détail d'un bas-relief sculpté par Alfred Janniot pour le Rockefeller Center de New York.
Détail d'un bas-relief sculpté par Alfred Janniot pour le Rockefeller Center de New York.
Détail d'un bas-relief sculpté par Alfred Janniot pour le Rockefeller Center de New York. ©Getty - Jeff Greenberg
Détail d'un bas-relief sculpté par Alfred Janniot pour le Rockefeller Center de New York. ©Getty - Jeff Greenberg
Détail d'un bas-relief sculpté par Alfred Janniot pour le Rockefeller Center de New York. ©Getty - Jeff Greenberg
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Résumé

Qu'ont en commun le palais de Tokyo, le palais de la porte Dorée à Paris, ou le Rockefeller center à New York ? Toutes ces façades ont été sculptées par Alfred Janniot. Claire Maingon, historienne de l'art nous présente ce sculpteur mis à l'honneur ces jours-ci.

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Claire Maingon (Historienne d'art).

En savoir plus

Qu’ont en commun le Palais de Tokyo, le Palais de la Porte Dorée de Paris, la Bourse du Travail de Bordeaux ou encore le Rockefeller Center de New York ? Tous ont leurs murs sertis de bas-reliefs signés du sculpteur Alfred Janniot, représentant majeur de l’Art Déco. En effet, l’élégance, la préciosité, l’esthétisme et le caractère décoratif de son style ont été sollicités par de nombreux commanditaires partout en France. Pour en savoir plus sur ce sculpteur ayant enrichi le patrimoine architectural français, Marie Sorbier a interrogé Claire Maingon, maître de conférences en Histoire de l’Art à l’Université de Rouen et directrice de la revue Sculpture.

Minéral et idéal

Né à Paris en 1889 et décédé à Neuilly-sur-Seine en 1969, Alfred Janniot a marqué l’histoire de l’art français et international avec ses célèbres « tapisseries de pierre » :

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« L’expression « tapisseries de pierre » fait référence aux bas-reliefs qu’il a réalisé pour le Palais de la Porte Dorée. Une œuvre luxuriante, animalière, monumentale et unique pour l’époque, plus de 1200 m² de sculpture. On parle de tapisserie parce que ce grand décor semble habiller l’architecture, coloniser l’architecture même puisqu’il a été construit pour l’exposition coloniale de 1931. » Claire Maingon

A noter que tous les bas-reliefs ne sont pas considérés comme des « tapisseries de pierre ». Aussi, ceux d’Alfred Janniot se rapprochent des sculptures de son mentor, Antoine Bourdelle :

« L’origine de la tapisserie de pierre vient de l’Egypte Antique, où les décors pariétaux alliaient culture et architecture, s’imposant comme des exemples majeurs de l’union entre sculpture et architecture. Janniot aussi est un sculpteur monumental qui développe une conscience architecturale de la sculpture, en travaillant avec des architectes, au service de l’architecture. » Claire Maingon

Figure majeure de la sculpture Art Déco, Alfred Janniot adopte très rapidement des thématiques et des sujets récurrents dans ses œuvres, au point d’en faire sa marque de fabrique :

« C’est un artiste très cultivé, porté vers l’idéal, qui s’inspire de la Renaissance italienne comme de la mythologie. Son sujet de prédilection est le corps féminin, qu’il s’emploie à magnifier, mais il aborde également les mythes, les légendes, les divinités, toujours avec un accent maniériste, une sorte de canon très reconnaissable. » Claire Maingon

Palais de la Porte Dorée avec son bas-relief par Alfred Janniot en 1931 à Paris, France.
Palais de la Porte Dorée avec son bas-relief par Alfred Janniot en 1931 à Paris, France.
© Getty - Bruno DE HOGUES

Du classicisme à l’esthétisme sans passer par le colonialisme

Formé à l’école des Beaux-Arts, Alfred Janniot se voit décerner le Prix de Rome en 1919, avant de devenir résident de la prestigieuse Villa Médicis, hétérotopie stimulant la création, située en plein cœur de Rome et de ses merveilles artistiques et architecturales. Néanmoins, ses inspirations antiques ne proviennent pas uniquement de ce séjour :

« C’est un artiste qui a une culture classique très importante, mais pour autant, ce n’est pas parce qu’on est formé à l’école des Beaux-Arts que l’on est forcément un artiste d’arrière-garde, sans imagination. Au contraire, dans le cadre de l’art classique et académique, Janniot est un artiste d’une grande invention. » Claire Maingon

Sculpteur officiel, croulant sous les commandes publiques, Janniot est très sollicité par l’Etat dans les années 1930, car il souhaite promouvoir les richesses de ses colonies. Alfred Janniot est-il pour autant un sculpteur colonial ? Claire Maingon répond :

« Je ne pense pas, son travail est dénué d’un discours idéologique. Il ne s’est jamais rendu dans les colonies, il n’a participé à aucun salon d’art colonial, il n’a pas traité de sujets politiques, il a juste profité de la commande extraordinaire d’Albert Laprade, l’architecte du Palais de la Porte Dorée. Très grand sculpteur animalier, on peut voir sur le bas-relief du palais de nombreux animaux ainsi qu’une flore luxuriante, symboliques de la richesse coloniale. » Claire Maingon

Amoureux de l’esthétisme, Albert Janniot ne fait pas de distinction entre ses sculptures animalières ou humaines et ce peut importe le lieu de ses réalisations artistiques :

« Il sculpte de la même manière les corps sur la fresque du Palais de la Porte Dorée que les déesses ou les personnages mythologiques de l’esplanade du Palais de Tokyo. Il n’y a pas de différence, c’est toujours la beauté des cultures, des corps humains et sa vision très allégorique des sujets qui sont mis à l’honneur dans ses œuvres. » Claire Maingon

3 min

L’exposition Alfred Janniot : De l’atelier au monumental est à visiter jusqu’au 18 septembre 2022 au Musée des Beaux-Arts de Saint-Quentin. Le catalogue de l’exposition est à retrouver aux éditions Norma.