Représentation de "Cyrano de Bergerac". ©Getty - Wayne Eastep
Représentation de "Cyrano de Bergerac". ©Getty - Wayne Eastep
Représentation de "Cyrano de Bergerac". ©Getty - Wayne Eastep
Publicité
Résumé

Suite au rapport de la cour des comptes sur la faible diffusion du spectacle vivant, Bernard Latarjet, président de l’ONDA propose des solutions pour que les spectacles créés soient vus plus largement.

En savoir plus

Le spectacle vivant français bénéficie de financements publics importants, de l’Etat mais aussi de plus en plus de collectivités territoriales, ce qui permet à la création de se développer abondamment sur le territoire. Cependant, les créations qui résultent de ces subventions sont relativement peu diffusées. En effet, en 2019 le nombre moyen de représentations pour un spectacle était de 3,7 fois dans un Cendre Dramatique National, et de 2,3 fois dans une scène nationale. Pour en discuter, Marie Sorbier s’est adressée à Bernard Latarjet, président de l’Office National de Diffusion Artistique.

Un déséquilibre causé par la « surproduction » ?

Ayant mené une mission sur l’enjeu de la diffusion artistique en 2004, Bernard Latarjet est très au fait de l’évolution de cette dernière, décrite dans le récent rapport de la Cour des Comptes.

Publicité

« Peu de choses ont évolué dans le déséquilibre entre la création et la diffusion en France. Notre modèle de politique culturelle français, historiquement, privilégie l’œuvre, l’artiste et la création, sur le public. S’il y a un déséquilibre à corriger, il faut aussi assumer ce modèle car il a beaucoup d’avantages, par exemple, sans ce lui, le cinéma français serait mort depuis longtemps. » Bernard Latarjet

Bernard Latarjet est clair à ce sujet, il ne faut pas "jeter le bébé avec l’eau du bain" car s’il a des défauts, le système permet quand même à la création de s’épanouir et aux créateurs de proliférer.

« La France est le pays du monde où se créent le plus d’œuvres, toutes disciplines confondues, chaque année. C’est le pays du monde qui compte le plus grand nombre de projections, d’expositions, d’édition de livres et de spectacles vivants. C’est pourquoi, logiquement, la France est aussi le pays dans lequel le nombre de représentations par œuvre est le plus faible. Il faut rééquilibrer cela. » Bernard Latarjet

Néanmoins, Bernard Latarjet précise qu’il ne faut pas remplacer la logique de l’offre par celle de la demande, sans quoi il serait aisé de tomber dans la quête à l’audimat et au commerce. Pour autant, peut-on dire qu’il y a une surproduction artistique en France ?

« Il ne s’agit pas de dire "il y a trop" il s’agit de savoir comment on peut mieux équilibrer cette fécondité artistique, dans toutes les disciplines. Pour assurer ce rééquilibrage, sans tout casser, il faut mettre en place une stratégie à long terme, qui repose selon moi sur trois voies principales. » Bernard Latarjet

Une réforme à élaborer sur trois axes

Pour Bernard Latarjet, la réforme de la diffusion du spectacle vivant repose sur trois piliers, qui doivent se conjuguer autant que s’inscrire dans le temps. La première variable d’ajustement de cette stratégie est l’éducation artistique :

« Il ne suffit pas de décréter des publics ou d’espérer des publics, il faut les faire ! Et on sait à quel point c’est difficile aujourd’hui. Le rapport de la Cour des Comptes pointe notamment un vieillissement de la population. On ne fabriquera des publics durablement, structurellement, que par l’éducation artistique. » Bernard Latarjet

Le second pilier sur lequel doit reposer une éventuelle réforme favorisant une meilleure distribution des spectacles vivant est la coopération :

« Il faut inciter, sinon obliger les acteurs, que ce soit les artistes, les compagnies comme les établissements de diffusion, à travailler plus ensemble. Il faut sortir de cette logique du chacun pour soi, de concurrence extrême, pour développer les mises en commun de projets. » Bernard Latarjet

Cette coopération est par ailleurs déjà sollicitée par l’ONDA qui donne de plus grandes subventions aux tournées de spectacles qui s’étendent à plusieurs théâtres. Enfin, le troisième pilier c’est la réforme des aides :

« L’adaptation des aides aux artistes et aux compagnies est nécessaire, il faut qu’elles soient plus sélectives, quitte à ce qu’elles soient plus élevées pour que les spectacles soient solidement produits et solidement diffusés. Cela s’applique aussi aux aides aux établissements de diffusion, aux scènes nationales et aux centres dramatiques. » Bernard Latarjet

10 min

Aller au public par le biais du numérique

Enfin, outre les trois pistes évoquées précédemment, une autre catégorie d’aide qui bouscule un peu les dogmes a un grand avenir, celle du numérique :

« Le numérique est considéré comme un outil de diffusion inévitable, à la fois pour desservir les zones où il n’y a pas de théâtres, pas d’établissements et pour toucher un public plus jeune qui n’a accès aux œuvres que par l’écran aujourd’hui. Néanmoins il ne faut pas uniquement soutenir la captation de spectacles mais aussi la création d’œuvre spécifiquement pensées pour le numérique. » Bernard Latarjet

Pour prolonger la réflexion sur ce sujet, retrouvez en librairie Pour une politique culturelle renouvelée de Bernard Latarjet et Jean-François Marguerin aux éditions Actes Sud.

Références

L'équipe

Marie Sorbier
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Production
Alexandre Fougeron
Réalisation
Pierre Bouyer
Stagiaire