Peintures rupestres réalisées il y a environ 25 000 ans. Grotte Cosquer, cap Morgiou, massif des Calanques.
Peintures rupestres réalisées il y a environ 25 000 ans. Grotte Cosquer, cap Morgiou, massif des Calanques.
Peintures rupestres réalisées il y a environ 25 000 ans. Grotte Cosquer, cap Morgiou, massif des Calanques. - Henri Cosquer / GAMMA
Peintures rupestres réalisées il y a environ 25 000 ans. Grotte Cosquer, cap Morgiou, massif des Calanques. - Henri Cosquer / GAMMA
Peintures rupestres réalisées il y a environ 25 000 ans. Grotte Cosquer, cap Morgiou, massif des Calanques. - Henri Cosquer / GAMMA
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Résumé

La reconstitution de la grotte Cosquer, site majeur du paléolithique ouvre ses portes à Marseille. Luc Vanrell, archéologue sous-marin et directeur scientifique de la grotte Cosquer nous explique pourquoi ce site unique aura bientôt disparu.

En savoir plus

Après la création d’un premier fac-similé de la grotte de Lascaux en 1983 afin d’en préserver les peintures tout en permettant au public de s’émerveiller devant ses œuvres paléolithiques, c’est au tour de la grotte Cosquer d’ouvrir les portes de sa restitution aux curieux. Site majeur du paléolithique, découvert en 1991 par le plongeur Henri Cosquer, la grotte comptabilise environ 200 figurations pariétales dans un état de conservation exceptionnel du fait de l’accessibilité extrêmement restreinte du lieu dont la seule entrée se situe à 37 mètres de profondeur. Néanmoins, la grotte et les trésors qu’elle abrite semblent aujourd’hui condamnés à disparaître du fait de la progressive montée des eaux. Pour en savoir plus Marie Sorbier s’est entretenue avec Luc Vanrell, archéologue, photographe, plongeur et directeur scientifique de la grotte Cosquer.

L’extraordinaire infra-ordinaire paléolithique

La grotte Cosquer n’a plus de secrets pour Luc Vanrell qui l’étudie depuis trente ans déjà. Il connaît par cœur les parois ornées de merveilles millénaires et nous explique comment ces dernières ont pu être aussi bien conservées :

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« Un tel état de conservation est assez miraculeux au vu de la violence des évènements géologiques post-glaciaire. Seules les grottes profondes ont été préservées de la fonte des glaces d’alors. Cela nous mène à nous poser plusieurs questions d’ailleurs : les hommes sont-ils rentrés dans ces grottes pour faire des dessins ou est-ce que les grottes sont les seuls endroits où les dessins se sont conservés ? Les hommes d’autrefois produisaient-ils de l’art partout ? » Luc Vanrell

Impossible de le savoir du fait de la nature périssable des objets sur lesquels auraient pu être peintes ou gravées ces œuvres. Ainsi, Luc Vanrell tient à mettre en garde contre les explications parfois simplistes de faire des grottes des lieux nécessairement liés à la spiritualité de nos ancêtres au seul motif que l’on y ait retrouvé de nombreuses peintures et gravures.

« Il faut prendre en compte le fait que l’art a pu se conserver dans les grottes profondes mais pas ailleurs, donc on a une vision tronquée de ce qui existait à l’époque. Néanmoins, cela nous donne une vision assez intéressante et complète de ce que souhaitaient exprimer les chasseurs-cueilleurs de l’époque, de la faune qu’ils fréquentaient etc… Pourquoi la reproduisaient-ils ? Cela reste un mystère. » Luc Vanrell

6 min

Espace d’espèces

La faune représentée sur les murs de la grotte Cosquer, que l’on pouvait retrouver dans les divers biotopes marseillais de l’époque, était composée de phoques et, plus étonnant encore pour nous, de pingouins :

« Il y avait des pingouins à Marseille oui, car il y avait à l’époque un climat similaire à celui de la Norvège actuelle, un climat très froid ! Il faut peut d’écart thermique pour rentrer dans une phase glaciaire, ou au contraire, pour passer dans une phase de grande fusion des glaces et une déglaciation majeure comme aujourd’hui. » Luc Vanrell

Outre les animaux surprenants peuplant le littoral, les autres biotopes étaient également riches en ressources alimentaires pour les populations locales, qui aimaient à représenter les espèces qu’elles chassaient :

« La plaine côtière, qu’on appelle désormais plateau continental, était une zone de circulation pour les grands troupeaux d’herbivores et les chasseurs qui les suivaient. Le biotope de montagne, c’est-à-dire le massif de Marseilleveyre, Puget, Saint-Cyr, l’archipel de Riou, était quant à lui propice à la présence de bouquetins et de chamois, également représentés dans la grotte. » Luc Vanrell

La disparition

Cette grotte, si précieuse pour les archéologues est aujourd’hui particulièrement en péril du fait d’une inexorable montée des eaux. Malgré plusieurs projets destinés à la protection de la grotte, il semblerait que la perte de ce trésor archéologique soit désormais inévitable.

« Au vu des évènements climatiques il est presque impossible de protéger la grotte. Aussi, mettre les œuvres à l’abri changeraient leur environnement conservatoire et pourrait les mettre en péril. Malgré la mise en place de solutions théoriques temporaires, tout dépend de l’accélération de la montée des eaux et malheureusement, cette dernière s’accélère dramatiquement depuis 2011 dans la grotte Cosquer. » Luc Vanrell

Cette accélération de la montée des eaux et la progressive dégradation voire l’engloutissement des œuvres est déjà visible à l’œil nu depuis la découverte de la grotte en 1991. Luc Vanrell, qui l’étudie depuis près de 30 ans peut en témoigner :

« Les panneaux les plus emblématiques, comme celui des chevaux noirs, se dégradent sous mes yeux. Depuis 2011, les marques laissées par l’élévation du niveau de montée des eaux ont gagné du terrain. Actuellement on peut considérer que le registre inférieur du panneau des chevaux passe entièrement sous l’eau. » Luc Vanrell

55 min

La restitution de la grotte, Cosquer Méditerranée, est à visiter à partir du 4 juin 2022 à la Villa Méditerranée de Marseille.