Le poète Félix Jousserand, photographié à l'intérieur de l'Académie de France à Rome.
Le poète Félix Jousserand, photographié à l'intérieur de l'Académie de France à Rome. - Villa Medici
Le poète Félix Jousserand, photographié à l'intérieur de l'Académie de France à Rome. - Villa Medici
Le poète Félix Jousserand, photographié à l'intérieur de l'Académie de France à Rome. - Villa Medici
Publicité

Quelle place occupe la poésie dans le politique ? Suite à sa tribune "De l'indispensable inutilité de la poésie", Félix Jousserand, poète et pensionnaire de l'Académie de France à Rome, revient au micro de Marie Sorbier sur l’importance du geste poétique dans nos politiques contemporaines.

Avec
  • Félix Jousserand

Slameur, poète et actuellement pensionnaire de l'Académie de France à Rome, la Villa Médicis, Félix Jousserand est l'auteur d'une tribune intitulée De l'indispensable inutilité de la poésie. Au micro de Marie Sorbier, il revient sur la place qu'occupe la poésie dans le champ politique des sociétés occidentales contemporaines. Par exemple, l'incursion aussi remarquée que relayée de la poésie contemporaine d´Amanda Gorman lors de la cérémonie d'investiture de Joe Biden, le 46ème président des Etats-Unis, le mercredi 20 janvier 2021, pourrait-elle éveiller un désir de poésie au sein du gouvernement français ?

Difficile de le savoir, répond le poète, pour qui il est néanmoins certain que le politique et la poésie ont partie liée depuis la nuit des temps. 

Publicité

Poésie et politique

L'histoire du discours politique se conjugue à celle d'une parole proférée qui cherche à aller plus loin que la gestion quotidienne de la cité. Pour emporter les coeurs et les esprits, une parole transcendante est indispensable à tout projet politique.                  
Félix Jousserand

A l'inverse, explique Félix Jousserand, les 19ème et 20ème siècle ont fabriqué une conception de l'art poétique qui serait coupé du corps social, au profit de formes éthérées, tournées vers l'imaginaire, l'inconnu et la déconstruction formelle. Pourtant, des formes poétiques plus anciennes, comme l'art des troubadours, reposent profondément sur un lien avec le corps social et l'actualité politique de leur époque. 

Le poète serait cet être totalement détaché des affaires du monde, vivant sur sa montagne et préoccupé à des problématiques abstraites. Au contraire, le poète, sous ses formes populaires, a les deux pieds dans le quotidien, partage la vie de ses concitoyens et relate les événements de son temps.                  
Félix Jousserand

Comment faire vivre la poésie aujourd'hui ? Comment lui redonner sa portée politique ? Pour Félix Jousserand, l'essentiel est de faire. Les choix politiques de l'ère pandémique présentent à ses yeux un lien direct avec la problématique du logos, du verbe incarné. Il cite à ce titre une des récentes recommandations sanitaires, selon laquelle il faudrait éviter de parler à son voisin ou au téléphone dans les transports en commun pour lutter contre la transmission du virus.

C'est un projet totalitaire. On n'aurait pu rêver un dispositif de cadrage plus parfait. Jeremy Bentham [philosophe et juriste anglais, ndlr] en a rêvé au 19ème siècle, le Covid-19 l'a fait : si vous voulez un système de contrôle absolu, interdisez aux gens de l'ouvrir. Vous serez alors sûrs qu'il n'y aura pas de troubles.                  
Félix Jousserand

La poésie, c'est le postillon. Puisque ce dernier est devenu le vecteur définitif de la contagion, il y a un problème d'usage du logos, du verbe. Pour faire de la poésie, il suffit de monter sur une table dans un café. Dès lors que les cafés sont fermés et que les postillons sont un danger terminal, il y a un problème.                  
Félix Jousserand

Qui réparera le corps social ?

Les restrictions sanitaires affectent gravement la pratique de la poésie, dont les formes populaires étaient pourtant ancrées dans la vie de la société, affirme le poète. Selon lui, toute question de poésie est une question de civilisation, rappelant que la poésie précède l'invention de l'écriture et fait donc partie du squelette de nos civilisations. La perspective d'une société totalement dépourvue de poésie n'en est que plus inquiétante. Comment alors réparer le corps social durant ces mois de privation humaine, comme l'écrit Félix Jousserand dans sa tribune mentionnée plus haut ?

Si rattraper le temps perdu semble difficile, voire impossible, l'espoir pour la poésie repose sur l'ancienneté de cette discipline, sur sa capacité de résilience maintes fois démontrées par le passé. Néanmoins, les risques pour la pratique de la poésie ne sont pas négligeables, dans une société où le sentiment de fraternité se raréfie autant que les prises de parole partagées dans l'espace public. 

Les usages sociaux n'existent que parce qu'ils sont pratiqués. Alors conservera-t-on l'habitude de cette possibilité d'un acte gratuit, populaire et libre dans l'espace public ?                
Félix Jousserand

La Villa Médicis : être confiné dans le confinement

Actuellement pensionnaire à la Villa Médicis à Rome, le poète Félix Jousserand jouit d'une quiétude particulière qui lui permet d'avancer dans son travail, à l'abri relatif des affres de la société. Outre les conditions offertes par l'Académie de France à Rome, les contraintes du confinement permettent d'éviter un lot de rencontres et de déplacements formels. Si c'est un avantage pour se concentrer sur son oeuvre, reste que le poète habitué à un certain ancrage dans la vie de la cité n'échappe pas à la frustration de ne pouvoir échanger avec ses pairs et d'éprouver des moments de fraternité. 

9 min

Le poète Félix Jousserand publiera fin avril 2021, aux éditions Au Diable Vauvert, un ouvrage intitulé 2020 ou les plaies d'Occident, où seront rassemblées les chroniques poétiques qu'il tient depuis le 1er janvier 2020. 

L'équipe

Marie Sorbier
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Production
Anouk Minaudier
Collaboration
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Collaboration
Hugo Altmayer
Collaboration
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Alexandre Fougeron
Réalisation