Buster Keaton dans le film "Le Caméraman" qu'il co-réalise avec Edward Sedgwick en 1928.
Buster Keaton dans le film "Le Caméraman" qu'il co-réalise avec Edward Sedgwick en 1928.
Buster Keaton dans le film "Le Caméraman" qu'il co-réalise avec Edward Sedgwick en 1928. ©Getty - Hulton Archive
Buster Keaton dans le film "Le Caméraman" qu'il co-réalise avec Edward Sedgwick en 1928. ©Getty - Hulton Archive
Buster Keaton dans le film "Le Caméraman" qu'il co-réalise avec Edward Sedgwick en 1928. ©Getty - Hulton Archive
Publicité
Résumé

La figure du journaliste-reporter est récurrente dans les premiers films du cinéma muet. Samantha Leroy, programmatrice à la fondation Jérôme Seydoux-Pathé nous explique les raisons de cette omniprésence.

En savoir plus

L’intérêt des cinéastes pour la figure du journaliste, et plus largement le monde du journalisme n’a cessé de croître, devenant même un genre cinématographique à part entière très développé aux États-Unis. Néanmoins, l’engouement pour la figure du reporter, les mécanismes de l’enquête, la nature des liens tissés avec les autres pouvoirs, émerge dès la période du cinéma muet, comme en témoigne la sortie de L’Affaire Dreyfus de George Méliès en 1899.

Dans le cadre de la rétrospective consacrée à la figure du journaliste-reporter dans le cinéma muet du début du 20ème siècle qui se tient à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé du 9 février au 8 mars 2022, Marie Sorbier s’entretient avec Samantha Leroy, programmatrice de la fondation, au sujet de cette fascination qu’avaient les cinéastes de l’époque pour l’univers journalistique.

Publicité

Le journalisme comme trait d’union entre deux mondes

Cette admiration de l’industrie du cinéma à l’endroit de la presse s’explique de plusieurs manières. La période de la naissance et de la progressive disparition du cinéma muet, située entre la sortie de L’Affaire Dreyfus de Méliès en 1899 et celle du film Le Caméraman de Buster Keaton et Edward Sedgwick en 1928, correspond à un véritable âge d’or de la presse, toute autre activité y est liée d’une manière ou d’une autre, et le cinéma n’y échappe pas.

« L’association entre Jean Sapène, magnat de la presse parisienne, René Navarre directeur de la société Cinéromans et les romanciers Gaston Leroux et Arthur Bernède permet une simultanéité dans la publication dans la presse de romans-feuilletons et la sortie sur les écrans de leurs adaptations. Cela crée un engouement du public qui lit le feuilleton dans la presse puis va ensuite le voir en salle. Souvent, le sujet de ces récits se trouve être un journaliste. » Samantha Leroy

Ce fut le cas par exemple dans le film Belphégor d’Henri Desfontaines de 1927, où un journaliste enquête sur les mystérieuses apparitions d’un fantôme dans les couloirs du Louvre. Selon Samantha Leroy, la ferveur pour le journalisme s’explique aussi pour ce que représente la figure de cet enquêteur intègre.

« Le journaliste est un personnage fascinant pour le cinéma. Il dispose d’une grande liberté, il peut s’immiscer partout, il espionne, questionne, se déplace. Il est missionné pour découvrir la vérité et la transmettre au public. Dans le meilleur des cas, il a une éthique, il est intègre ou scrupuleux. C’est une personnalité complexe, mais entière. » Samantha Leroy

Les différentes teintes d’une profession de caméléon

Ce personnage du journaliste, très prisé par le cinéma muet, a un autre atout de taille : il peut être incarné par des femmes, et ainsi toucher un public plus varié.

« La présence féminine est une particularité de la représentation du journalisme dans le cinéma muet, car c’est une profession où les femmes sont présentes assez tôt. Le point commun entre elles dans ces fictions est leur enthousiasme, leur détermination parfois même sans limites. » Samantha Leroy

Pour autant, le cinéma muet ne se cantonne pas à mettre sur un piédestal la figure du journaliste, bien au contraire, les réalisateurs n’hésitent pas à explorer toutes les facettes du métier.

« Le cinéma comique ou burlesque s’empare aussi du personnage du journaliste pour grossir les traits et montrer tous les travers possibles de la profession. Le journaliste est usurpateur comme Charlie Chaplin dans Making a Living (1914), mais aussi feignant comme dans Rigadin aux Balkans (1913) de Georges Monca, ou encore intrusif au point de se cacher dans la cuvette des toilettes dans Pour échapper aux photographes. » Samantha Leroy

Le journaliste, meilleur ennemi du policier

Enfin, il est impensable de ne pas faire le rapprochement entre la figure du journaliste et celle du policier au cinéma, et ce dès les premiers films muets, comme en témoigne l’adaptation muette du roman Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux réalisée par Emile Chautard et Maurice Tourneur en 1913.

« Bien souvent dans la fiction ce sont les journalistes qui trouvent le coupable avant la police. Il y a toujours une réticence de la part de la police à collaborer avec un journaliste. Dans Le Mystère de la chambre jaune par exemple, se trouve un intertitre sur lequel on peut lire "Journalistes contre policiers, renards contre loups". Ça montre qu’il y a une sorte de rejet teinté d’un mélange de crainte et d’exaspération. » Samantha Leroy

Références

L'équipe

Marie Sorbier
Production
Alexandre Fougeron
Réalisation
Pierre Bouyer
Stagiaire