Statuettes de la cérémonie des Molières.
Statuettes de la cérémonie des Molières. - L'Art Critique
Statuettes de la cérémonie des Molières. - L'Art Critique
Statuettes de la cérémonie des Molières. - L'Art Critique
Publicité

L'Académie des Molières ne récompense toujours pas les créations de lumière, de décors ni de costumes. Pauline Zurini, costumière, nous explique pourquoi il est important de mettre en lumière tous les corps de métier qui concourent à la création d'un spectacle.

Le 30 mai prochain aura lieu, comme chaque année, la cérémonie des Molières récompensant les meilleurs artistes et productions de théâtres publics et privés. A cette occasion, l’Union des Scénographes (UDS) a fait paraître une lettre accompagnée d’une pétition déjà signée par 160 professionnels du spectacle vivant pour critiquer l’absence de trophée saluant les meilleurs décors, costumes ou lumières. Marie Sorbier est allé discuter de ces revendications avec Pauline Zurini, créatrice de costumes de théâtre et signataire de la pétition.

Une académie avare de Molières

Après avoir bataillé pour une valorisation des scénographes par le Ministère de la Culture en février, l’UDS a cette fois-ci partagé une lettre et une pétition appelant à une diversification du palmarès des Molières.

Publicité

« Ça me semble important car certaines professions sont trop peu mises en lumière, malgré l’existence du Molière de la création visuelle et sonore, alors que toutes les professions concourent vraiment à fabriquer la magie du théâtre. » Pauline Zurini

Cette catégorie du Molière de la création visuelle et sonore est certes une avancée mais elle ne correspond pas aux attentes des créateurs eux-mêmes qui considèrent que leurs métiers sont suffisamment particuliers pour créer plusieurs catégories de récompense plutôt qu’une seule un peu fourre-tout.

« La création de la scénographie, du décor, est bien différente de celle des costumes, et la création des lumières est quelque chose de totalement différent encore. Chaque métier mérite d’être pleinement salué, reconnu et gratifié. » Pauline Zurini

Face à ces demandes, l’Académie des Molières ne réagit pas et continue de considérer qu’elles sont marginales. Tout porte à croire que l’Académie vise à laisser les métiers de l’ombre dans l’obscurité tout en continuant inlassablement à mettre en lumière les comédiens lors des cérémonies.

« Lors de la cérémonie des Molières on voit bien que ce sont les comédiens les mieux récompensés. Pourtant lorsque que je dis que je suis créatrice de costumes, je vois briller les yeux des gens aussi. C’est parce que nos métiers suscitent eux aussi le rêve que nous avons lancé la pétition, soutenant la lettre ouverte de l’UDS, qui depuis a récolté 2000 signatures. » Pauline Zurini

6 min

L’art et la technique

Alors pourquoi ces métiers sont-ils perpétuellement relégués au second plan de la création artistique ? La réponse est simple, le plus souvent, ils sont considérés comme des métiers techniques et non artistiques, au grand dam des professionnels des secteurs concernés.

« L’UDS défend notre statut d’artistes, auteurs de nos créations. Bien que nos métiers soient inclus dans une création collective, nous créons à même hauteur qu’un metteur en scène ou un comédien. C’est récurrent que l’on se heurte à la dénomination de techniciens, mais c’est faux, nous sommes tous des artistes. » Pauline Zurini

Pour autant, il n’est pas de concurrence ou d’inimitié entre le metteur en scène et ses équipes, qu’elles soient pour la lumière, les costumes ou autre. La création d’une œuvre est avant tout un travail d’équipe :

« Tout dépend du metteur en scène, certains sont très directifs mais la plupart du temps, ils nous transmettent une idée, une vision, et on essaye de l’augmenter, de l’amplifier. C’est juste une direction, et nous notre travail est de donner corps à l’idée ou au texte, en collaborant avec les chargés de lumières, la scénographie etc… » Pauline Zurini

Bien que le théâtre et le spectacle vivant de manière générale soit l’art des œuvres collectives, il peut sembler paradoxal que les récompenses demandées par la pétition soient personnelles… Pauline Zurini répond :

« Nos métiers sont extraordinaires et font rêver les gens, il est dommage de les garder dans les coulisses, car lorsque l’on assiste à une représentation théâtrale on ne distingue pas tout le travail de création en amont, qui a fait quoi. Nous pensons que c’est primordial de saluer tout le monde. » Pauline Zurini

5 min

La lettre de l’Union des Scénographes est à consulter ici.