Les pouvoirs de la fiction
Les pouvoirs de la fiction ©Getty - © Gregoria Gregoriou Crowe
Les pouvoirs de la fiction ©Getty - © Gregoria Gregoriou Crowe
Les pouvoirs de la fiction ©Getty - © Gregoria Gregoriou Crowe
Publicité

Le littéralisme est-il dangereux pour notre démocratie ? Mazarine Pingeot professeur de philosophie à Science Po Bordeaux alerte sur les conséquences de cette lecture "à la lettre".

Avec

Peut-on lire les textes à la lettre ? Selon le dictionnaire, le littéralisme est une manière d'aborder un écrit conforme à la lettre, au mot à mot du texte, sans volonté d'interprétation. Pourtant, notre capacité et notre plaisir à interroger, et donc à interpréter le sens d'un texte, ne seraient-ils pas les garde-fous d'une démocratie et les conditions d'un débat public fructueux ?

De l'auteur à l'autorité

Si les textes sacrés sont a priori des interprétations, puisque les hommes ont retranscrit la parole divine, le statut du texte porte en lui-même son propre critère de légitimité : les prescriptions sacrées peuvent être lues à la lettre.

Publicité

"Dans un texte sacré, c'est l'origine qui crée l'autorité." Mazarine Pingeot

Bien que les termes, "auteur" et "autorité", aient la même étymologie, les textes sacrés font figure d'exception. En effet, selon Mazarine Pingeot, dans la littérature en général l'auteur n'a pas toute l'autorité sur son texte. Seul dans un texte sacré, l'auteur s'efface au profit du texte.

32 min

La richesse de l'herméneutique

La tension est forte entre la nécessité de lire à la lettre et en même temps d'interpréter pour faire sens. Pour Emmanuel Kant, philosophe des Lumières, la question du jugement intervient pour adapter la loi à la particularité du cas.

"Lire à la lettre le texte c'est simple, ça s'appelle obéir. Mais obéir, c'est déjà un choix, c'est déjà une interprétation." Mazarine Pingeot

Mazarine Pingeot souligne que faire acte de jugement revient à exercer sa faculté politique et renforcer sa capacité à faire démocratie Effectivement, lire un texte sans l'interpréter revient à croire aveuglément un dogme et renier l'un des principes mêmes de la démocratie, à savoir faire entendre une pluralité de voix.

"Si on considère qu'un texte est univoque, cela remet en cause l'idée même de la pluralité. Or, un texte doit être soumis à une multiplicité d'interprétations." Mazarine Pingeot

Le littéralisme, un danger pour la création

Quand la fiction devrait être le lieu même d'une multitude d'interprétations, elle est de plus en plus contrainte par la censure, qui sévit notamment aux Etats-Unis. Récemment, le roman graphique Maus, d'Art Spiegelman, qui relatait l'expérience concentrationnaire à travers la métaphore de personnages animaliers, a par exemple été retiré des bibliothèques et des écoles dans le Tennessee pour outrage aux bonnes mœurs.

28 min

"La littérature est là pour susciter notre imaginaire, or l'imaginaire ne peut pas se libérer si un mot dit une chose, si la chose c'est le mot. (...) Le langage est du côté du symbolique, il n'est pas du côté du réel." Mazarine Pingeot

Mazarine Pingeot voit également sévir ce genre de "littéralisme" dans le champ du cinéma où les réalisateurs cèdent devant la fiction, au profit de films plus "réalistes". Des choix regrettables qui mènent Mazarine Pingeot à en appeler à redoubler de prudence et à se battre pour que la fiction triomphe du littéralisme.

- À lire :  Le littéralisme ou la dangereuse tentation de lire les textes « à la lettre » (theconversation.com) de Mazarine Pingeot.

L'équipe

Marie Sorbier
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Production
Alexandre Fougeron
Réalisation
Marie Sorbier
Marie Sorbier