Six cartes postales collées sur feuillet, publiées par Robert Lehmann-Nitsche. Collection Guido Boggiani (1861-1902), Indio Caduveo (Mbaya), de Rio Nabilèque.
Six cartes postales collées sur feuillet, publiées par Robert Lehmann-Nitsche. Collection Guido Boggiani (1861-1902), Indio Caduveo (Mbaya), de Rio Nabilèque.
Six cartes postales collées sur feuillet, publiées par Robert Lehmann-Nitsche. Collection Guido Boggiani (1861-1902), Indio Caduveo (Mbaya), de Rio Nabilèque. - Museum National d'Histoire Naturelle
Six cartes postales collées sur feuillet, publiées par Robert Lehmann-Nitsche. Collection Guido Boggiani (1861-1902), Indio Caduveo (Mbaya), de Rio Nabilèque. - Museum National d'Histoire Naturelle
Six cartes postales collées sur feuillet, publiées par Robert Lehmann-Nitsche. Collection Guido Boggiani (1861-1902), Indio Caduveo (Mbaya), de Rio Nabilèque. - Museum National d'Histoire Naturelle
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Résumé

Les sciences humaines travaillent de plus en plus avec la photographie et nombre de photographes se rapprochent d'un travail documentaire. Anaïs Mauuarin, conservatrice aux musées royaux d'art et d'histoire de Bruxelles nous explique les liens ambivalents entre ethnologie et photographie.

En savoir plus

De nos jours l’image est l’un des outils les plus utilisé et analysé par les Sciences Humaines. En effet les sociologues et anthropologues se servent de la photographie pour collecter, rendre compte ou fixer les données de leurs observations. Parallèlement, comme en miroir à cela, de plus en plus de photographes contemporains produisent des images qui peuvent se rapprocher de l’ethnologie. Bien que la porosité entre les deux disciplines soit perceptible, implique-t-elle pour autant une rencontre entre elles ? Pour le savoir Marie Sorbier a interrogé Anaïs Mauuarin, docteure en histoire de l’art, chercheuse et conservatrice aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles.

La photographie et ethnographie au temps des colonies

Suite à la naissance des daguerréotypes des autochromes puis de la photographie, l’image a progressivement supplanté le dessin dans la recherche ethnographique. Existe-t-il néanmoins une « photo ethnographique » type, avec des critères qui lui sont propres ?

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« J’aurais plutôt tendance à parler de photographies en ethnologie plutôt que de photographies ethnologiques. Parce qu’historiquement, les ethnographes, qui ont pris des photographies, se sont aussi beaucoup servi de photos prises par d’autres qu’eux-mêmes, comme par exemple des cartes postales, qui n’ont pas de vocation scientifique. La photographie est ouverte à des usages scientifiques mais pas forcément produite avec une intentionnalité scientifique. » Anaïs Mauuarin

Diffusées à large échelle, ces images façonnant notre rapport à l’ailleurs et à autrui sont-elles porteuses d’un potentiel politique ?

« Quand on questionne les rapports entre anthropologie et photographie, c’est difficile d’évacuer la question coloniale, dans la mesure où la colonisation a été partculièrement motrice dans la production des savoirs anthropologiques. C’est souvent dans ce cadre-là que de nombreuses photographies scientifiques et ethnologiques ont été produites, leur donnant de fait une dimension nécessairement politique. » Anaïs Mauuarin

Ces photographies, vastement répandues dans le cadre colonial, ont par ailleurs permis de faire changer les regards des gens envers ces personnes qui leur étaient inconnues du fait de la distance, de cet « autre » qui vient de loin.

« Je pense que la photographie a contribué à modifier les regards sur l’autre et l’ailleurs. Avec l’apparition de la photographie on commence à s’intéresser davantage à ce qui nous est étranger. Mais d’un autre côté, les photographies vont contribuer à implanter un rapport catégorisant les populations humaines, ou plutôt prolonger ce geste-là, très présent au long du XXème siècle. » Anaïs Mauuarin

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Esthétisme et exotisme

Bien que les photographie en ethnologie soient en majorité à visée scientifique, elles n’en sont pas moins dotées d’un certain esthétisme, voire d’une véritable beauté recherchée :

« Chez les ethnologues la question de l’esthétisme apparaît dans les années 20/30, c’est-à-dire pendant l’avènement du photoreportage et du surréalisme. Les ethnologues s’en inspirent et revendiquent qu’un document peut être une belle image, qu’il ne faut pas opposer les dimensions esthétique et scientifique, mais au contraire, chercher à combiner ces deux approches, comme le faisait Marcel Griaule par exemple. » Anaïs Mauuarin

Le développement de l’esthétisme dans les photographies de l’époque répond aussi à l’intérêt croissant en début de siècle pour le spectacle et l’exotisme pour ne pas dire le voyeurisme dans certains cas.

« Ces photographies contribuent à cette note d’exotisme, très prégnant durant l’entre-deux-guerres, matérialisé par l’exposition coloniale de 1931. La photographie participe à ce mouvement de mise en image, de spectacularisation de l’humanité. On le retrouve dans les expositions, mais aussi dans des publications de la presse illustrée, dans des conférences illustrées avant de se prolonger jusque dans le cinéma. » Anaïs Mauuarin

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Pour approfondir le sujet, retrouvez A l’épreuve des images, photographie et ethnologie en France (1930-1950) d’Anaïs Mauuarin publié aux Presses universitaires de Strasbourg.