Jean Malaurie  le 03 mai 2001 à Paris
Jean Malaurie  le 03 mai 2001 à Paris ©AFP - © Pierre Andrieu
Jean Malaurie le 03 mai 2001 à Paris ©AFP - © Pierre Andrieu
Jean Malaurie le 03 mai 2001 à Paris ©AFP - © Pierre Andrieu
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L'anthropologue et écrivain Jean Malaurie fête ses 100 ans. L'occasion pour nous d'évoquer avec l'ethnologue et galeriste Joëlle Rostkowski une de ses passions cachées : le pastel.

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Anthropologue, écrivain, Jean Malaurie personnifie à lui seul la défense des peuples arctiques, il contribue comme scientifique et artiste à renouveler le regard que nous portons sur les peuples premiers et les civilisations traditionnelles. Dans un texte paru dans le cahier de l’Herne qui lui est consacré, il dit que l’écriture et la photographie sont devenus aussi indispensables que ses propres membres. Il évoque aussi en quelques lignes pudiques des pastels, qu’il peint " non pas pour exprimer le champ de blé que j’avais sous les yeux mais un paysage arctique précis qui m’habitait avec une telle vérité que j’y étais, précisément. " Marie Sorbier est allée demander à Joëlle Rostkowski qu’elle nous présente les pastels de Jean Malaurie.

Transmettre le monde inuit

La spécialiste des cultures amérindiennes d'Amérique du Nord, Joëlle Rostkowski souligne l'importance que revêtent les pastels de Jean Malaurie pour lui. Ils sont une forme d'expression complémentaire qui lui permet de libérer autrement ses inspirations, au-delà de ses livres, ses films et de ses célèbres photographies, notamment celles regroupées dans "L'appel du Nord".

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"Jean Malaurie voulait justement représenter le paysage arctique qu'il a habité toute sa vie. Cela fait déjà 40 ans qu'il a pris les craies et, sous l'impulsion des Inuits, fait des pastels." Joëlle Rostkowski

Le pastel le rapproche d'une contemplation méditative. Le fait de toucher de ses mains un matériau comme la craie, contrairement aux caméras et appareils photos, lui a permis de prendre la mesure de ce paysage insondable.

"Grâce aux pastels, il pouvait partager sa vision personnelle du monde de la nuit polaire." Joëlle Rostkowski

La nuit polaire, muse de Jean Malaurie

Ainsi, se tenir face aux pastels revient à ressentir physiquement l'emprise que peut avoir un paysage sur l'homme. Loin des étendues blanches qu'on imagine aisément lorsque l'on pense aux mondes polaires, Jean Malaurie, nous précipite dans un noir digne de Soulage, et tout aussi poétique.

"Il a commencé à reproduire la façon dont la lumière peut traverser la nuit, comment le noir et le blanc se complètent tout en contraste." Joëlle Rostkowski

Outre le blanc et le noir, des bleus très pâles et des saillies de carmin illuminent cette série de pastels. Jean Malaurie affectionne tout particulièrement les moments de transition lorsque, de la nuit, pointe la lumière. Sa recherche esthétique est de reproduire l'idée de la création, de la fin du monde et de l'envol des hommes dans le ciel arctique de la toundra.

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"Le paysage qui l'habite, il le partage avec ceux qui regardent ses pastels. Dans la galerie Orenda, nous en montrons cinq et nous les présentons avec des masques de l'Alaska, des masques d'artistes contemporains qui sont de l'île de Kodiak pour la plupart." Joëlle Rostkowski

Jean Malaurie est très heureux de cette collaboration entre son univers et ces œuvres contemporaines d'artistes de l'Arctique.

Des pastels méditatifs et des souffles de résistance

Spirituellement libéré par ses compagnons Inuits, les pastels sont devenus pour lui un moyen d'expression en accord avec la nature.

"Les Inuits lui ont appris à regarder, à méditer et à se laisser pénétrer par la force de la nature. En quelque sorte, cette spiritualité autochtone lui a permis de mieux comprendre le monde en faisant en lui-même silence pour que la nature puisse lui parler." Joëlle Rostkowski

Sans y penser de manière consciente, Jean Malaurie oppose très souvent nos sociétés qui veulent dominer la nature et l'exploiter, avec celles qui vivent dans la nature et qui s'y adaptent. Adoptant la défense des peuples Inuits, Jean Malaurie souhaite leur redonner la parole, et a rédigé une lettre pour les soutenir dans leur résistance.

"Les autochtones essaient de se défendre, mais ils insistent pour que nous, en tant qu'Occident, nous puissions coopérer à cette résistance. On parle évidemment de la fonte des glaces en Arctique et de tous les faits nouveaux d'exploitation des ressources qui pourraient être associés à cette fonte des glaces." Joëlle Rostkowski

À lire :

  • "Les mémoires de Jean Malaurie, De la pierre à l'âme" viennent de paraître aux éditions Plon, collection "Terres Humaines"
  • "Lettre à un Inuit de 2022" est paru aux éditions Fayard en 2015

À voir : découvrir gratuitement l'exposition "Les pastels de Jean Malaurie entourés de masques inuit et d’art amérindien" à la Galerie Orenda jusqu'au 27 novembre prochain à Paris, puis au Musée océanographique de Monaco à partir du 12 janvier 2023.