Illustration de la manifestation ayant viré au drame le 4 mai 1886 à Haymarket, Chicago.
Illustration de la manifestation ayant viré au drame le 4 mai 1886 à Haymarket, Chicago.
Illustration de la manifestation ayant viré au drame le 4 mai 1886 à Haymarket, Chicago. - Bettmann
Illustration de la manifestation ayant viré au drame le 4 mai 1886 à Haymarket, Chicago. - Bettmann
Illustration de la manifestation ayant viré au drame le 4 mai 1886 à Haymarket, Chicago. - Bettmann
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Résumé

Les origines des commémorations du 1er mai en France remontent à une grève tragique en 1886 à Chicago. L'historien et journaliste André Larané nous raconte cet événement.

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C’est en 1889, à l’occasion du centenaire de la Révolution française, qu’il est décidé de faire du 1er mai une journée internationale de manifestation. Néanmoins, il faudra attendre 1948 pour qu’elle soit instituée en France comme un jour férié, chômé et payé. Bien que peu de gens le savent les origines de la journée internationales des travailleuses et des travailleurs ne sont pas françaises, ni européennes, mais américaines et plus précisément chicagolaises. Pour savoir pourquoi cette date a été choisie il y a plus d’un siècle comme jour symbolique du travail, des travailleuses et des travailleurs, Marie Sorbier a interrogé André Larané, historien fondateur du site hérodote.net.

"Bloody Saturday"

Si la date du 1er mai a été retenue pour symboliser internationalement la journée du travail, c’est en souvenir d’une grande manifestation sanglante ayant eu lieu à Chicago en mai 1886. Mais pour quelles raisons les chicagolais manifestaient-ils ? Et surtout, comment la manifestation s’est-elle transformée en bain de sang ?

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« Les ouvriers, réunis en un grand syndicat, réclamaient dès 1884 une journée de travail de 8h, contre parfois 10h ou 12h, à raison de six jours par semaine, voire sept. Ils ont alors sommé les entreprises de passer à la journée de 8h, en leur donnant deux ans pour la mettre en place, avec comme date d’application le 1er mai 1886. » André Larané

Déjà en 1886, le choix de la date n’était pas le fruit du hasard, puisque le 1er mai marquait l’inauguration de l’année comptable pour beaucoup d’entreprises américaines de l’époque.

« Arrive donc le samedi 1er mai 1886 et la plupart des entreprises acceptent la sommation des syndicats et passent aux journées de 8h. La plupart… mais pas toutes. Il s’ensuit qu’à Chicago et ailleurs dans le pays, de grandes manifestations sont organisées dès le 3 mai pour réclamer de la part des réfractaires la journée de 8h. » André Larané

Lors de la manifestation à Chicago tout se passe plutôt bien avant que, dans la soirée, la dispersion tourne au drame : La police assassine trois manifestants. Mais le pire reste à venir.

« Le lendemain, une nouvelle manifestation a lieu, durant laquelle une bombe explose entre manifestants et policiers et fait quinze morts dans les rangs de la police. Plusieurs ouvriers sont jugés, condamnés à perpétuité, mais une dizaine d’autres sont pendus le 11 novembre 1886. » André Larané

Exécutés sans preuves évidentes de leur implication dans cet attentat, les ouvriers deviennent alors des martyrs.

L’Internationale ne sera pas le genre américain

Bien que marquante, cette histoire n’explique pas pleinement pourquoi la date du 1er mai a été retenue dans l’histoire pour célébrer les travailleuses et travailleurs. L’autre partie de l’explication est la suivante :

« En 1889, pour le centenaire de la Révolution française, Friedrich Engels réunit la Deuxième Internationale. Parmi les revendications les plus notables de cette dernière se trouve la journée de 8h, demandée dès 1884 par les syndicats américains. C’est donc en référence à ces syndicats et leur lutte que le 1er mai sera instauré, chaque année, une manifestation en faveur de la journée de 8h. » André Larané

Ce n’est pas courant que les européens s’inspirent d’un évènement américain pour l’intégrer dans leur calendrier. Historiquement, c’est peut-être même la première fois qu’une idée progressiste en provenance des Etats-Unis inspire les européens. Pourtant, malgré tout cela, les américains ne célèbrent pas le travail et les travailleurs le 1er mai :

« De manière surprenante, les américains ne reprennent pas la revendication du 1er mai. Les Etats-Unis sont l’un des rares pays dans le monde qui ne célèbre pas le travail ou les travailleurs le 1er mai. Simplement parce que les syndicats américains n’appréciaient pas la tonalité marxiste prise par les syndicats européens. » André Larané

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