Conversion de Saint Paul sur le chemin de Damas, Le Caravage, vers 1600-1601.
Conversion de Saint Paul sur le chemin de Damas, Le Caravage, vers 1600-1601.
Conversion de Saint Paul sur le chemin de Damas, Le Caravage, vers 1600-1601. - Wikimedia Commons
Conversion de Saint Paul sur le chemin de Damas, Le Caravage, vers 1600-1601. - Wikimedia Commons
Conversion de Saint Paul sur le chemin de Damas, Le Caravage, vers 1600-1601. - Wikimedia Commons
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Résumé

Dans aucun texte biblique, il n'est fait mention d'un cheval sur le chemin de Damas, ni d'âne ni de bœuf auprès de l'enfant Jésus. Florence Delay, académicienne, professeure de littérature générale et comparée nous explique pourquoi les peintres ont ajouté ces animaux dans leurs tableaux.

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Florence Delay (écrivaine et académicienne).

En savoir plus

Dans les Actes des Apôtres, qui évoquent trois fois la conversion de Saul de Tarse sur le chemin de Damas, ne se trouve aucune mention d’un cheval. Pourtant, dans notre imaginaire commun, l’apôtre Paul chute de son cheval lorsqu’il rencontre la lumière divine. Cette image, qui ne vient pas des textes, est naît dans l’imagination des peintres. C’est un processus récurrent sur lequel s’est penchée l’autrice, professeure émérite de littérature générale et comparée et académicienne Florence Delay. Elle revient sur ses recherches et livre quelques-unes de ses découvertes au micro de Marie Sorbier.

Comme dans les tableaux du Caravaggio

L’ajout d’animaux sur des tableaux de représentation de passages biblique est un phénomène assez fréquent. L’un des exemples le plus célèbre est probablement l’ajout d’un cheval sur les représentations de Saint Paul cheminant vers Damas.

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« Cet ajout reste mystérieux. Je crois que le cheval a été ajouté pour que Paul tombe de plus haut, que la chute soit plus spectaculaire, car dans les textes il n’est fait mention d’aucun moyen de locomotion. A mon avis il allait à pied et est tombé de son haut… qui n’était pas très haut ! Donc on a agrandi, magnifié cette chute en lui donnant une monture. » Florence Delay

On pense notamment à la représentation de cette chute par le Caravage, que l’on peut admirer au sein de l’église Saint-Louis-des-Français à Rome, où le cheval prend d’ailleurs une part essentielle dans la composition du tableau.

« Ce tableau du Caravage est peut-être la représentation la plus célèbre de cette chute mais aussi la plus spectaculaire car le cheval donne la sensation d’une chute beaucoup plus forte que s’il tombait bêtement. » Florence Delay

Un autre exemple bien connu est celui relatif à la naissance de Jésus dans une étable de Bethléem. Ne sont mentionnés dans les textes ni bœuf ni âne auprès du nouveau-né, pourtant, on les retrouve chaque année au centre des crèches et dans de nombreuses représentations de la nativité. Comment l’expliquer ?

« Il y a plusieurs origines à cela, dont une interprétation d’un passage de l’Ancien Testament. Mais l’âne et le bœuf sont surtout une émanation populaire. Très aimés, les crèches les adoptent très tôt. Saint-François d’Assise avait imaginé des crèches vivantes où les gens du village se réunissaient et réchauffaient l’enfant en faisant venir un âne et un bœuf. Ils sont aujourd’hui aussi familiers qu’indispensables. » Florence Delay

Pour autant, les artistes aux œuvres visuelles, sculpteurs ou peintres, étaient-ils les seuls à propager cette déformation des textes biblique au profit des animaux ?

« Je ne pense pas que ce soit uniquement à cause des peintres. En grande partie, oui. Mais il y a également les poètes. Je me souviens de merveilleux textes de Jules Supervielle sur le bœuf et l’âne qui conversent alors qu’ils veillent sur l’enfant. » Florence Delay

59 min

Bestiaire biblique

Un cerf pour Saint Hubert, un poisson pour Saint Corentin, des moutons pour Saint Germaine, des corbeaux pour Saint Elie, un lion pour Saint Jérôme, un chien pour Saint Roch, des oiseaux pour Saint François et un cochon pour Saint Antoine, autant d’animaux qui permettaient aux saints d’être humanisés, plus facilement rattachables au terrestre et ainsi plus populaires.

« Oui, ce sont parfois des animaux miraculés. L’histoire du lion de Jérôme est invraisemblable. Un lion boiteux s’approche de Jérôme dans le désert, il lui prend la patte entre les mains et lui ôte délicatement l’épine qui y est enfoncé. Après, le lion l’aime éperdument et le suit partout comme un chien. Ce sont des histoires qui inspirent les peintres. » Florence Delay

Dans la Bible il n’est pas rare que des animaux soient dotés du don de parole. L’exemple le plus célèbre étant bien évidemment celui du serpent tentateur susurrant à Eve de croquer dans le fruit défendu du jardin d’Eden, mais ce n’est pas le seul :

« Il y a aussi l’ânesse de Balaam qui reproche à son maître de l’avoir battu. Il y a bien d’autres exemples, tous source d’émerveillement. Ces histoires nous ramènent à notre esprit d’enfance. Il ne faut pas oblitérer ou oublier ces motifs d’émerveillement face aux difficultés de la vie, ce sont de petits enchantements. » Florence Delay

Souvent source d’émerveillement, les animaux de la Bible sont parfois réellement touchants et mystérieux, comme peut l’être le chien de Tobie, mentionné au départ et à la fin de son histoire :

« Je trouve ça extraordinaire, c’est pour moi un mystère littéraire. Parce que quand Tobie part pour son long voyage, le chien le suit. Et puis, le voyage dure des années et des années, Tobie tarde à revenir et hop ! Quand il revient, le chien est toujours avec lui. Ça c’est très mystérieux ! » Florence Delay

31 min

L’ouvrage Il n’y a pas de cheval sur le chemin de Damas de Florence Delay, publié aux éditions du Seuilest à découvrir en libraire dès maintenant.