"The Makanaï" : Kore-eda déjoue tous les codes habituels de la série

The Makanai: Cooking for the Maiko House
The Makanai: Cooking for the Maiko House - Netflix
The Makanai: Cooking for the Maiko House - Netflix
The Makanai: Cooking for the Maiko House - Netflix
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À l'occasion de la diffusion de la série "Makanaï : dans la cuisine des maiko” de Hirokazu Kore-eda sur Netflix, nous demanderons à Stephen Sarrazin, professeur à Paris 8 et à l'Université d'Art de Tokyo, comment le cinéaste déjoue tous les codes des séries contemporaines.

Nous revenons ce soir sur une série japonaise. En effet, le cinéaste japonais palme d’or à Cannes en 2018 Hirokazu Kore-eda propose pour la première fois une série en 9 épisodes disponibles sur Netflix. Il choisit d’adapter le manga à succès d’Aiko Koyama et plonge ainsi dans une maison traditionnelle à Kyoto où les jeunes filles se forment pour devenir Geishas. « Makanai, dans la cuisine des maiko » suit l’apprentissage de deux amies, l’une dotée de grâce qui va apprendre les arts traditionnels et l’autre douée d’un enthousiasme communicatif qui va cuisiner pour ce gynécée. La particularité de cette série c’est qu’il n’y a ni intrigue, ni dénouement, ni méchant, ni drame mais une élégance qui inonde chaque image. Marie Sorbier est allée demander à Stephen Sarrazin de nous en dire plus sur cette série qui déjoue les codes des séries.

Un cinéma du réel

Enseignant le cinéma à Paris-8 et à l'Université d'Art de Tokyo, Stephen Sarrazin recontextualise pour nous l'œuvre de Hirokazu Kore-eda afin de mieux mettre en lumière ce qu'apporte le format séries à son cinéma. En 2006, Kore-eda avait réalisé un film qui s'intitulait "Hana" qui, à ce jour, reste son seul film en costumes, de Samouraï. Il avait ainsi eu l’occasion de se pencher sur les traditions anciennes du Japon alors qu’il a plutôt l’habitude de traiter des sujets contemporains dans son œuvre.

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Cette nouvelle série poursuit ce travail sur le Japon contemporain, en s'attachant à l'univers des maikos et des geikos, et nous familiarise avec les arts, les coutumes, et les pratiques traditionnelles encore vivaces à Kyoto, sans en être la principale préoccupation.

"Le projet de cette série était de ramener une part d'optimisme." Stephen Sarrazin

Des temps immémoriaux

Le travail de Kore-eda vient d’abord du documentaire. Il s'était rendu à Kyoto à l'époque du Covid où les rues étaient désertes et les commerçants terrifiés à l'idée de perdre leurs magasins et traditions. Le réalisateur s'était entretenu avec plusieurs d'entre eux, commerçants de légumes et de restaurants que nous découvrons dans la série.

"À l'heure de l'épidémie, la série devenait aussi emblématique de quelque chose qu'il fallait protéger." Stephen Sarrazin

De plus, un autre enjeu se noue, celui des protagonistes de l'histoire. Ce sont de jeunes filles du XXIᵉ siècle, de 16 ans, qui font néanmoins le choix de se consacrer à ces très vieilles traditions. Mais si elles vont jusqu'au bout, c'est-à-dire de passer de maiko à geiko, alors leur métier sera de converser, de danser des danses traditionnelles, de chanter pour un groupe de riches hommes d'affaires, ce qui donne l'impression d'un rapport homme/femme qui n'évolue guère. En outre, même si ces maisons existent toujours dans le Kyoto d’aujourd’hui, cette ville est quelque peu fantasmée dans la série.

"Kyoto est devenue comme Paris, Venise ou Barcelone, elle connaît un succès touristique effarant. Or, dans la série, il n'y a personne dans les rues." Stephen Sarrazin

  • À voir : La série « Makanai, dans la cuisine des maiko » est visible sur Netflix.
  • À lire : «  Réponses du cinéma japonais, 1990 – 2004 » de Stephen Sarrazin est toujours disponible aux éditions Lettmotifs.

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