André Gide
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André Gide ©Getty - Bettmann / Contributeur
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Résumé

Peut-on encore lire André Gide aujourd’hui? Yann Moix consacre le premier numéro de la revue littéraire « Année zéro » à la vie et l’œuvre de l’écrivain.

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Année zéro, épaisse revue littéraire propose pour son premier numéro une plongée amoureuse, déférente, précise, joyeuse et réaliste dans la phrase d’André Gide.

Pourquoi André Gide ?

Yann Moix, écrivain et réalisateur dirige cette nouvelle revue Année zéro et selon lui, André Gide est oublié des lecteurs français.

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« Il est oublié et il est inadmissible. Son œuvre ne respire plus vraiment, sinon la naphtaline  donc on a essayé de « dénaphtalinisé » et en même temps c’est une œuvre qui est difficile à lire aujourd’hui pour des raisons morales. Il y a un dossier sur la pédo-criminalité de Gide et donc plutôt que de cacher cet aspect du personnage, nous l’avons pris à bras le corps. »

Il y a un dossier sur la pédo-criminalité d’André Gide mais aussi sur son antisémitisme. Selon Yann Moix, la difficulté actuelle est de faire la part des choses entre le talent et le génie d’un écrivain et le soufre qu’il dégage dans sa vie personnelle et à la fois dans son œuvre. Il pose la question : « Que se passerait-il si Gide écrivait ces livres en 2022 ? »

« Il est très important que les œuvres puissent se dire. Je crois que plutôt que de savoir s’il faut séparer l’œuvre du personnage, il faut raisonner au cas par cas. De temps en temps on peut séparer l’œuvre de son auteur, de temps en temps on ne peut pas, de temps en temps on doit, et de temps en temps on ne doit pas. »

« Gide m’a sauvé la vie »

« Gide m’a sauvé la vie parce qu’à une époque où je vivais des choses extrêmement désagréables dans ma famille, je me suis noyée littéralement dans l’œuvre gidienne qui était faite de liberté, d’évasion, de voyage, de soleil et surtout écrite comme jamais plus je n’ai retrouvé une prose classique. Je reconnaitrai une phrase de Gide entre mille. Il est le seul à pouvoir manier la langue avec des lacets, des boucles. »

Yann Moix qualifie l’écriture de Gide comme étrange et paradoxale car elle louvoie, elle avance tout en faisant des retours sur elle-même avec une virtuosité et une grande simplicité. Une phrase de Gide semble aussi simple que compliqué. De nature taciturne, Gide a pourtant toujours cherché à être heureux.

« Je pense que Gide était dépressif et il ne l’a jamais accepté. Il y a aspect noir de sa personnalité et on le sait grâce à de nombreux témoignages, sa correspondance mais aussi Les Cahiers de la Petite Dame qui a partagé une partie de sa vie. Gide s’efforçait véritablement à être heureux, il ne supportait pas que sa mélancolie gagne la partie. Il s’est donné comme programme d’être le moins malheureux possible et cela fonctionne ! Sa joie est peut-être factice mais à force, entrainée par sa propre énergie, elle devient réelle. »

Penser une revue littéraire

« Les gens qui aiment la littérature sont instinctivement mes amis, je dis bien la littérature et non pas les livres. Ce que j’entends par littérature c’est aussi l’humour, les grands écrivains ont beaucoup d’humour et les grands lecteurs également. C’est un point de ralliement et j’ai choisi les collaborateurs en fonction de mes amitiés que j’entretiens depuis de nombreuses années. »

La porte d’Année zéro est ouverte à des jeunes qui s’intéressent à la littérature. Ce sont des étudiants pour qui la littérature est une passion. Année zéro n’est pas une revue uniquement universitaire mais surtout une revue de « passionnés ».

« La littérature reprend aujourd’hui ses droits car elle redevient clandestine. Au XXIème siècle, plus personne ne lit André Gide. Or on s’aperçoit, en temps de crise, notamment avec le Covid que le livre constitue un repère quasiment immédiat : c’est là immédiatement qu’on va se réfugier et qu’on va chercher de la profondeur car aucun film, aucune émission de télévision ne pourra restituer la profondeur d’un livre. »

Pour Yann Moix, l’image est en train de tuer le livre mais celui-ci reprend sa place de clandestinité car il est réservé non pas à l’élite, mais aux gens pour qui la littérature est nécessaire et vitale.

Actualité : les deux prochains numéros de la revue Année zéro de Yann Moix seront consacrés à Charles Péguy puis à Marguerite Yourcenar. Le numéro 1 est déjà disponible aux éditions Bouquins.