Extrait film de Christophe Barratier "Le Temps des Secrets" adapté du roman éponyme de Marcel Pagnol
Extrait film de Christophe Barratier "Le Temps des Secrets" adapté du roman éponyme de Marcel Pagnol
Extrait film de Christophe Barratier "Le Temps des Secrets" adapté du roman éponyme de Marcel Pagnol - Jean-Claude Lother
Extrait film de Christophe Barratier "Le Temps des Secrets" adapté du roman éponyme de Marcel Pagnol - Jean-Claude Lother
Extrait film de Christophe Barratier "Le Temps des Secrets" adapté du roman éponyme de Marcel Pagnol - Jean-Claude Lother
Publicité
Résumé

Faut-il parler avec l'accent quand on joue du Pagnol ? Martin Barnier, professeur des universités en études cinématographiques à Lyon, nous rappelle l'importance sociale des accents dans le cinéma français.

avec :

Martin Barnier (Maître de conférences en histoire du cinéma à l'Université Lumière-Lyon 2).

En savoir plus

Alors que sort en salles l’adaptation cinématographique du troisième volet de la série des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol intitulé Le Temps des Secrets, son réalisateur, Christophe Barratier**,** s’est confié au Parisien sur la délicate question de l’accent du midi, qu’il considère comme tout sauf exotique ou symbolique dans l’œuvre de Pagnol. Interrogé par Marie Sorbier, Martin Barnier, professeur en études cinématographiques à l’Université Lumière Lyon 2 fait le point sur le rôle des accents au cinéma.

Marseille, c'est l’accent, c'est le sourire

Si l’accent est d’abord un marqueur géographique fort, au cinéma il est aussi associé à des registres particuliers. Par exemple l’accent du sud est souvent associé au genre humoristique, depuis presque un siècle désormais.

Publicité

« Beaucoup de comédies des années 30 contenaient l’accent marseillais. Cet accent était alors indissociable de Fernandel, qui jouait souvent le rôle du benêt dont on se moque. L’accent du midi a été associé à quelqu’un qui n’est pas au courant de ce qui se passe dans la capitale, qui ne comprend pas toujours toutes les choses… » Martin Barnier

Un autre élément important dans l’association des sonorités sudistes à ce registre est le passage de la scène aux studios de cinéma de la pièce Marius de Pagnol à cette même époque, dont l’adaptation fût réalisée par Alexandre Korda.

« C’est assez fascinant de voir que le film qui nous paraît, nous français, le plus caractéristique de Marseille a été entièrement tourné à Paris, par un réalisateur hongrois, produit par des américains. » Martin Barnier

Pour cette adaptation, Marcel Pagnol a réussi le tour de force de choisir lui-même ses acteurs, et de les imposer au producteur et directeur des studios Paramount. En 1931, alors que le cinéma parlant n’en est qu’à ses balbutiements, Marcel Pagnol frappe fort en décidant de faire jouer Raimu et Fernand Charpin dans l’adaptation de son œuvre par Alexandre Korda, bien que cela ait eu tendance à restreindre son Marius au genre humoristique, à cause du bagou de ses acteurs.

« Marius est un mélodrame, mais comme il y a l’accent de Marseille et la truculence de Raimu, on oublie le mélodrame et on retient la comédie. Les accents sont des marqueurs très forts, dépassant les genres cinématographiques, qui vont donner l’impression qu’au motif qu’il y ait dans un film des acteurs tels que Raimu ou Fernandel, l’accent du midi est nécessairement lié à la comédie. » Martin Barnier

29 min

L’accent comme marqueur social au cinéma

Marqueur de genre, l’accent (toutes zones géographiques confondues) est aussi fréquemment utilisé comme marqueur de classe sociale dans le cinéma français :

« Les films de Dany Boon en sont l’exemple parfait, particulièrement Bienvenue chez les Ch’tis. Le ch’timi est l’accent des gens plus pauvres, de ceux qui survivent dans des conditions difficiles, qui font preuve de solidarité entre personnes et classes sociales plus basses. » Martin Barnier

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les accents sont apparus au cinéma avant même que les voix des acteurs ne résonnent en salles. En effet, déjà à l’époque du cinéma muet, il n’était pas rare que des cartons de dialogue soient fleuris d’accents divers et variés.

« Les mots argotiques ou les abréviations apparaissent dans les années 1920. On le voit par exemple sur les cartons du film Nana de Jean Renoir, d’après le roman d’Emile Zola, où le réalisateur use de ce stratagème pour illustrer la gouaille et l’accent parisien très marqué du personnage de Nana. » Martin Barnier

Enfin, avant la généralisation du cinéma parlant, il était tout de même possible d’entendre les accents des quatre coins de la France par le biais de phonoscènes :

« Les phonoscènes étaient des films très courts dans lesquels on trouvait chansons ou petits sketchs. En 1910 sortent Les Cris de Paris, des phonoscènes où l’on va demander à des marchands, des rempailleurs, des vitriers ou d’autres travailleurs de rues de venir enregistrer leurs cris. C’est assez fascinant d’entendre les accents et les déformations de langage de l’époque. » Martin Barnier

3 min