Les "deux fauves, deux frères", Ademo et N.O.S. du groupe PNL dans le clip de "A l'Ammoniaque".
Les "deux fauves, deux frères", Ademo et N.O.S. du groupe PNL dans le clip de "A l'Ammoniaque".
Les "deux fauves, deux frères", Ademo et N.O.S. du groupe PNL dans le clip de "A l'Ammoniaque". ©Radio France - PNL
Les "deux fauves, deux frères", Ademo et N.O.S. du groupe PNL dans le clip de "A l'Ammoniaque". ©Radio France - PNL
Les "deux fauves, deux frères", Ademo et N.O.S. du groupe PNL dans le clip de "A l'Ammoniaque". ©Radio France - PNL
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Résumé

Comment le poids d'une culture établie empêche certains de s'exprimer ? Louisa Yousfi, journaliste et autrice trouve dans le rap de nouvelles mythologies salvatrices.

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Être et rester barbare, une nécessité à une époque où les mots "ensauvagement", "sauvage" et "barbare" surgissent dans le vocabulaire politique et médiatique. La journaliste Louisa Yousfi, autrice d’un essai intitulé Rester Barbare, publié aux éditions La Fabrique, revient sur le poids d’une culture qui ne peut et ne veut pas nécessairement s’assimiler au micro de Marie Sorbier.

Rester barbare, rester soi-même.

L’ouvrage, paru en mars 2022, débute par ces lignes du journaliste, poète, metteur en scène et écrivain algérien Kateb Yacine : "Je sens que j’ai tellement de choses à dire qu’il vaut mieux que je ne sois pas trop cultivé. Il faut que je garde une espèce de barbarie. Il faut que je reste barbare." Source d’inspiration pour Louisa Yousfi, Kateb Yacine sous-tend ici qu’être cultivé serait un frein à la prise de parole.

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"Cette formule m’a délivrée, car elle est propre à ma condition, celle des populations issues de l’immigration post-coloniale, les barbares au cœur de l’Empire. C’est aussi la formule d’un processus auquel on est tragiquement destinés. Elle aborde l’histoire de l’intégration, par le reniement d’une part fondamentale de notre culture d’origine, allant de notre langue à nos propres parents." Louisa Yousfi

Ainsi, la formule condensée en Rester Barbare donne son nom à cet essai qui alterne, parfois hésite, entre geste de résistance et de préservation.

"C’est à la fois un geste de résistance et de préservation car c’est un geste à rebours qui consiste à aller chercher ce qui, en nous, a résisté à l’épreuve de l’intégration, ce qui s’est montré trop farouche, trop revêche, trop dru pour être domestiqué. C’est ce que Kateb Yacine appelle notre 'fond d’âme' que je préfère appeler 'barbarie intime'." Louisa Yousfi

À lire aussi : Le début du 21ème siècle est-il barbare?

"<em>On est foutus, une clique de barbares, on va tous y passer comme le pape sans gilet pare-balles"</em>

De cette condition barbare, certains tirent leur force et leur génie. Tel est le cas des rappeurs, héros et créateurs d’une sorte de mythologie contemporaine, d’un récit épique au barbarisme moderne affirmé.

"C’est dans le rap que j’ai trouvé l’expression la plus éclatante de cette formule du 'rester barbare'. Plus précisément dans une forme de rap qui n’est pas 'conscient' contrairement à ce que l’on pourrait penser, celui de Booba ou PNL par exemple. Ils revendiquent cette position : Oui, nous sommes des barbares, et alors ?" Louisa Yousfi

D’autres, comme l’écrivain congolais Sony Labou Tansi, qui n’est "pas un homme à développer mais à prendre ou à laisser" assument également ce qu’ils sont et ce dont ils ont hérité, et mettent un point d’honneur à tracer une ligne entre les mots "sauvage" et "barbare".

"Le sauvage précède la civilisation, tandis que le barbare vient du futur, il ne cesse d’arriver. Il est autant menace qu’espoir pour la civilisation dont il est en même temps le produit et une émanation lointaine de ses confins. Cela est lié à la condition postcoloniale, où le barbare parle la langue de l’Empire et maîtrise ses codes." Louisa Yousfi

À lire aussi : L'éternel retour du Barbare

Retrouvez en librairie l’essai Rester Barbare de Louisa Yousfi, paru aux éditions La Fabrique.