Emily Mast, IFIF at Human Resources, Los Angeles, avril 2022.
Emily Mast, IFIF at Human Resources, Los Angeles, avril 2022.
Emily Mast, IFIF at Human Resources, Los Angeles, avril 2022. - Yehuda Duenyas
Emily Mast, IFIF at Human Resources, Los Angeles, avril 2022. - Yehuda Duenyas
Emily Mast, IFIF at Human Resources, Los Angeles, avril 2022. - Yehuda Duenyas
Publicité
Résumé

Qu'est-ce qu'on appelle une performance ? Julie Pellegrin, curatrice et critique d'art, nous explique les caractéristiques de l'acte performatif contemporain.

En savoir plus

Que se cache-t-il derrière le mot « performance », si souvent employé pour qualifier des travaux artistiques ? Le plus souvent utilisé dans le cadre du spectacle vivant, on le retrouve dans des contextes variés, faisant de lui un mot aux contours difficiles à cerner. Pour en savoir plus sur la notion de performance, Marie Sorbier s’est enquit auprès de Julie Pellegrin, curatrice et critique d’art, pensionnaire de la Villa Médicis, ayant dirigé le centre d’art contemporain La Ferme du Buisson.

Définir la performance : entre polymorphie et polysémie

Publicité

Très au fait de l’histoire et de l’évolution de la notion "capricieuse" de performance dans l’art moderne et contemporain, Julie Pellegrin nous en donne sa définition :

« La performance est née comme forme d’expression artistique avec les premières avant-gardes du XXème siècle, comme le futurisme, le dadaïsme, avant de renaître dans les années 60-70 dans le champ de la danse postmoderne aux USA et dans le champ des arts plastiques. On parlait alors d’Happenings, d’events ou de body art. » Julie Pellegrin

La performance, si elle est souvent associée à l’art sous des formes aussi variées que la danse ou les arts plastiques n’en reste pas moins indissociable de sa connotation première d’exploit :

« La performance recouvre aussi une connotation d’exploit, de résultat obtenu par un sportif, un salarié, une entreprise… C’est une acceptation de la performance liée à notre monde néolibéral, puisque désormais l’on subit tous des injonctions à la performance, celles-là mêmes que les artistes vont venir contrer via leurs pratiques dites de performance. » Julie Pellegrin

Au-delà de cette polysémie bien connue, l’un des éléments majeurs pour compléter la définition de la notion de performance est l’utilisation du corps, l’un des éléments essentiels de la performance :

« Ça a été un marqueur des pratiques performatives au début du XXème siècle puis dans les années 60-70 et le reste encore aujourd’hui. Mais la performance artistique peut prendre mille autres formes aussi ! » Julie Pellegrin

Une autre caractéristique propre aux performances semble être leur inscription dans le temps présent et leur propension à emporter l’esprit d’un public habitué à penser à l’avenir ou au passé dans l’instant présent :

« Cette question est très importante et elle est très étudiée dans les « performance studies ». Néanmoins elle est aujourd’hui remise en cause par un ensemble de pratiques qui médiatisent les performances, puisque ces dernières sont filmées, racontées, photographiées. » Julie Pellegrin

La performance comme espace de spéculation et de contestation

Aussi, pour l’historienne d’art et curatrice de performance à la Tate Modern Catherine Wood, la performance serait non pas une scène où des actions seraient performées mais un espace de relation où quelque chose pourrait se produire.

« Cette dimension conditionnelle et spéculative est très intéressante et peut-être un peu plus caractéristique des pratiques actuelles que la question de la présence. Comment cet espace d’actions et de relations peut spéculer un imaginaire ou un futur possible. » Julie Pellegrin

Comme nous l’avons vu, la performance est une notion changeante, ayant évolué au cours du temps et risquant de continuer à se modifier dans les années à venir. Comme toute forme d’art, la performance connaît son lot de tendances faisant souvent écho aux problèmes sociétaux, du moins c’est ce que laissent penser les tendances d’aujourd’hui et celles que l’on pressent venir :

« On assiste à une période de vitalité extraordinaire de la performance. Les femmes, les artistes queers ou racisés ont investi le médium de la performance d’une manière particulière. Ce n’est pas anodins que les minorités s’emparent d’un médium encore considéré comme mineur. La performance a quelque chose à voir avec la contestation, la revendication et l’émancipation, et les pratiques actuelles se nourrissent des perspectives féministes, décoloniales, du care, du soin et des affects. » Julie Pellegrin

Références

L'équipe

Marie Sorbier
Production
Alexandre Fougeron
Réalisation
Pierre Bouyer
Stagiaire