Les origines du meurtre. Capture d'écran du film "2001 : L'Odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick.
Les origines du meurtre. Capture d'écran du film "2001 : L'Odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick. - Copyright 1968 TURNER ENTERTAINMENT CO,. A TIME WARNER COMPANY
Les origines du meurtre. Capture d'écran du film "2001 : L'Odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick. - Copyright 1968 TURNER ENTERTAINMENT CO,. A TIME WARNER COMPANY
Les origines du meurtre. Capture d'écran du film "2001 : L'Odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick. - Copyright 1968 TURNER ENTERTAINMENT CO,. A TIME WARNER COMPANY
Publicité

Devant le succès croissant des séries, des films ou des polars qui posent le meurtre comme centre de la fiction, le philosophe Kevin Cappelli revient sur les fondements de cet interdit fondamental.

L’interdiction du meurtre n’est pas si évidente que l’on croit. En effet, le célèbre "Tu ne tueras point" biblique n’offre pas de justifications rationnelles, pas plus que les explications psychanalytiques ou anthropologiques. Y-a-t-il donc un point aveugle ou un impensé au sujet du meurtre ? C’est ce que Marie Sorbier a essayé de savoir auprès de Kevin Cappelli, professeur agrégé de philosophie.

L’élargissement du spectre des exceptions au meurtre

Avons-nous une réelle répugnance pour le meurtre ? Au vu de nos intérêts pour les faits divers sordides, les séries d’enquêtes criminelles, les films relatifs au meurtre ou encore les romans policiers, on peut légitimement en douter.

Publicité

« On a sans doute une relation ambivalente au meurtre. Sigmund Freud considérait que notre relation à la pulsion meurtrière était analogue à notre relation celle de l’inceste, bien que les deux suscitent de notre part une répugnance et une réprobation morale. Si l’interdiction du meurtre existe c’est justement car nous sommes tous porteurs de cette pulsion de meurtre. » Kevin Cappelli

Alors, la transformation de nos prétendus penchants meurtriers en créations esthétiques, artistiques et l’intérêt que ces dernières suscitent sont-ils révélateurs d’un manque de clarté dans cet interdit finalement presque "séduisant" ?

« Mes travaux partent de ce constat, de mon étonnement face à des impensés touchant à l’interdiction du meurtre. On voit que la bioéthique détermine de plus en plus d’exceptions à l’interdit du meurtre, que ce soit du côté de la « fin de vie » avec l’euthanasie ou de la vie commençante. On a même pu parler dans le milieu universitaire d’avortement post-natal lorsque l’on met fin à la vie de nourrissons. » Kevin Cappelli

Le fait qu’il y ait un élargissement des exceptions morales au retrait de la vie d’autrui n’est pas sans conséquences philosophiquement comme éthiquement :

« Cette progression dans l’extension des exceptions à l’interdit du meurtre va si loin qu’un philosophe comme Peter Singer affirme que bientôt la vie humaine ne sera définitivement plus considérée comme sacrée. Ce déclin des certitudes morales, à mon sens, représente une occasion à saisir pour repenser l’interdiction du meurtre. » Kevin Cappelli

L’un des problèmes majeurs de la bioéthique contemporaine réside également dans la manière de définir quelles sont les exceptions face à cet interdit primordial et surtout, de s’entendre sur ce qui définit le meurtre :

« La question est de savoir si l’on s’accorde vraiment sur cet interdit primordial, si l’on s’accorde pour les mêmes raisons ou non. Je pense par ailleurs que si les limites de l’interdit reculent petit à petit c’est précisément parce qu’il n’est pas certain que nous soyons clairs sur ce que signifie mettre fin à une vie humaine. » Kevin Cappelli

L'Essai et la revue du jour | 14-15
7 min

JUSTIFICATION POSSIBLE DU MEURTRE, FONDEMENT RATIONNEL IMPOSSIBLE DU CRIME

Si certains tentent encore de définir les contours du meurtre et ses exceptions moralement acceptables, d’autres comme le Marquis de Sade en ont fait l’apologie, en tentant de justifier le meurtre :

« Dans les écrits de Sade on peut constater qu’il est effectivement possible de faire un éloge du meurtre. C’est un peu paradoxal pour nous mais selon l’éloge qu’en fait Sade, le meurtre correspond à une radicalisation, un aboutissement d’une pensée libérale ultra laïciste. Par ailleurs, il considère aussi que la nature désire la mise à mort des êtres vivants, y compris de l’homme. » Kevin Cappelli

Ce qui est assez troublant à la lecture des travaux de Kevin Cappelli c’est de se rendre compte que l’injonction fondamentale à ne pas tuer n’a en fait aucun fondement rationnel, on n’arrive pas à trouver l’origine de ce fameux "Tu ne tueras point" :

« Les tentatives pour fonder rationnellement l’interdit du meurtre reposent toujours sur une pétition de principe : La raison pour justifier ou fonder l’interdit du meurtre doit préalablement se le donner. C’est-à-dire que la démarche rationnelle ne vient justifier qu’après-coup un interdit qu’elle reçoit préalablement. On peut donc justifier l’interdit du meurtre mais pas le constituer de manière rationnelle. » Kevin Cappelli

Fictions / La Vie moderne
10 min

Pour approfondir la question découvrez L’interdit du meurtre de Kevin Cappelli, paru aux éditions Apogée.

L'équipe