Alireza Shojaian, Tristan Jardin Persan, 2020. Acrylique et crayon de couleur sur bois  60x60 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie La La Lande
Alireza Shojaian, Tristan Jardin Persan, 2020. Acrylique et crayon de couleur sur bois  60x60 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie La La Lande - © Alireza Shojaian
Alireza Shojaian, Tristan Jardin Persan, 2020. Acrylique et crayon de couleur sur bois 60x60 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie La La Lande - © Alireza Shojaian
Alireza Shojaian, Tristan Jardin Persan, 2020. Acrylique et crayon de couleur sur bois 60x60 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie La La Lande - © Alireza Shojaian
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Comment les identités sexuelles sont-elles représentées par les artistes du monde arabe dans la création contemporaine ? Elodie Bouffard, historienne de l'art et commissaire d'exposition nous explique les enjeux de ce mouvement en cours.

Avec
  • Elodie Bouffard Commissaire d'exposition

Comment les artistes contemporains s'inscrivent-ils dans le combat pour une acceptation sociale de toutes les sexualités ? Pour tenter de répondre à cette question, l'Institut du monde arabe consacre une exposition à la création contemporaine des identités LGBTQIA dans le monde arabe. Un hymne au pluralisme et à la différence.

D'audacieuses représentations du corps

Les artistes présentés dans l’exposition "Habibi, les révolutions de l'amour", sont pour la plupart exposés pour la première fois à Paris. Ils sont partis de leurs expériences personnelles de la représentation de leur corps, sous les prismes de l’identité sexuelle, culturelle ou religieuse pour en faire le terreau de leurs créations. Cette nouvelle façon d’appréhender des sujets de cette ampleur, souvent enfermés dans un discours bien rodé de préjugés, oriente un nouveau regard sur la sexualité au sein du monde arabe.

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"Il est question du regard de la société ou du politique sur la sexualité et le corps. Est-ce que ça doit exister ? Quelle place doit-elle prendre ? Il y est finalement question d'être qui on veut, d'être qui on est." Élodie Bouffard

Camille Lenain, Habibitch, Paris, 2020. Tirage moderne
Camille Lenain, Habibitch, Paris, 2020. Tirage moderne
- © Camille Lenain

La scénographie, très ouverte, permet aux œuvres de dialoguer entre elles et offre une véritable expérience aux spectateurs - avertis de rentrer dans l'intimité des corps représentés.

"Finalement, la question, c'est plutôt quelle est la norme ? Est-ce qu'il y en a une ? Est-ce qu'elle doit exister ? Qui la pose ? Qui la regarde ?" Élodie Bouffard

Rendre visible nos différences

La grande majorité des œuvres jouent alors avec le regard du visiteur - à partir de quel endroit le regard prend-il forme ? Détourner le regard, serait-ce une manière de signifier que l'on a vu ce que l'on refuse de regarder ? L'interrogation se poursuit aussi sur la persistance des canons esthétiques maintenus par des normes sociétales. Ce qui donne lieu à réfléchir sur un sujet aussi vaste que la virilité : existe-t-elle ou n’est-elle qu’une chimère ?

Alireza Shojaian, The Mirror, Peinture acrylique et crayon de couleur sur bois, 180 x 95 cm. Collection de Ramzi Abufaraj & Keith Nuss
Alireza Shojaian, The Mirror, Peinture acrylique et crayon de couleur sur bois, 180 x 95 cm. Collection de Ramzi Abufaraj & Keith Nuss
- © Alireza Shojaian

"Les œuvres réfléchissent aussi bien sur la question de l'autoportrait que sur la question de la narration, sur la question de l'archive, sur des installations, des vidéos, des photos de broderie qui donnent en fait tout simplement cet espace aussi polymorphe sur l'art contemporain." Élodie Bouffard

"Ce qui est intéressant c'est de voir comment la culture arabe s'exprime dans la langue. En fait, ces artistes s'adressent au monde et pas seulement à un territoire." Élodie Bouffard

Archiver les histoires occultées

L'exposition montre aussi que l'érotisme jaillit aussi bien d'un corps féminin ou masculin que d'un corps queer - ce terme, qui étymologiquement signifie "étrange" et apparu comme une insulte, et inspire les artistes pour questionner les sociétés patriarcales et normatives.

"Des artistes féministes utilisent les ressorts queers pour développer leur propos. [...] On utilise ces thématiques pour porter un regard sur les esthétiques, sur les territoires et sur la question des normes en général." Élodie Bouffard

6 min

L'un des points forts de cette exposition est son attention portée aux mots et aux archives. Les récits prennent une place aussi importante que les œuvres plastiques et tissent des liens entre les artistes. Dans chaque production présentée, on retrouve une délicatesse apportée à la narration et à la documentation.

- À voir : L'exposition "Habibi, les révolutions de l'amour" se visite à partir d'aujourd'hui à l' Institut du monde arabe jusqu'au 19 février 2023. Commissariat : Elodie Bouffard, Khalid Abdel-Hadi et Nada Majdoub.

55 min