Rocky : Le ring est-il le lieu de la confrontation des races ?

Sylvester Stallone et Carl Weathers (de dos)
Sylvester Stallone et Carl Weathers (de dos) - Chartoff-Winkler productions
Sylvester Stallone et Carl Weathers (de dos) - Chartoff-Winkler productions
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"Rocky" considéré comme l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma, ressort en salle en version restaurée ce mois-ci. Loïc Artiaga, historien, nous explique en quoi le ring est le lieu par excellence de la confrontation des races.

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Rocky est la surprise cinématographique de l’hiver 1976. Couronné par trois Oscars, le film a été vu dans le monde entier et est inscrit dans notre imaginaire commun encore aujourd'hui. Loïc Artiaga, historien et spécialiste des fictions populaires et de la culture médiatique, s’est penché sur le cas de Rocky Balboa dans son essai Rocky - La revanche rêvée des Blancs.

La boxe comme l’agôn racial ?

Le ring est le lieu par excellence de la confrontation des races des débuts de l’histoire de la boxe à l’époque de Rocky jusqu’à la boxe contemporaine ; et cette histoire peut être relue à travers le prisme de la lutte entre blancs et noirs. Le boxeur Mohamed Ali a su tourner à son profit le ring comme agôn racial. 

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Selon Loïc Artiaga, dire que le public américain aimait Rocky car il était blanc et qu'il battait les noirs est une version simpliste.

Nous avons des liens beaucoup plus retors avec les fictions de grande consommation. Je crois qu'on est très nombreux à avoir aimé Rocky et à avoir occulté un certain nombre de réalités que le film pouvait nous proposer. On a beaucoup aimé Rocky parce que c'était un "working class hero" mais ce qui est intéressant, ce sont les contenus latents de ces fictions, ce qu'elles nous disent et ce que l'on ne veut pas voir.

Toutefois, on ne peut nier que pour la suprématie blanche américaine un personnage comme Rocky fonctionne comme un anti Mohamed Ali, un anti Jack Johnson ou un anti champion noir du XXème siècle. D’après Loïc Artiaga, Rocky a suscité l’adhésion d’un public qui voulait voir triompher ce qu’on appelle aux États-Unis "un grand espoir blanc".

Ces héros sont présents dans nos quotidiens 

Il n'y a pas de supériorité de l'imaginaire sur le réel mais des transactions multiples entre la fiction et la réalité. Au-delà de nos imaginaires, ces héros sont présents dans nos quotidiens ; ce sont des œuvres et des cycles que nous faisons semblant d'habiter et avec lesquels nous cohabitons en permanence selon Loïc Artiaga.

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On invite nos amis en leur recommandant de voir un film car nous l’avons aimé. On les fait donc entrer dans des univers et ces personnages nous sont proches à la fois dans leurs projections idéologiques, mais aussi dans ce qu'ils disent de quotidien que ce soit réel ou fantasmé. Avec Rocky, on se projette d'autant plus que le cycle est très long : cela fait plus de 40 ans que Stallone nourrit une histoire fantasmée, imaginaire, qui a fini par recouvrir l'histoire des véritables boxeurs. 

En effet, la vie de Rocky Balboa semble être davantage connue du grand public que celle de grands boxeurs comme celle du champion du monde Larry Holmes par exemple.

Dans l’ouvrage Rocky - La revanche rêvée des Blancs de Loïc Artiaga, des boxeurs se comparent en disant qu’ils auraient gagné ou perdu face à Rocky Balboa, personnage imaginaire. Dès lors, tout le monde feint de croire à la réalité de ce boxeur. C'est aussi peut-être, selon Loïc Artiaga, un étalon pour les boxeurs réels qui ont envie de prendre une revanche symbolique en disant qu'ils sont plus forts. 

Techniquement, Ricky Balboa est un mauvais boxeur, donc c'est important que les vrais boxeurs disent qu'ils auraient sans doute donné une raclée à Rocky !

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Ce jeu du plus fort n’est pas seulement exercé par les boxeurs. En effet, dans les forums de boxe, de multiples apparitions de Rocky ou de grands boxeurs réels sont présents pour que les amateurs de boxe se plaisent à imaginer des situations de confrontation avec ces grandes figures. 

Je pense à Mike Tyson comme boxeur réel mais les amateurs de boxe peuvent aussi s'inspirer de boxeurs de fiction et se considérer comme des méchants de cinéma. Autrement dit, les liens entre fiction et réalité en boxe, sont à reconsidérer. C'est une frontière poreuse faite de transactions multiples, de personnages qui passent sans cesse d'un côté et de l'autre.  

Un travail d’historien entre réel et fiction 

Le projet était de travailler sur une œuvre du monde mais de le faire en tant que historien, c’est-à-dire de prendre au sérieux ce que ces fictions nous révèlent et de le faire avec des méthodes d'historiens très classiques. 

Loïc Artiaga se promène dans la fiction et collecte des sources : il analyse les contenus latents des films ainsi que leurs personnages afin de restituer ce monde imaginaire qui opère avec le monde réel et de voir la façon dont il peut recouvrir d'autres histoires, notamment celles des grands boxeurs de l'époque occultées par ce cycle à succès. 

Actualité : Rocky IV écrit et réalisé par Sylvester Stallone sort en salle cette semaine et Rocky I ressort en version restaurée le 24 novembre au cinéma ; Rocky - La revanche rêvée des Blancs de Loïc Artiaga vient de paraître aux éditions Les Prairies ordinaires.

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