Krzysztof Warlikowski : "Être artiste sur cette planète aide à comprendre ce qu'est une liberté."

Krzysztof Warlikowski
Krzysztof Warlikowski - Crédits : Bartek Warzecha
Krzysztof Warlikowski - Crédits : Bartek Warzecha
Krzysztof Warlikowski - Crédits : Bartek Warzecha
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Le metteur en scène polonais, Krzysztof Warlikowski réinvente le langage théâtral sur la scène de l'Opéra de Paris à l'occasion de son spectacle "Iphigénie en Tauride". Au micro d'Arnaud Laporte, il revient sur son processus de création et son parcours d'artiste absolu.

Avec

Figure emblématique du théâtre polonais, Krzysztof Warlikowski s'empare des « classiques » qu’il s’agisse des textes antiques, des œuvres de Shakespeare, ou de contemporains pour en faire ressortir la dimension universelle à l'Opéra comme au théâtre. Il revient sur la scène de l'Opéra Garnier avec le même spectacle "Iphigénie en Tauride",  lequel en 2006, avait scandalisé le public par sa mise en scène et son interprétation de la partition de Gluck.

Renouveler le lien à la Pologne par le théâtre

Issu d'une famille d'ouvrier d'une petite ville en Pologne, Szczecin, Krzysztof Warlikowski étudie la philosophie, l’histoire et la romanistique à l’université Jagellonne à Cracovie ainsi que le théâtre grec à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) ; il entre à l'École nationale supérieure de théâtre à Cracovie en 1988. C'est à l'âge de 20 ans, qu'il part à Paris pour étudier le théâtre, les arts de la scène, et les langues à la Sorbonne. Son milieu social ainsi que son homosexualité ont nourri un profond sentiment d’exclusion chez Krzysztof Warlikowski dans sa relation à la société polonaise. Le théâtre lui a donc permis de nouer un dialogue avec son pays et de se faire entendre. Marqué par la guerre, il révèle avoir eu une enfance déracinée, sans tradition, et c'est à travers ses spectacles que Krzysztof Warlikowski affronte son passé et frappe les consciences.

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Après la désillusion de toutes les années où on découvre le monde, où on fait des études, où on saute d'une faculté à une autre, la question est : qu'est ce qu'on peut faire avec la vie et où va-t-on continuer à apprendre ? Pour moi, le théâtre n'est pas un phénomène esthétique ; c'est savoir, découvrir, comprendre ou ne pas comprendre, ou prendre conscience.

Avec le spectacle "On s'en va" on a menacé la Pologne : "Ou bien vous vous réveillez et vous allez vous ouvrir ou bien ce n'est plus la peine parce que vous êtes sourds". "L'Odyssée" c'est le retour et son impossibilité : j'ai menacé, je suis parti et je ne suis pas parti en même temps, donc le retour est raté. Quand vous prenez l'avion vous quittez un endroit, vous êtes dans l'air et vous n'avez pas encore atterri, et c'est seulement dans l'air que vous êtes libre de penser.  

La dimension universelle de ses spectacles

Krzysztof Warlikowski assiste Peter Brook et travaille avec de grands metteurs en scène tels que Kristian Lupa, Ingmar Bergman et Georgio Strehler ; ses premières créations ont lieu au Stary Teatr de Cracovie et devient directeur du Nowy Teatr de Varsovie. Krzysztof Warlikowski entend révéler le chaos du monde avec comme point d'ancrage la Pologne et les ex-pays de l'Est. L'Opéra devient pour lui un art total et met en scène un monde où le bien et le mal s'entrelacent ; la nature humaine est alors interrogée à travers le sujet de la culpabilité, de la faute et du pardon.

Le théâtre est la seule folie que la civilisation nous a donnée, la possibilité de transgresser la vie. C'est excitant car nous sommes dans un lieu où quelque chose peut se produire entre nous tous et individuellement, parce que nous sommes témoins de quelque chose : un texte lu devant deux personnes ne fait pas scandale mais devant quinze personnes cela devient piquant.

La Grande table culture
27 min

Son actualité : reprise d'"Iphigénie en Tauride" de Gluck à l'Opéra de Paris.

Sons diffusés pendant l'émisssion :

  • Extrait d'Elektra de Richard Strauss
  • Extrait David Lynch, entretien avec Arnaud Laporte à la Fondation Cartier.
  • Musique générique de "Twin Peaks" de David Lynch, version d'Oquestra de Angello Conti

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