Angelin Preljocaj
Angelin Preljocaj
Angelin Preljocaj - Jörg Letz
Angelin Preljocaj - Jörg Letz
Angelin Preljocaj - Jörg Letz
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Résumé

Figure de proue de la danse contemporaine dans l'hexagone comme à l'international, le chorégraphe Angelin Preljocaj est de retour en 2022 avec une nouvelle mise en scène d'Atys de Jean-Baptiste Lully, l'occasion pour lui de revenir sur son impressionnant parcours au micro d'Arnaud Laporte.

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Angelin Preljocaj (chorégraphe, danseur et directeur artistique).

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Plus connu pour ses adaptations chorégraphiques de ballets classiques et autres spectacles expérimentaux, Angelin Preljocaj revient sur le devant de la scène par le biais de l'opéra en ce début d'année 2022. Néanmoins, il ne fait pas son retour avec n'importe quelle pièce du répertoire, Atys alias "L'opéra du Roi" fut créé par Lully en 1675 pour divertir le très exigeant Louis XIV, et la pièce devint alors son opéra favori. C'est aujourd'hui au tour du chorégraphe aixois d'adapter cette tragédie lyrique, sous la direction musicale de Leonardo García Alarcón, à l'aide des décors de Prune Nourry et des costumes de Jeanne Vicérial.

« Si vous avez aimé Roméo et Juliette, c’est encore bien plus tragique ! » Angelin Preljocaj

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Du nid à l'envol

D'origine albanaise mais né à Paris, Angelin Preljocaj passe son enfance à Champigny-sur-Marne où il se prend de passion très tôt pour le judo puis la danse classique, lorsqu'il découvre une photo d'un Rudolf Noureev "transfiguré" par son art. Alors âgé d'une dizaine d'année, il est contraint de prendre son premier cours de danse en kimono et, plus tard, de cacher ses collants à sa mère pour éviter qu'elle ne les lui confisque. A l'âge où ses copains forment des petits groupes de rocks, Angelin Preljocaj lui se forme à la danse contemporaine auprès de l'expressionniste allemande Karin Waehner, héritière de Mary Wigman.

« Cette photo m'a complètement subjugué. La légende disait "Rudolf Noureev transfiguré par la danse". Il était suspendu dans un saut avec un visage extrêmement lumineux, mais d'une lumière qui vient de l'intérieur. Et je me disais wow ! C'est quoi ce truc qui peut rendre quelqu'un aussi beau, rayonnant, incandescent ! » Angelin Preljocaj

Après une période d'étude auprès du maître de l’abstraction Merce Cunningham à New York, il rejoint, en 1980, la compagnie Quentin Rouillier à Caen, puis travaille au Centre chorégraphique national d'Angers dirigé alors par Viola Farber. En 1982 il est engagé comme danseur dans la compagnie de Dominique Bagouet à Montpellier. Puis en 1983 c’est lui qui l’adoube chorégraphe en faisant d’Angelin son assistant artistique pour son premier solo F. et Stein.

« Dominique était bienveillant et avait une réelle sensibilité. Il était un modèle, quelqu’un de très humble, très proche de ses danseurs, très à l’écoute, très drôle aussi. Loin du cliché du chorégraphe tyrannique associé à la profession. » Angelin Preljocaj

L'envol de l'aiglon bicéphale albanais, regardant autant du côté de la danse classique que de la danse contemporaine, s'est fait en 1984 lorsqu'il co-chorégraphie avec Michel Kelemenis la création d'Aventures coloniales, puis, la même année, il se met à voler de ses propres ailes à partir de la création de son premier spectacle, Marché Noir, récompensé par le prix du Ministère de la Culture au Concours de Bagnolet. En 1985, ainsi porté par ce courant ascendant et inspiré par les ballets russes qu'il admire, Angelin Preljocaj prend l'initiative de fonder sa propre compagnie, la Compagnie Preljocaj, ancêtre du désormais très prestigieux Ballet Preljocaj créé en 1996.

À lire aussi : Angelin Preljocaj : "Le corps est notre dernier territoire"

Torrent créatif, succès en cascade

Durant la décennie 90, Angelin Preljocaj s'impose progressivement dans le milieu chorégraphique français, à l'aide de sa troupe et de ses spectacles mélangeant technique néo-classique ou moderne et langage contemporain teinté d'un lyrisme à dominance sensuelle. Il enchaîne les succès critiques et les succès populaires avec des pièces comme Noces (1989) d'après Igor Stravinsky, Roméo et Juliette (1990) d'après Prokofiev, avec Enki Bilal aux costumes et aux décors, Le Parc (1994) sur une musique de Mozart, L'Anoure (1995) aux côtés de Pascal Quignard, ou encore L'Oiseau de feu (1996) toujours d'après l'oeuvre de Stravinsky.

« Dès que la danse s’empare des contes et des histoires, ils prennent une dimension universelle car il n’y a plus les mots, seulement les corps qui parlent directement au système nerveux, ils rentrent en nous comme en perfusion. C’est peut-être ça qui fait leur succès. » Angelin Preljocaj

Alors que ses chorégraphies entrent progressivement au répertoire du ballet de l'Opéra National de Paris, Preljocaj s'installe à Aix-en-Provence en 1996, et prend quartier 10 ans plus tard dans le magnifique Pavillon Noir, premier centre de production français uniquement construit pour la danse. Tracé sur mesure par Rudy Ricciotti, ce bâtiment qui selon lui "a la même gueule fine et élégante qu'Angelin" permet au chorégraphe d'y façonner l'entièreté de son processus de création artistique, du travail en studio à la représentation sur scène. L'inventivité de Preljocaj s'y exprime pleinement et le mène à créer de nouvelles pièces, toutes des succès planétaires : Blanche Neige (2008) avec des costumes signés Jean-Paul Gaultier, Suivront mille ans de calme (2010) avec les danseurs du Théâtre du Bolchoï, Les Nuits (2013) avec la participation du couturier Azzedine Alaïa pour les costumes ou encore plus récemment un audacieux Lac des Cygnes (2020), revisité façon Preljocaj, qui lui vaudra de se faire voler dans les plumes par quelques critiques.

« J’ai nommé le Pavillon Noir ainsi car je le voulais représentatif d’un ralliement. Pour moi la construction de ce bâtiment est presque un acte de piraterie, car il a été gagné comme un tribut de guerre sur ce monde très mercantile. Alors que nous, danseurs, chorégraphes faisons des choses commercialement presque intangibles. » Angelin Preljocaj

Poète du mouvement : entre fureur et mystère

Ce Lac des Cygnes était pourtant à l'image de la carrière d'Angelin, parsemée de grands écarts entre pièces expérimentales et dures comme Helikopter (2001), N (2004) ou sa série Empty Moves I, II & III (2004-2014) et des œuvres plus consensuelles comme son Annonciation (1997), ses Quatre saisons (2005) ou La Fresque (2016) pièce destinée à un jeune public. Grands écarts certes, mais toujours avec souplesse, entre des courants parfois discordants mais toujours riches et variés. Son seul parti pris persistant et pérenne est celui d'affiner perpétuellement son écriture chorégraphique, indissociable de l’entretien d’une troupe qui lui sert de matière à recherches.

« Pour mon équilibre mental de créateur j’ai besoin des deux. Pour aborder des ballets narratifs c’est vraiment important de renouveler la matière, le vocabulaire, la grammaire, la syntaxe chorégraphique, pour toujours essayer d’inventer du neuf, de ne pas tomber dans le mimétisme et la redondance. En somme, avoir des moments de laboratoire, de recherche pure. » Angelin Preljocaj

Par ailleurs, l'écriture, au sens littéraire du terme cette fois-ci, est l'une de ses sources d'inspiration majeures, comme en témoignent L'Anoure (1995) adapté d'un texte de Pascal Quignard, Ce que j'appelle l'oubli (2012) et Retour à Berratham (2015) créés avec l'aide de Laurent Mauvignier, ou encore son seul en scène Le Funambule (2009) calqué sur un texte de Jean Genet. Preljocaj, outre ce style à mi-chemin entre rupture et continuité, c'est avant tout la volonté de raconter une histoire par le mouvement.

« Pour la danse comme pour le théâtre Nô, le vide est une matière très importante, c’est là où le corps se déploie et s’inscrit. Le vide est matriciel pour le corps, au sens où le corps tente vainement d’inséminer l’espace et de faire naître quelque chose de l’ordre du non-dit, qui ne parle pas tout à fait à la raison mais parle au système nerveux. » Angelin Preljocaj

Véritable touche à tout, lui qui peint durant ses rares temps-libres, Angelin Preljocaj affirme s'inscrire dans la lignée des troupes de ballets russes, notamment celle de Diaghilev, qui était parmi les premières à décloisonner l'art de la danse en s'associant à des plasticiens ou des compositeurs jusqu'alors inconnus tels que Picasso, Stravinsky ou Poulenc. Pas étonnant donc de le voir travailler et expérimenter aux côtés de plasticiens, de couturiers, d'écrivains ou même de musiciens expérimentaux comme Laurent Garnier.

« Ce désir de faire fusionner les arts et les artistes d’une même époque dans une contemporanéité, une radicalité, une avant-garde était déjà présent dans les ballets russes. J’ai très vite compris qu’ils étaient la première grande compagnie de danse contemporaine de l’histoire. » Angelin Preljocaj

À lire aussi : Roméo et Juliette d'Angelin Preljocaj : 25 ans d'un ballet au temps de la dictature

Son actualité :

Sons diffusés pendant l'émission :

  • « A war is coming » de Jeanne Added dans l’album « Be Sensational » (2015) | Label : Naïve
  • Archive de Rudolf Noureev extraite de l’émission A l’heure du Pop de José Artur sur France Inter, diffusée la première fois le 6/09/1991.
  • Archive de Marie Trintignant lisant Le Funambule de Jean Genet (collection L’Arbalète / Gallimard 1958), pour les éditions Des Femmes en 1989.
Références

L'équipe

Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Production
Anouk Minaudier
Collaboration
Lucile Commeaux
Collaboration
Marie Sorbier
Collaboration
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Alexandre Fougeron
Réalisation
Pierre Bouyer
Collaboration