Portrait d’Annette Messager - Atelier A. Messager
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Résumé

Rencontre avec Annette Messager, l'artiste française la plus exposée pour une plongée dans son monde qui ne cesse de se réinventer, entre conte de fées et cauchemar.

avec :

Annette Messager (Artiste plasticienne).

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Tout l'été, nous vous proposons d'entendre ou de réentendre une sélection des grands entretiens d'affaires culturelles pour goûter autrement la parole des artistes de tous horizons et de toutes disciplines que nous avons reçus au fil des mois.

Le 19 mai 2022, Arnaud Laporte recevait la plasticienne Annette Messager à l'occasion de sa rétrospective "Comme si" à voir jusqu'au 21 août au LAM à Villeneuve d'Ascq. Figure incontournable de la scène artistique internationale, Annette Messager a investit le LaM à Villeneuve d’Ascq pour l’une des plus importantes expositions depuis sa rétrospective au Centre Pompidou, en 2007. Pour ce nouveau rendez-vous, l’artiste a choisi de présenter des œuvres inédites (dessins et installations) où elle propose une utopie : tromper et narguer la réalité grâce à la magie de la fiction. Le temps d'un entretien au long cours, elle revenait sur sa carrière et sur ses imaginaires.

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Maîtresse des ambiguïtés

Petite, Annette Messager se rêvait danseuse, religieuse ou peintre. "Mon père m'a encouragé à dessiner. Quand il peignait, lui qui était assez nerveux devenait calme. Il m'a beaucoup apporté à ce sujet. Il avait un ami peintre impressionniste, Marius Chambon, qui me donnait des cours de dessin et mon père lui disait : "surtout ne lui apprenez rien !". Si elle choisit la troisième voie et se forme pour ce faire aux Arts Décoratifs de Paris, elle ne cessera tout au long de sa carrière de démultiplier sa personnalité en diverses identités distinctes et hétérogènes : ''Annette Messager collectionneuse'', ''truqueuse'', ''artiste'', ''bricoleuse'', ''femme pratique'' et ''colporteuse''…

"Aux Arts Décoratifs, on me disait que ma peinture était puissante et virile pour me complimenter. Je n'avais pas du tout envie de faire ça : je souhaitais travailler avec des matériaux dits "féminins", "de la maison", comme la broderie ou le dessin.  Je me suis dit que j'allais me donner plusieurs identités pour différents travaux".

Annette Messager, Pulsion, 2013. Encre de Chine sur papier et photographie ; 237 x 387 cm.
Annette Messager, Pulsion, 2013. Encre de Chine sur papier et photographie ; 237 x 387 cm.
- Courtesy Marian Goodman Gallery. Photo : Atelier Annette Messager. © Adagp, Paris, 2022

Le théâtre de la tendresse/cruauté

Annette Messager inscrit son travail depuis ses débuts dans une approche féministe, en questionnant les interdits, les codes qui entourent la femme, en interrogeant leur place, leur représentation. La condition féminine et la sexualité sont l’objet de la plupart de ses séries des années 1970, parmi lesquelles Les Perversions ridicules, Les Hommes que j’aime, ou Ma collection de proverbes qui consiste en une énumération de proverbes misogynes brodés sur des mouchoirs. Contrairement aux artistes féministes américaines et leurs discours frontalement militants, Annette Messager investit le quotidien des femmes et détourne les objets domestiques comme autant d'étendards :  "J'aime mieux les petites portes que les grandes. J'ai toujours joué avec les expressions comme "je suis sage comme une image". On me prenait pour une gentille jeune femme qui faisait des broderies alors que c'était des horreurs : j'aime cette perversion."

Annette Messager, L'Utérus doigt d'honneur, 2021. Objets divers, tissus et acrylique ; 72 x 77 x 10 cm.
Annette Messager, L'Utérus doigt d'honneur, 2021. Objets divers, tissus et acrylique ; 72 x 77 x 10 cm.
- Courtesy Marian Goodman Gallery. Photo : Atelier Annette Messager. © Adagp, Paris, 2022

Il faut attendre le milieu des années 80 pour que son sujet s’élargisse de la condition féminine à la condition humaine et que ses œuvres se développent à l’échelle murale, avec un gout pour le corps humain et sa fragmentation. C'est aussi à cette période qu'elle commence à travailler avec un bestiaire de peluches à qui elle fait subir toutes sortes de manipulations. Chez Annette Messager, tout semble pouvoir être source de danger ou de menace, même des crayons de couleur qu’elle utilise à la manière de poignards.

"Ces peluches mignonnes et gentilles ce sont tout de même des souris, des ours. Souvent les enfants les adorent mais ils les martyrisent. Ils leur racontent tout ce qu'ils ne peuvent pas dire à  leurs parents. C'est un rapport secret. Je pense que je suis un vieil enfant et une dame âgée : quand je dessine, j'ai une main d'enfant et une main de femme âgée."

Sur toutes les cimaises

Héritière de l’art brut autant que des sciences sociales, elle compose un univers déroutant et fascinant qui réussit à donner corps à nos fantasmes, nos peurs, nos superstitions et nos pulsions archaïques. De quoi la conduire sur les cimaises du MoMA de New York, de la Documenta de Kassel, et finalement de se faire couronner, en 2005, d’un lion d’or à la Biennale de Venise pour son installation Casino, l’histoire de Pinocchio revisitée en trois salles qui racontent la transformation d’un pantin en homme, les peurs de l’enfance avant de devenir adulte, l’humanité déboussolée. Son œuvre est depuis exposée aux quatre coins du globe et lui vaut d'être la lauréate en 2016 du prestigieux prix Praemium Imperiale 2016, le Nobel des arts.

Ses actualités :

Références

L'équipe

Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Production
Alexandre Fougeron
Réalisation
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Collaboration
Boris Pineau
Boris Pineau
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Pierre Bouyer
Collaboration
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Collaboration
Anouk Minaudier
Collaboration