Portrait du photographe Bruno Serralongue.
Portrait du photographe Bruno Serralongue. - Pierre Even
Portrait du photographe Bruno Serralongue. - Pierre Even
Portrait du photographe Bruno Serralongue. - Pierre Even
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Le photographe Bruno Serralongue, dont les travaux sont exposés au FRAC Ile-de-France de Paris jusqu’au 24/04 et au Frac Grand Large – Haut de France de Dunkerque jusqu’au 30/04, est l’invité d’Arnaud Laporte. Il revient sur sa carrière lors d’un entretien au long cours.

Avec

Alors que ses expositions Pour la vie et Passer en Angleterre sont exposées respectivement jusqu’au 24 et 30 avril 2022 au FRAC Île-de-France ainsi qu’au FRAC Grand Large, deux livres de photographies de Bruno Serralongue sont à paraître prochainement, Calais (2006-2020) par Heni Publishing et La vie ici aux éditions Rien Ne Va Plus. Ces deux expositions, comme ces deux ouvrages, font état des conditions de vie de migrants, de battants, de personnes engagées, de figures de la lutte, des luttes partout à travers le monde.

« J'ai pensé l'exposition comme une sorte de communauté éphémère entre les spectateurs et ces personnes qui sont au mur, qui ont accepté de poser fièrement. L'idée c'est de présenter les individus à Calais, ou d'autres luttes, mais pas en tant que victimes, bien que certains aient été blessés par la police, mais comme personnes fières de leurs luttes. » Bruno Serralongue

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Bruno Serralongue, l’anti-photoreporter

Diplômé de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles en 1993 et de la Villa Arson de Nice. Il commence à « couvrir » des évènements à partir de 1993, en se rendant après-coup à l’endroit où se produisaient des faits divers décrits dans Nice-Matin pour photographier les lieux désormais vides de signification. Après un détour au Chiapas en 1996 pour couvrir des manifestations, il lui arrive de photographier un concert de Johnny Hallyday à Las Vegas, la cérémonie de rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, l’enterrement de Che Guevara à Cuba en 1997, un concert pour l’indépendance du Tibet à Washington en 1998, ou encore le 4ème Forum social à Mumbai en 2004.

« Entre les manifestations au Chiapas en 1996 et le concert de Johnny Hallyday à Las Vegas on est dans deux univers radicalement opposés. Et pourtant, pour moi au départ, il y avait un lien qui était que ces informations je les trouvais en lisant la presse. » Bruno Serralongue

La même année, il devient professeur à la HEAD, Haute Ecole d'Art et de Design, et approfondit son approche photographique qui s’est progressivement construite en « alternative » à celle des photoreporters. Bien qu'empruntant certains mécanismes du photojournalisme, Bruno Serralongue s'intéresse aux coulisses, à la périphérie de l'information car ses œuvres explorent le rôle du photographe et sa position vis-à-vis du sujet, afin de contrebalancer avec un certain type d’image et de discours sur les images très fréquent dans les médias généralistes.

« Ce que je dis aux élèves est que devenir artiste est un choix de vie. C’est quelque chose qui monopolise la vie. Quand on sort de l'école, une fois diplômé, on n’en a pas fini avec la formation. Le métier d'artiste, c'est accepter de se former tout au long de sa vie. » Bruno Serralongue

59 min

Thématiques et technique :

Bruno Serralongue rend compte de manière alternative des luttes émancipatoires à travers le monde, mais aussi de manière plus régulière en France. Bruno Serralongue s’est rendu ponctuellement à Calais pour y suivre l’évolution de la situation et en rendre compte via la photo depuis 14 ans, de même à Notre-Dame-des-Landes où il s’est rendu durant 4 ans (2014-2018), ou encore à Aubervilliers auprès des défenseurs des Jardins des Vertus menacés de destruction et des occupants délogés d’un foyer de travailleurs à Saint-Ouen dans la perspective des JO de 2024.

« La question de la migration va devenir de plus en plus importante au fil des ans et des séries. De même pour les conflits sociaux. D’ailleurs ce ne sont pas forcément des conflits qui impliquent énormément de personnes, mais ils touchent à la vie d'une communauté qui, tout d'un coup, alors qu'elle vit tranquillement, vient être perturbée. » Bruno Serralongue

Depuis le milieu des années 90 il réalise la plupart de ses clichés à partir d’une chambre photographique, vieil appareil photographique qui nécessite davantage de temps pour prendre une photo qu’un numérique ou un instantané. L’usage de la chambre photographique produit une retranscription distanciée de l’information, à rebours de la tentation du « faire-événement ». La qualité des négatifs de cet appareil si particulier permet à Bruno Serralongue de faire de grands tirages de ses clichés, non-retouchés, en préservant parfaitement les moindre détails saisis. Ainsi, ses expositions photographiques sont parsemées de photos grand format, encadrées, sous plexi, lui conférant un statut d’artiste à mi-chemin entre un photographe et un plasticien.

« Montée sur trépied, peu mobile mais très visible, la chambre oblige à regarder beaucoup son appareil photo, donc à être à la fois très attentif et très concentré. On est bien évidemment sur une autre approche de la photographie, où le « style » est plutôt le type de relation au monde qu’a le photographe. Cela permet d’aborder l'événement par un autre bout. Vous n'allez pas courir après quelque chose, vous allez attendre que cette chose arrive vers vous. » Bruno Serralongue

43 min

Son actualité :

Sons diffusés pendant l'émission :

  • « Jean Misère » interprété par Moloudji dans l’album « La Commune en chantant » (1971) | Label : Disc’Az
  • « Oiseau » de Laurent Bardainne, Tigre d’Eau Douce et Bertrand Belin, dans l’album « Hymne au soleil » (2022) | Label : Heavenly Sweetness

L'équipe

Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Production
Anouk Minaudier
Collaboration
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Collaboration
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Collaboration
Boris Pineau
Boris Pineau
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Alexandre Fougeron
Réalisation
Pierre Bouyer
Collaboration