Catherine Millet
Catherine Millet - Pascal Ito © Flammarion
Catherine Millet - Pascal Ito © Flammarion
Catherine Millet - Pascal Ito © Flammarion
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La critique d’art, commissaire d’exposition, directrice d’Artpress et écrivain Catherine Millet revient sur la fabrication de ses livres autobiographiques lors d’un entretien au long cours avec Arnaud Laporte.

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Après le succès mondial de La vie sexuelle de Catherine M. (éd. du Seuil) en 2001, Catherine Millet a poursuivi son œuvre autobiographique avec Jours de souffrance et Une enfance de rêve (éd. Flammarion). Avec Commencements (éd. Flammarion), son quatrième récit, Catherine Millet, continue de tisser la trame de sa vie  et livre ses premiers pas dans le monde de la culture au cœur de capitales comme Paris et New-York, façonnées par l'émergence de l'art contemporain.

Une écriture du réel à partir de l'idée du souvenir

"À chaque fois, ce qui m'a amenée à un livre autobiographique, ce n'était non pas de poursuivre un récit, mais de retranscrire une idée à travers le récit de mon expérience personnelle. Pour Une enfance de rêve*, ma première idée était de réussir à raconter les tous premiers souvenirs. J'avais en moi des souvenirs qui correspondaient à l'âge que je pouvais avoir à l'époque, trois ans, donc c'était très tôt*." Catherine Millet

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"Pour Commencements, je suis partie du constat que ma vie professionnelle a commencé dans un moment qui correspond aussi au commencement de ce qu'on appelle aujourd'hui l'art contemporain. (...) Et ça m'a amusée d'essayer de comprendre comment je m'étais glissée dans cette histoire-là." Catherine Millet

"J'ai un jour eu l'idée de passer non pas par mon histoire, mais par celle d'autres. Ca m'a débloquée, et à partir de ce jour-là, je me suis vraiment mise au travail. Ces autres, c'était quatre garçons qui avaient deux ou trois ans de plus que moi. Certains fréquentaient le même lycée, d'autres étaient dans un lycée voisin, dans la même banlieue. Ces quatre garçons étaient en train de créer une petite revue de poésie qui s'est appelée "Strophe". (...) Plus tard, ils se sont tous retrouvés dans le milieu de l'art et sont restés plus ou moins liés. Et j'ai trouvé que c'était presque un fait romanesque. C'est ça qui est extraordinaire et qui m'a intéressée : comment les destins se nouent et se dénouent." Catherine Millet

Un vaste rapport au corps

"Autant les essais de Georges Bataille m'ont nourrie, autant ses romans, qui sont extraordinaires, doivent me pénétrer tellement profondément qu'ils me mettent mal à l'aise. Ils touchent à des images de déchéance du corps qui correspondent à cette tendance qui m'effraie un peu. Alors ce mot "supprimé" qu'emploie Bataille pour expliquer pourquoi il écrit, ça fait encore plus peur, c'est comme si la suppression se trouvait au bout de cette déchéance." Catherine Millet

59 min

"Dans Commencements, je m'explique précisément sur mon rapport au corps exprimé dans La Vie sexuelle de Catherine M. où certaines lectrices ont pensé que je me mettais en danger. Mais c'était leur projection, ce n'était pas du tout le cas. Au contraire d'ailleurs, c'était pour retrouver le confort du petit enfant entouré d'amour, de caresses qui me rassurait. Moi qui, justement, avait tellement peur de me perdre dans ce monde que je ne comprenais pas bien, dont je n'avais pas toujours les clés." Catherine Millet

Des boîtes d'archives protectrices et inspirantes

"J'ai embarqué tout ce que j'avais trouvé dans la maison de mes parents après leur décès, j'ai tout mis dans une boîte sans savoir que j'allais utiliser ça un jour. J'ai tout pris, les cartes postales, les bulletins scolaires, les dessins que je faisais enfant pour envoyer à ma mère le jour de son anniversaire. Et puis des photos. Une photo nourrit énormément l'écriture, je trouve. Et d'ailleurs, de temps en temps, j'ai fait directement référence notamment à une photo de ma mère qui m'a bouleversée." Catherine Millet

"Aller rechercher des périodes anciennes de ma vie et les présenter sous une forme romanesque continue à me protéger de ce monde." Catherine Millet

À la recherche du mot exact, Catherine Millet compare son travail à celui d'un sculpteur : la lecture doit glisser comme la main sur un bronze et, ce faisant, emporter ses lecteurs : "Une fois qu'on a les mots exacts et qu'on les assemble, il y a le travail du "lissage". C'est comme un sculpteur qui va polir la pierre ou le bronze. Il faut que la main glisse en quelque sorte. Il faut que la lecture glisse. (...) Après je murmure la phrase entre mes dents. C'est une sorte de musique, de rythme." Catherine Millet

Ses actualités

- Son nouvel ouvrage "Commencements" est disponible aux éditions Flammarion

Synopsis : Dans un café, une adolescente observe de loin un groupe de jeunes gens absorbés dans leur discussion. Elle ne sait pas encore qu’ils préparent une revue de poésie mais, bientôt, elle attachera ses pas aux leurs. Premières lectures, premières amours, découverte de l’émotion esthétique, premiers écrits. Catherine Millet tente de détisser le mystérieux entrecroisement de hasards, de désirs confus, d’opportunités plus ou moins bien comprises qui conduisent une jeune fille sans bagage, sans argent et sans grande culture à quitter sa banlieue pour le Saint-Germain-des-Prés des artistes et des galeries d’art. La vie intime et la vie professionnelle inéluctablement se mêlent.
L’époque, c’est Mai 68 à Paris et l’émergence du quartier de SoHo à New York, l’apparition d’un art qui ne ressemble pas à l’art, la naissance de ce qu’on appelle aujourd’hui « l’art contemporain ». Commencements est le récit d’une éducation sentimentale qui est aussi une édu­cation sexuelle et une formation intellectuelle.

- Catherine Millet sera, samedi 10 septembre, au Salon Le livre sur la Place de Nancy pour rencontrer ses lecteurs et dédicacer son nouveau récit, Commencements.

Sons diffusés lors de l'émission

- Archive de Georges Bataille, dans l’émission d’André Gillois sur l’ORTF, le 20 mai 1951

- "L'idole des jeunes" de Johnny Hallyday, Album éponyme, 1963 (Philips)

- Archive de Louis Aragon lisant son poème "Le Conscrit des cent villages" dans l'émission "Leurs débuts" sur la RTF, en 1945

L'équipe

Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Production
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Production déléguée
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Production déléguée
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Boris Pineau
Boris Pineau
Boris Pineau
Collaboration
Anouk Minaudier
Collaboration
Apolline Limosino
Collaboration
Alexandre Fougeron
Réalisation