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Claro - J Panconi
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Résumé

De quoi est fait l’imaginaire de l’artiste, d’où vient sa vocation, quelles sont ses méthodes de travail, au micro d’Arnaud Laporte, tentative d'approche du processus créatif de Claro à l'occasion de la parution de son nouveau roman "Sous d'autres formes nous reviendrons" au Seuil.

avec :

Claro (Ecrivain, traducteur et éditeur).

En savoir plus

Tantôt traducteur téméraire, tantôt éditeur, critique, et auteur de nombreux romans, Claro alterne les casquettes mais n’a qu’un seul crédo : mettre en danger la langue, partir à l’aventure des mots. Il signe "Sous d'autres formes nous reviendrons", son dernier roman paru aux éditions du Seuil. L’occasion idéale d’en savoir plus sur son processus créatif et sur ses imaginaires.

La mort est très présente dans son dernier roman, il explique pendant l'entretien le lien qu'elle noue avec l'écriture :

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"On a un rapport avec la mort qui est de l'ordre de l'esquive et je pense que l'art est justement là pour le rappeler. C'est pour ça que dans le livre, je convoque des figures comme La momie dans le film de Karl Freund ou les enterrées de Pompéi, et d'autres figures. Parce que l'art a à charge de rappeler que la mort est présente dans la vie, ce qui est une évidence, mais il arrive à le faire par ses propres moyens qui sont très différents selon que ce soit la peinture ou la littérature." Claro

"Je pense que l'écriture convoque beaucoup de fantômes parce qu'elle participe d'un devoir de mémoire, elle cherche à réactiver des choses disparues ou des choses qui ont été tues. Il y a toujours cette volonté dans l'écriture d'aller dans les zones d'ombre et parfois de les conserver, de les ramener à l'intérieur d'un livre pour éviter qu'un livre ne soit que clarté." Claro

Un chasseur de pépites littéraires

Passionné de littérature américaine, Claro s’est imposé comme un passeur et un alchimiste des grands romans anglo-saxons. Dennis Cooper, Thomas Pynchon, Salman Rushdie, Mark Z. Danielewski, John Barth, ou encore William Gaddis sont quelques-uns des écrivains américains réputés difficiles dont il a assuré la traduction depuis le début des années 2000.

"Il faut que je sente que le livre a envie d'être traduit. Ça paraît un peu nébuleux ou médiumnique mais si sa puissance de langue est assez forte, il faut qu'il appelle en nous une résonance de notre propre langue qui a envie tout d'un coup d'aller à sa rencontre et de trouver les choses." Claro

Son exigence de la langue trouve son prolongement naturel dans son travail d'éditeur depuis la création en 2004 de Lot 49, la collection codirigée par Arnaud Hofmarcherau Cherche-Midi, ainsi que dans ses activités de critique sur son blog littéraire « Le Clavier Cannibale ». Certains de ses textes ont été publiées dans deux recueils chez Inculte, Le Clavier Cannibale en 2009 puis Cannibale lecteur en 2014.

À lire aussi : Hollywood, prémices et âge d’or dans la littérature américaine

Un artificier de la langue

Romancier à 24 ans, Claro a donné de plus en plus d’ampleur à sa trajectoire romanesque au fil des années. Depuis Ezzelina (1986) en effet il a publié de nombreux romans qui jouent avec la forme, tantôt en la sabotant tantôt en la saturant, et toujours en dynamitant le langage.

"Je suis entré dans l'écriture par la frappe des touches, par le fait qu'il faut se colleter avec une machine. Pour moi, ça a toujours été indissociable. J'écris très peu à la main, ça m'arrive de prendre des notes, mais je préfère toujours la machine" Claro

Depuis 2019, le romancier a amorcé un tournant réflexif qui s’incarne dans un nouveau cycle, celui dit « des Limbes ». Son roman Substance en fut le premier maillon, suivi de près par La Maison indigène qui toucha aux fantômes de son historiographie familiale, terreau encore inexploré jusqu’ici par l’écrivain. Sous d'autres formes nous reviendrons paru aux Editions du Seuil vient clore le triptyque.

"Il y avait un désintérêt qui commençait à se faire sentir chez moi pour la forme romanesque. Je pense que je ne suis pas du tout doué, ça me sert plutôt pour explorer des champs d'écriture, mais pas du tout la narration. C'était le moment et avant de passer à autre chose, comme "Sous d'autres formes, nous reviendrons", il a fallu celui sur la maison ["La Maison Indigène"] pour pouvoir fermer des portes et en ouvrir" Claro

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Son actualité :

  • Roman : "Sous d'autres formes nous reviendrons" de Claro a paru aux Editions du Seuil.
    Résumé de l'éditeur :
    Le 7 février 1497, le moine Savonarole fait édifier à Florence un immense bûcher, dans lequel sont jetés œuvres d’art et accessoires frivoles ; le même jour, Josquin Des Prés compose un lamento à la mémoire du maître de chapelle Johannes Ockeghem. Là où l’un décompose, l’autre propose ; d’un côté les flammes rageuses de la destruction, de l’autre l’eau vive de la déploration.
    Partant de ces deux conceptions opposées de la vanité humaine, Sous d’autres formes nous reviendrons déroule un fil, celui qui va de la reconnaissance d’un vide en nous à notre rapport ambigu face à la mort. Qu’il s’agisse des ensevelis de Pompéi, de l’enfant pétrifié de Sens, des amphithéâtres d’anatomie, des peintures de vanités flamandes, du film La Momie de Karl Freund, ou bien d’événements intimes comme la mort du père, Claro s’interroge – et interroge la poésie – sur le lien qu’entretient l’écriture avec le célèbre adage memento mori– qu’il conviendrait de traduire ainsi : n’oublie pas de mourir.

Sons diffusés pendant l'émission :

  • "Mean Mr Mustard" des Beatles sur l'album "Abbey Road" (1969) | Label : Apple.
  • Extrait d’une interview de Louis-Ferdinand Céline en 1961.
Références

L'équipe

Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Production
Anouk Minaudier
Collaboration
Lucile Commeaux
Collaboration
Marie Sorbier
Collaboration
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Alexandre Fougeron
Réalisation