Ernest Pignon-Ernest ©AFP - Fred Tanneau
Ernest Pignon-Ernest ©AFP - Fred Tanneau
Ernest Pignon-Ernest ©AFP - Fred Tanneau
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Résumé

Pionnier de l’art urbain, Ernest Pignon-Ernest poursuit depuis plus de cinquante ans une œuvre engagée qui exacerbe les potentiels poétiques de la rue et interroge notre mémoire collective. Le temps d'un entretien, il revient sur son parcours, de l’Afrique du Sud à Haïti, et sur ses imaginaires.

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Ernest Pignon-Ernest (artiste).

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Cela fait plus de cinquante ans qu’il apporte de la beauté et de la poésie dans les rues. Alors qu’il expose pour 6 mois 300 œuvres au Fonds pour la culture Hélène et Edouard Leclerc à Landernau, le plasticien Ernest Pignon Ernest nous parle de ses installations, ses dessins, ses photographies, qui révèlent les différentes étapes de ses créations.

"L'exposition de Landerneau a cet intérêt, entre autres parce qu'elle a été très bien conçue par Jean de Loisy, d'associer les gens au processus de travail. Elle répond aux questions sur comment je fais le dessin avec ses exigences spécifiques de travail dans la rue." Ernest Pignon-Ernest

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Pignon sur rue

Enfant de Nice, Ernest Pignon-Ernest a été profondément marqué à l’âge de douze ans par une reproduction du célèbre « Guernica » de Picasso. "Je découvre vraiment là que la peinture peut être une explosion" raconte-t-il au cours de l'entretien. Comment faire, en tant que jeune peintre, pour passer après la puissance subversive de Picasso ? Ernest Pignon-Ernest y répond en choisissant la rue. En 1966 en effet, contre l’implantation de la force de frappe atomique sur le plateau d’Albion, l’artiste poche l'ombre d’un homme foudroyé à Hiroshima sur les murs, les routes et les rochers des environs, in situ.

"Pline l'Ancien dit que l'origine du dessin est l'ombre portée de la fille du potier Dibutade. Tout mon travail démarre avec une ombre portée, mais ce n'est pas celle du soleil, c'est l'ombre portée du nucléaire qui marque ma génération" Ernest Pignon-Ernest

Si il a ensuite troqué le pochoir contre le collage, cette première intervention porte en germe tout ce qui constitue son œuvre jusqu’à aujourd’hui : l’éphémère appropriation et poétisation de l’espace public, dont il est l’un des pionniers avec Daniel Buren, mais aussi la mise en dialogue de l’Histoire et l’interrogation de notre mémoire collective.

"Pour qu'une image tienne la confrontation et soit présente, il faut qu'elle soit architecturée et densifiée. Dans la conjugaison de mon dessin et du lieu, je vise à donner une profondeur au visible" Ernest Pignon-Ernest

Réinscrire l'Histoire humaine dans les lieux

« Ecce homo », telle est la formule, que l’on peut traduire par « voici l’Homme », qui a été choisie pour titrer sa rétrospective à Avignon en 2020 et pourrait résumer l’essence de tout son travail. Artiste humaniste, Ernest Pignon-Ernest réveille la mémoire des poètes, que ce soit Pier Paolo Pasolini, Robert Desnos ou Mahmoud Darwich, mais aussi des héros de la liberté et des victimes d’évènements tragiques, pour interroger la mémoire collective des peuples et les dérives de la société.

"On prend mes dessins pour l'œuvre. En fait, c'est plutôt le lieu travaillé par la présence de mon image qui est l'œuvre. Au fond, je propose presque un ready-made. Pour « Les Gisants », c'est le métro Charonne que j'expose en quelque sorte. On y passe tous les jours, il s'est banalisé, mais mon image vient là comme un révélateur. Sa présence fait remonter à la surface la mémoire du lieu" Ernest Pignon-Ernest

Dès 1971, le plasticien a marqué les esprits avec Les Gisants, une série de dessins collés dans divers endroits de Paris, qui proposait un regard croisé sur la Commune de Paris, le massacre du 17 octobre 1961 et l'affaire de la station de métro Charonne. Façon de signifier que l’Histoire se répète et que les rues en sont les témoins directs. Depuis, il a collé ses dessins charbonneux sur papier journal aussi bien à Nice pour protester contre le jumelage de la ville avec Le Cap en plein Apartheid, qu’en Afrique du Sud pour visibiliser le sida, à Alger pour ressusciter la figure de Maurice Audin et designer par-là la violence de la guerre coloniale, ou encore à Naples pour travailler les représentations de la mort qu'a sécrétées cette ville.

"Les poètes font leur pays […] Comme je suis athée, je n'ai pas de saints pour incarner des valeurs. Donc je me saisis des poètes. Mais je ne me prive pas d'utiliser des saints aussi parce que, même en étant athée, je suis héritier de cette culture, de cette peinture, et de ce dogme de l'incarnation." Ernest Pignon-Ernest

Ses actualités :

  • Exposition : Rétrospective consacrée à Ernest Pignon-Ernest se tient du 12 juin au 15 janvier à la Fondation Edouard Leclerc. Un catalogue est édité à cette occasion.
  • Les éditions Gallimard proposent une nouvelle édition augmentée de la grande monographie titrée "Ernest Pignon-Ernest" initialement parue en 2014.
  • Les éditions Delpire proposent également une nouvelle édition augmentée de "Face au Mur" initialement paru en 2018.
  • Exposition à venir : " Les Extases ", d'Ernest Pignon-Ernest, seront présentées à l'Abbatiale Notre-Dame de Bernay du 2 juillet au 18 septembre 2022.

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Extrait de l'interview d'Erri de Luca le 3 novembre 2020 dans "Affaires Culturelles" sur France Culture.
  • Jean Ferrat qui chante “Carco”, sur un texte d’Aragon. Album : “Ferrat 95” (1994) | Label : TEMY.
  • Archive de Francis Bacon au micro de Georges Charbonnier, sur France Culture, en 1975.
Références

L'équipe

Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Production
Anouk Minaudier
Collaboration
Lucile Commeaux
Collaboration
Marie Sorbier
Collaboration
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Alexandre Fougeron
Réalisation
Pierre Bouyer
Collaboration