L'actrice Juliette Binoche à la première du "Lycéen" de Christophe Honoré, à l'UGC Cine Cite des Halles, le 17 Novembre 2022 à Paris.
L'actrice Juliette Binoche à la première du "Lycéen" de Christophe Honoré, à l'UGC Cine Cite des Halles, le 17 Novembre 2022 à Paris. ©Getty - Julien Hekimian
L'actrice Juliette Binoche à la première du "Lycéen" de Christophe Honoré, à l'UGC Cine Cite des Halles, le 17 Novembre 2022 à Paris. ©Getty - Julien Hekimian
L'actrice Juliette Binoche à la première du "Lycéen" de Christophe Honoré, à l'UGC Cine Cite des Halles, le 17 Novembre 2022 à Paris. ©Getty - Julien Hekimian
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Le temps d'un entretien au long cours avec Arnaud Laporte, l'actrice évoque les temps forts de sa carrière et son processus de création, où l'intériorité est une gageure pour faire remonter la mémoire sensorielle et faire vibrer le corps, objet cinématographique premier.

Avec

Juliette Binoche a joué près de 80 rôles différents depuis ses débuts sur le  grand écran en 1983, dans "Liberty Belle", de Pascal Kané. Elle obtient rapidement des petits rôles chez Jean-Luc Godard, "Je vous salue Marie", et Jacques Doillon, "La Vie de famille" en 1985, et est révélée dans "Rendez-vous" d’André Téchiné la même année. Depuis, elle joue aussi bien dans de grosses productions divertissantes ("Godzilla", "Ghost in the Shell") que  dans des premiers films ou encore des projets engagés, notamment sur le sort des réfugiés ("Par effraction"), le conflit israélo-palestinien ("Désengagement") ou le travail précaire dans "Ouistreham", d'après le récit de la journaliste Florence Aubenas. Elle passe également devant la caméra de réalisateurs aussi divers et reconnus que Krzysztof Kieślowski ("Trois Couleurs : Bleu" en 1974), Michael Haneke ("Le Patient anglais" en 1997, "Codes inconnus" en 2000, "Caché" en 2005), John Boorman ("In my country" en 2004), Bruno Dumont ("Camille Claudel 1915" en 2013 puis "Ma Loute" en 2019), Hou Hsiao-Hsien ("Le Voyage du ballon rouge", 2008), Olivier Assayas ("L'Heure d'été" en 2008, "Sils Maria" en 2014 et "Doubles vies" en 2019) ou encore Claire Denis ("Un beau soleil intérieur" en 2017, "High Life" en 2018 et "Avec Amour et acharnement" en 2021). En 2019, Juliette Binoche donne la réplique à Catherine Deneuve dans "La vérité" le nouveau film de Kore-eda, cinéaste japonais récompensé en 2018 de la Palme d'or à Cannes avec "Une affaire de famille".

Également comédienne sur les planches, Juliette Binoche a joué "Pirandello" à Londres en 1997 et "Pinter" à New York en 2001. En 2008, elle signe et danse "In-I" avec Akram Khan. En 2011, elle joue dans "Mademoiselle Julie", d’August Strindberg, mis en scène par Frédéric Fisbach, présenté au Festival d'Avignon puis repris au théâtre de l'Odéon.

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Dernièrement, elle tourne avec Marie-Monique Robin un documentaire adapté de son livre "La Fabrique des pandémies" (2022) qui interroge des scientifiques sur le rapport entre la biodiversité et l'émergence des pandémies.

Alors qu’elle est à l’affiche du nouveau film de Christophe Honoré, Juliette Binoche revient avec nous sur un parcours hors-norme, débuté il y a presque quarante ans. Elle qui a reçu des prix d’interprétation au Festival de Cannes, de Venise et de Berlin, mais aussi un César, un BAFTA (British Academy of Film and Television Arts) et un Oscar, lève le voile sur ses méthodes de travail.

Mouvements intérieurs

"Tout vient du mouvement, le mouvement de l'intérieur vers l'extérieur. Être artiste c'est s'exposer et cette exposition peut être absolument joyeuse, mais nous met quand même en danger. Et si on n'est pas prêt à ce danger là, à approcher l'impossible, finalement, on ne peut pas aller jusqu'au bout. C'est un questionnement existentiel de tout art : il y a quelque chose de l'ordre de se jeter dans le feu ou se jeter à l'eau." Juliette Binoche

"Passer par en-dessous"

"Dans tout art, on peut passer par en-dessous le mouvement parce que ça doit avoir une racine et une humilité. Et l'humilité, c'est vraiment être à plat. Être habité par un personnage, par un homme, par un texte, par des situations, ça doit passer par des sensations. C'est-à-dire que la tête n'est pas maître, ce n'est pas le conducteur. La pensée aide mais ce n'est pas elle qui dirige." Juliette Binoche

Affaires culturelles
55 min

"Ce qui m'intéresse c'est d'être vraie dans le présent, d'être au plus présent dans le présent, au noyau même de la présence. Et si je sens que c'est traficoté ou fabriqué, ça m'exaspère. Et donc, si je me vois aller vers ça, j'essaie tout à fait de l'enlever. [...] Ce qui m'intéresse, d'une prise à l'autre, c'est d'aller au cœur de ce que j'ai envie de dire de ce silence-là, parce que c'est une place qui est indicible. Je la ressens dans le silence avant une prise, c'est quelque chose de sacré, dont on n'a pas connaissance. Pour moi, toute cette passion c'est le mystère." Juliette Binoche

Travailler avec une coach

"Susan [Batson] est un repère pour moi. D'abord, c'est une amitié et comme sur un tournage, au moment même où l'on tourne, on n'a pas le temps de travailler, parce qu'il y a une rapidité à avoir, beaucoup de plans à faire, cette espèce d'excitation, qui est à la fois une restriction parfois douloureuse, il faut travailler en amont. Travailler avec Susan me permet d'être vraiment prête et de pouvoir m'adapter au travail avec le metteur en scène, mais aussi de proposer des choses. C'est une espèce de ping pong. [...] Le plus étonnant c'est qu'il faut que ça ait l'air facile et on ne sait pas quel travail il y a derrière, surtout en France où l'on pense que c'est le metteur en scène qui, en dirigeant acteur, résout tous les problèmes et fait de la magie. Mais ce n'est pas tout à fait comme ça que ça se passe." Juliette Binoche

Affaires culturelles
55 min

Appartenir à la famille de Christophe Honoré

Pour "Le Lycéen" de Christophe Honoré, en revanche, Juliette Binoche n'a pas préparé son rôle avec Susan Batson. "C'est l'histoire de Christophe quelque part, il a perdu son père entre la fin de l'adolescence et le début de l'âge adulte. Ça m'a touchée, évidemment, parce qu'il y a une responsabilité quand on raconte la vie de quelqu'un qui est en train de tourner et en plus de jouer son père. C'est quand même très fort. Et puis tout ce qui touche à la famille à la maternité, le rapport à l'enfance et aux moments de transitions fragiles me touchent particulièrement. Christophe Honoré m'a aidée, il m'a dit par exemple que sa mère avait dévalé les escaliers pour aller le voir et lui annoncer la mort de son père, qu'elle était dévastée à l'idée qu'il était déjà au courant et qu'elle n'avait pas pu lui dire. Cela m'a guidée pour jouer cette situation extrêmement forte." Juliette Binoche

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Son actualité :

Film : Juliette Binoche est à l’affiche du nouveau film de Christophe Honoré, “Le Lycéen” en salles dès aujourd'hui, 30 novembre 2022.

Synopsis : Lucas a 17 ans quand soudain son adolescence vole en éclats. Avec l’aide de son frère, monté à Paris, et de sa mère, avec qui il vit désormais seul, il va devoir lutter pour apprendre à espérer et aimer de nouveau.

Sons diffusés lors de l'émission :

- La comédienne Dominique Reymond dans "Affaires Culturelles" le 14/02/2022

- L'auteur, réalisateur et metteur en scène Christophe Honoré dans "Affaires Culturelles" le 15/11/2022

- Le réalisateur Bruno Dumont dans "Affaires Culturelles" le 30/08/2021

- Archive du dramaturge et écrivain  Eugène Ionesco, au micro de Jacques Chancel, sur France Inter, le 06/07/1973

- Extrait du film "Le Mépris" réalisé par Jean-Luc Godard (1963)

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