Kubra Khademi
Kubra Khademi - Julien Pebrel
Kubra Khademi - Julien Pebrel
Kubra Khademi - Julien Pebrel
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Depuis Lille, Arnaud Laporte s'entretient avec la peintre et performeuse Kubra Khademi. L'occasion de revenir sur le parcours de l'artiste qui, à travers sa vie de réfugiée et de femme, explore par son art la politique des corps.

Avec

Performeuse et féministe, Kudra Khademi se définit elle-même comme une artiste "multidisciplinaire". Née en 1989 dans la province du Ghor, au centre de l'Afghanistan, elle résiste par grève de la faim à un mariage forcé et réussit à partir pour Kaboul. Elle  étudie les beaux arts à l'Université de Kaboul, avant d’intégrer l’Université de Beaconhouse à Lahore, au Pakistan. A Lahore, elle crée des performances publiques telle que déplacer sa chambre d’étudiante sur une autoroute de la ville pour provoquer un embouteillage. Son travail est une réponse à une société et un espace public dominés par les hommes.  En 2015, à Kaboul, elle réalise une performance connue sous le nom de "Armor": l’espace de huit minutes, elle déambule dans la rue vêtue d’une armure de métal qui exagère beaucoup les volumes des seins, du ventre et des fesses. La violence des menaces la force à fuir son pays d'origine.

"J'ai mis longtemps à comprendre à quel point mon travail était dangereux pour mon pays" Kubra Khademi

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"En faisant cette performance "Armor", je n'imaginais pas que les réactions seraient si vives, qu'elles pourraient mettre ma vie en danger. J'étais en état de choc. […] Le point final de cette première vie, ça aurait dû être la mort. Mais j'ai eu la chance d'avoir cette seconde vie" Kubra Khademi

L'art en exil

Réfugiée en France, elle a été la première artiste à disposer d’un atelier dans l'Atelier des Artistes en Exil,  un lieu fondé en 2017 par les metteurs en scène Judith Depaule et Ariel Cypel pour des artistes qui doivent fuir leur pays d’origine et cherchent comment créer en France. En 2016, elle a reçu une Bourse MFA au Panthéon et Audrey Azoulay, ministre de la culture, l’a élevée au rang de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.  Depuis 2020, année où elle obtient la nationalité française, son travail plastique est représenté par la Galerie Eric Mouchet, à Paris.

"Mon art naît de mon expérience, de là où j'ai grandi, de mon éducation, de ce qui m'a été imposé. En tant qu'artiste, il s'agit d'interagir dans le temps et dans l'histoire. Et c'est ce que je fais car j'utilise cette position d'artiste, et particulièrement de femme artiste. Je n'ai pas d'autre moyen de m'exprimer autrement" Kubra Khademi

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La politique des corps

Elle revendique un art à la lecture immédiate, aux antipodes de toute approche conceptuelle. Côté performance, dans « Eve is a seller » ( 2018)  elle a par exemple vendu des fruits et légumes disposés de manière à suggérer des anatomies féminines et masculines, le tout sur un étal sous une halle à Molenbeek, un quartier de Bruxelles.

"J'aime la performance parce que c'est quelque chose qui est là, présent. Je crée une situation qui est vulnérable, mais en même temps, c'est moi devant les yeux du public, sans médiation, et j'aime l'intensité de ces relations" Kubra Khademi

Dans ses peintures, on retrouve des gouaches sur papier aux aplats ocres qui figurent des femmes libres et impudiques, comme dans les séries «Paraqchaha » et « Femmes Ordinaires ».  L’iconographie, crue et charnelle, s'accompagne d'écritures à la feuille d’or de vers érotiques de poètes afghans. L’artiste met ainsi en lumière la vie quotidienne mais surtout clandestine des femmes et les enjeux politiques autour de leurs corps.

"Le corps des femmes occupe une place particulière dans mon pays et dans ma culture. Tous les jours, il faut se battre pour se faire une place" Kubra Khademi

Ses actualités :

Exposition collective « Walk » au Schirn à Francfort, jusqu’au 22 mai.
Exposition collective "El Arbol de la Rabia" du 10 mars au 12 juin à l’Espace d’Art Contemporain de Castello à Valence en Espagne.
Salon de dessin Drawing Now du 19 au 22 mai 2022 au Carreau du Temple à Paris
Exposition monographique "Political Bodies" au Musée de Kaiserslautern en Allemagne du 25 juin au 11 septembre

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Geneviève Fraisse dans l'émission "Une histoire particulière, un récit documentaire en deux parties" sur France Culture en 2019, à propos de la performance de Deborah de Robertis devant l’Origine du monde de Courbet en 2014.
  • Extrait d’un poème de Djalal Al­ Din Rumi adressé à son maître Shams, lu par Blandine Molinier dans l'émission "Poésie sur parole" sur France Culture en 1995.
  • "Oh Banou Banou Djana" par Ahmad Zahir.
  • Atiq Rahimi au micro de Delphine Chaume dans les Masterclasses de France Culture en 2018
55 min