Louis-Philippe Dalembert
Louis-Philippe Dalembert ©AFP - Joël Saget
Louis-Philippe Dalembert ©AFP - Joël Saget
Louis-Philippe Dalembert ©AFP - Joël Saget
Publicité

Le 25 février dernier a paru aux Editions Points Ces îles de plein sel, et autres poèmes, une anthologie du poète et romancier haïtien Louis-Philippe Dalembert. A cette occasion, il revient au micro d’Arnaud Laporte sur son parcours et sur ce qui nourrit son désir d’écriture.

Avec

Ces îles de plein sel, et autres poèmes, une anthologie du poète et romancier haïtien Louis-Philippe Dalembert, a paru le 25 février dernier aux Editions Points. Au micro d’Arnaud Laporte, il revient sur les thématiques qui nourrissent son œuvre et ses méthodes de travail. 

Une enfance en Haïti

Louis-Philippe Dalembert a grandi à Port-au-Prince. Dès son enfance, il baigne dans la littérature, la poésie haïtienne et le cinéma. Ayant connu la dictature, il croit très jeune en une littérature engagée et publie son premier ouvrage à 19 ans. Puis, après des études de littérature et de journalisme, il quitte Haïti pour la France en 1986. Depuis, il a publié une dizaine de romans, mais aussi des recueils de poésie.

Publicité

Que l’on vive en Haïti ou que l’on vive à l’étranger, on doit faire les comptes avec ces deux langues-là quand on écrit, que l’on écrive en français ou en créole. Dans mon cas précis, je dois faire le compte avec d’autres langues dans lesquelles j’ai vécu comme l’italien ou l’espagnol. […] Je suis obligé de faire cette "opération traduisante". [...] Quand on écrit, on est porté par l’univers où se déroule l’histoire et les expressions viennent dans la langue de ce pays-là. Mais ce n’est pas évident de trouver de manière précise l’équivalence. C’est là qu’on peut inventer nous-mêmes en tant qu’écrivain et créer une autre langue.

Ecrire depuis l’enfance

Dans son œuvre, l’enfance tient une place centrale. Dans Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme (Stock, 1996), où il raconte son enfance caribéenne, elle lui sert par exemple de porte d’entrée à la création littéraire. De ce fait, ses écrits, à l’image de son enfance, sont marqués par la forte présence de femmes, de la religion, particulièrement l'Ancien Testament, mais aussi par l’absence d’un père. 

Quand on commence à écrire, on commence par ce que l’on connaît, on revisite un certain nombre de moments de sa vie. Sauf que moi je ne le fais pas à la manière de l’autofiction, je prends plus de distance par rapport à mon enfance, mais elle est présente car c’est elle qui m’a nourrie essentiellement. Quand on écrit, il y a une part d’inconscient qui entre en ligne de compte.

28 min

Par ailleurs, son œuvre et sa vie sont traversées par le vagabondage. Louis-Philippe Dalembert, qui a lui-même vécu en Haïti, en France, en Italie, à Jérusalem ou encore Berlin, met en effet en scène des personnages qui rêvent d’ailleurs comme dans Mur Méditerranée (Sabine Wespieser éditeur, 2019) où il dresse le portrait de trois femmes aux origines sociales et religieuses différentes, réunies par leur expérience de l’exil. 

Pour écrire un roman comme Avant que le sombres s’effacent, j’ai fait beaucoup de recherches. Mais il faut savoir oublier tout ça, pour pouvoir être un narrateur naïf et ne pas être dans l’autoanalyse du texte que j’écris. […] Mes personnages sont autonomes et ce n’est pas une façon de parler : je n’écris pas en sachant tout de l’histoire que je raconte, ni des personnages. Au début j’ai un certain nombre d’idées, un plan très sommaire et au fur et à mesure les personnages naissent et je suis obligé de les suivre, alors que souvent ce sont des personnages qui n’ont pas la même opinion que moi, qui n’ont pas les mêmes idées que moi. Comme des enfants à qui on a donné naissance qui prennent leur envol : on doit les laisser grandir, devenir ce qu’ils sont, ce qu’ils doivent être.

Héritier de la poésie haïtienne

Louis-Philippe Dalembert a également publié de nombreux recueils de poésie. Et si on y retrouve l’importance de l’enfance et du vagabondage, sa poésie est également marquée par ceux qui l’ont précédé et qui nourrissent son écriture, poètes de la Caraïbe et du monde entier.

L’écriture poétique est présente dans mes romans. De plus en plus, mon écriture est contaminée par l’écriture poétique et par la citation des poètes qui m’ont accompagné. La poésie m’a construit : d’une part avec ma mère, institutrice, et d’autre part avec un certain nombre de poètes comme René Depestre. C’est un poète que je voyais avec une admiration extraordinaire : je suis né et j’ai grandi sous une dictature et René Depestre faisait partie de ces écrivains haïtiens de l’exil. Quand je lisais ses textes, j’étais fasciné par l’univers poétique et politique qu’il nous ouvrait.

59 min

Son actualité : son ouvrage Ces îles de plein sel et autres poèmes a paru le 25 février aux Editions Points, collection Point Poésie.

Sons diffusés pendant l'émission

  • Saint-John Perse, à Marseille, alors qu’il vient d’être proclamé Prix Nobel de Littérature, 1960.
  • René Depestre dans Le Bon Plaisir, Renée Elkaïm-Bollinger, France Culture, 1990.
  • Anthony Phelps lit "Mon pays que voici" tiré du disque Mon Pays Que Voici dit par l’auteur © 1966 Les Disques Coumbite © 2000 Anthony Phelps / Les Productions Caliban.
  • "Sinnerman" Nina Simone, Pastel Blues, 1965.
  • Yanick Lahens, dans A Voix Nue, "Haïti microcosme du monde", diffusé sur France Culture le 13 novembre 2019.

L'équipe

Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Production
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Collaboration
Hugo Altmayer
Collaboration
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Production déléguée
Boris Pineau
Collaboration
Brune Schlosser
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Alexandre Fougeron
Réalisation