Louison : "La BD c'est un marathon, alors que le dessin de presse c'est un sprint"

Louison
Louison - Alain Bujak
Louison - Alain Bujak
Louison - Alain Bujak
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Le temps d'un entretien au long cours, l'autrice et dessinatrice de bande dessinée Louison revient sur son parcours, son processus créatif et ses imaginaires. Son album "Marilyn, dernières séances", d’après le livre de Michel Schneider, vient de paraître aux éditions Futuropolis

Avec
  • Louison Dessinatrice chez Marianne et Voici

Formée à l’atelier de Sèvres, Louison a d’abord dessiné pour les sites internet de plusieurs journaux, parmi lesquels Grazia, Voici, Elle, et d’autres, avant de signer son premier roman et de croquer la sphère politique. Elle a notamment raconté la dernière année en fonction du Président François Hollande dans Cher François, paru chez Marabout en 2017, avant de co-signer avec Dorothée de Monfreid, Kokopello, Lara, Morgan Navarro et Mathieu Sapin, l’album Carnets de campagne qui raconte les coulisses de la présidentielle. Peu importe les supports, Louison croque l'actualité avec humour, tendresse et cynisme, de son trait mordant et coloré. Elle vient de publier Marilyn, dernières séances, chez Futuropolis, d’après le livre du même titre de Michel Schneider. L’occasion de revenir, en sa présence, sur quelques moments importants de son parcours et ses imaginaires.

Planche de "Marilyn, dernières séances", de Louison
Planche de "Marilyn, dernières séances", de Louison
- Louison / Futuropolis

De Louise à Louison

Jeune adulte, Louison rêve d’être Bernadette Després, la créatrice de la bande dessinée jeunesse « Tom-Tom et Nana » qui a bercé son enfance. Pour ce faire, l’artiste se forme deux ans à l'Atelier de Sèvres, une école de préparation artistique à l'admission aux écoles supérieures d'art en France et en Europe. Elle raconte :

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« A l'Atelier de Sèvres, j'ai appris à être à être cassée, mais c'était bien. C'est un peu comme les prépas littéraires parce que c'est un endroit où on vous prend vraiment tout frais, tombés du nid et on fait de vous des adultes qui vont savoir ce qu’ils veulent et ce qu'ils ne veulent pas. Mais pour arriver de l'oisillon à la pintade prête à en découdre, il faut passer par des moments un peu durs. Moi, j'ai beaucoup lutté, je n'ai pas été facile à casser. Donc finalement j'en ai pris ce que je voulais, le goût de subir des critiques pas très aimables, mais d'avancer quand même et de continuer à aller chercher des choses qui n'étaient pas forcément au départ ce que je voulais. D'écouter des conseils aussi, de regarder ce que font les autres, de s'en nourrir. » Louison

Autre formation, moins académique et plus empirique : celle que lui a donné durant six ans le caricaturiste et dessinateur de presse Tignous, son mentor, qu’elle a rencontré lors de ses débuts à Marianne. Elle se souvient :

« Tignous m'a porté, m'a sorti de mon inhibition, m'a forcé à aller vers les choses qui me faisaient un peu peur...J'avais 24 ans quand je l'ai rencontré. J'étais une femme dans un métier de dessin très masculin et donc il poussait aux fesses en me disant :"tu vas me faire le plaisir d'y aller et de ne pas regarder tes genoux, tu commenceras à lever les yeux au ciel plus tard. Ce n'est pas le moment de tergiverser, tu te lances !". Et ça, entouré d'une bienveillance absolue, d'un humour total, ça vous aide pour aller démarcher, proposer des dessins, y retourner, même si on ne vous a pas pris un dessin la première fois, ni la deuxième, mais la troisième peut être que ça va marcher. […] C'était une présence absolument déterminante, incroyable, et ça a été un arrachement qui continue ». Louison

La BD et le dessin de presse, ses deux terrains de jeu

« Il y a eu très longtemps l'envie de faire du dessin de presse, donc de raconter quelque chose d'autre, mais de façon très condensée. L'envie de la BD, elle, a toujours été là, mais je me suis toujours demandée si j'en étais capable et si j'avais de l'endurance. La BD c'est un marathon, alors que le dessin de presse c'est un sprint. Je me demandais si, de la même façon qu'un sprinteur ne va pas faire 42 kilomètres, est ce que je suis capable de faire les deux ? Il a fallu presque quinze ans de vie professionnelle pour me dire "allez, on se lance !" » Louison

"Marilyn, dernières séances" : du texte au dessin

"Il a des choix qui ont été faits de façon totalement consciente et d'autres de façon totalement inconsciente. Comme quoi on est sur le fond et la forme, c'est très cohérent. Il y a un choix en particulier qui a été fait de façon totalement inconsciente et qui m’a été révélé par mon éditeur : c'est de se mettre dans la peau de Greenson. J'aurais pu raconter l'histoire à la troisième personne comme le livre de Michel Schneider est raconté ou j'aurais pu me mettre dans la peau de Marilyn aussi, mais je pense que c'était une bonne chose de ne pas le faire. Naturellement, je me suis mise à la place de celui qui est en face d'elle et qui va raconter ses trente et quelques mois de sombre et lente mais déterminée agonie." Louison

"Marilyn, dernières séances" de Louison, page 158.
"Marilyn, dernières séances" de Louison, page 158.
- Louison / Futuropolis

"Ça a été des choix, mais ça a été passionnant à faire et ça m'a donné vraiment très envie de continuer à faire des adaptations car je trouve que c'est un exercice très sportif, très intense. Ce n’est pas du tout, comme on pourrait le croire, une sorte de facilité de prendre le texte de quelqu'un pour ne pas avoir à trouver une histoire moi-même. Au contraire, il faut tout remodeler et donc faire une chaise à partir d'une table basse. C'est-à-dire qu'on va y arriver, mais il faut quand même un petit peu d'huile de coude." Louison

Les Grandes traversées / Moi, Marilyn (feuilleton)
45 min

Son actualité :

  • BD : “Marilyn, dernières séances”, de Louison, d'après le livre du même titre de Michel Schneider, paru chez Futuropolis. Présentation de l'éditeur : 
    "De janvier 1960 jusqu’au 4 août 1962, Ralph Greenson fut le psychanalyste de Marilyn Monroe. Elle lui avait donné comme mission de l’aider à se lever, à jouer au cinéma, à aimer, à ne pas mourir. Ce récit retrace la relation tourmentée entre Marilyn et cet homme qui fut tour à tour un père, une mère, un ami mais qui ne put la sauver d’elle-même, de sa peur et de sa solitude. Il fut la dernière personne à l’avoir vue vivante et la première à l’avoir trouvée morte.
    Lorsque l’actrice s’adresse en 1960 à Greenson, celui-ci est un psychanalyste freudien réputé de la côte ouest, mais aussi un homme fasciné par le cinéma et Marilyn est certes la déesse du sexe mais aussi une femme souffrant d’inhibitions et d’angoisses qui a déjà eu recours aux soins de deux psychanalystes à New York. Lors de leur première rencontre, Greenson saisit la fragilité narcissique de Marilyn, manifestée notamment par une toxicomanie aux barbituriques, et avec prudence il lui refuse le divan et lui propose une psychothérapie en face à face.
    Mais très vite leur relation dérape et Greenson intervient de plus en plus massivement dans la réalité, abandonnant progressivement tout ce qui aurait dû constituer le cadre analytique de cette cure. Il l’introduit dans sa famille, s’occupe de ses contrats professionnels, lui fournit lui-même les barbituriques, etc. Des deux, qui avait l’emprise sur l’autre ? Qui détruisait l’autre ? Le mystère reste entier.
    Une brillante adaptation du roman de Michel Schneider, prix Interallié 2006. Louison centre son récit sur les séances entre Marilyn Monroe et son psychanalyste pour mieux nous dévoiler l’intimité d’une femme brisée derrière son statut de star".

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Bernadette Després, la créatrice de Tom-Tom et Nana, au micro de Jean-François Cadet, sur RFI en janvier 2019.
  • Otis Redding - “Cigarettes And Coffee”, sur l'album "The soul album" (1966).
  • Extrait du 1er épisode du feuilleton radiophonique « Marylin, dernière séance », adapté par Michel Schneider de son propre livre.

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