Marcel Cohen
Marcel Cohen
Marcel Cohen  - Francesca Mantovani - Editions Gallimard 978
Marcel Cohen - Francesca Mantovani - Editions Gallimard 978
Marcel Cohen - Francesca Mantovani - Editions Gallimard 978
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Résumé

Marcel Cohen revient, au micro d'Arnaud Laporte, sur ses imaginaires et sur le processus de création d'une œuvre minutieuse et clairvoyante. Ses derniers livres, "Villes" et "Détails, II. Suite et fin" ont paru chez Gallimard.

avec :

Marcel Cohen (Ecrivain français).

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Un homme discret et pourtant brillant... Telle pourrait être la phrase d’accroche d’un ouvrage de Marcel Cohen, adepte de la forme anonyme. Ce dernier adjectif ne lui convient toutefois pas. Avec près d’une trentaine d’ouvrages et le Prix Jean Arp de Littérature Francophone, Marcel Cohen s’est imposé comme un sculpteur d’essence autant qu’un pinailleur de génie. Il signe chez Gallimard Détails, II. Suite et fin, un ouvrage qui met à nouveau en lumière la minutie de sa prose et révèle l’éclat de ses trouvailles. Pour s'immerger dans ses écrits, on peut également (re)découvrir ses trois premiers livres – Galpa, Malestroit, Chroniques du silence et Voyage à Waïzata – réédités aux éditions Gallimard en un seul volume intitulé Villes.  Au micro d’Arnaud Laporte, l’écrivain nous emmène dans les coulisses de ses créations et nous en dit plus sur ses méthodes de travail. 

Le microcosme pris pour le macrocosme

Marcel Cohen est un écrivain à l’affût. Dès ses débuts dans le journalisme et ses nombreux séjours à l'étranger, il déploie une attention aux mondes et aux espaces sans faille. Ce ne sont toutefois pas les grands évènements qu’il guette depuis Galpa, son premier recueil de poésie en prose, sinon ceux qui se nichent en creux du quotidien le plus banal ou de l’objet le plus insignifiant. En témoigne sa série de Faits débutée en 2002 qui, au fil des volumes, ouvre des brèches dans la trame de la réalité à partir de faits, chiffres et anecdotes accumulées.  Il nous en dit plus sur son processus créatif : 

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Je trouve qu'écrire pour écrire, ça n'a pas d'intérêt particulier. Ce qui me semble intéressant, c'est de savoir où mènent les livres et moi, j'ai envie de savoir où me mènent mes livres. Quand j'ai un texte, j'ai envie de savoir ce qui peut venir ensuite. Généralement, ça vient tout seul. C'est quelque chose qui se passe dans la rue, que j'ai entendu ou que j'ai lu dans les journaux ou vu à la télévision. Je prends des notes et ça fait tout naturellement chapitre 2, chapitre 3. C'est comme ça que le livre s'écrit à mon insu.  

Ce n'est pas moi qui vais chercher le matériau, c'est le matériau qui vient.  

Véritable scientifique du motif, Marcel Cohen consacre la forme courte et disparate comme nouveau genre littéraire et érige la disgression en objet d’étude. Il élague, décortique et observe minutieusement les faits pour en révéler l’éclat. Le héros de ses récits est souvent « un homme », façon de partir du particulier, voire de l’intime, pour englober l’universel. Le Grand Paon-de-nuit en 2014 et Autoportrait en lecteur en 2017 sont deux exemples probants de sa poétique si singulière. On lui doit aussi un livre d'entretien avec le poète Edmond Jabès Du désert au livre, Belfond, 1981 ; ainsi que de nombreux textes et livres avec des artistes, comme Antonio Saura, Pierre Buraglio, Gérald Thupinier.

La littérature c'est peut-être le dernier espace de totale liberté, puisque ça ne coûte presque rien de publier un livre. 

Dans l'absolu, je crois qu'un écrivain est quelqu'un qui se décide à passer à la seconde phrase sans trouver la meilleure première phrase. 

De l'universel au particulier

La littérature fait partie du paysage mental de Marcel Cohen dès son plus jeune âge, il raconte : 

J'ai un peu l'impression, si je me tourne vers mon enfance, que les choses n'étaient vraies que dans les livres. Curieusement, je crois encore aujourd'hui que dans la rue, nous jouons tous un personnage, les pompiers jouent à être des pompiers, etc. Le monde ne peut pas tourner autrement, mais on ne sait ce qui se passe dans la tête d'un pompier que dans les livres. Donc je crois avoir compris intuitivement et assez jeune que c'est dans les livres qu'il fallait chercher, beaucoup plus que dans la rue.  

A bien des égards, la forme brisée des écrits de Marcel Cohen résonne avec son enfance, marquée par la disparition d’une grande partie de sa famille avec la Shoah. La guerre et l’occupation sont des motifs qui s’invitent souvent, en filigrane, dans ses romans. Derrière l’universalisme d’« un homme », on devine parfois le spectre de son histoire personnelle. En 2013, l’écrivain publie Sur la scène inférieure, un ouvrage dans lequel il convoque plus frontalement ses fantômes en tentant d’en faire des portraits, lacunaires forcément. L’ouvrage reçoit le prix Wepler. 

J'appartiens à une génération d'écrivains qui n'a strictement rien à dire. Ma famille a disparu à Auschwitz. J'avais 5 ans, je ne peux pas parler de ça, je ne suis pas du tout compétent. Ce que je sais sur Auschwitz, je l'ai appris dans les livres donc je ne suis pas qualifié pour en parler. Je ne peux pas non plus parler d'autre chose parce que cela signifierait que l'on peut refermer la parenthèse d'Auschwitz.  

Je me sens un peu dépossédé de ma propre biographie. J'ai l'impression que si j'écrivais sur mes premières amours enfantines, par exemple, ce serait un mensonge. Ce ne serait pas moi, alors qu'en revanche, quand je cite des listes d'objets utiles avec un certain recul, voire même de l'humour, cette dérision me reflète, elle dit quelque chose de moi. Quelqu'un qui n'a rien à dire peut tout dire. Donc je suis très libre du matériau qui entre dans mes livres.  

À réécouter : FICTION - André Dussollier lit "Fait II" de Marcel Cohen 1/3

Ses actualités : Marcel Cohen publie Détails, II. Suite et fin et Villes aux éditions Gallimard.

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Sonatine de Ravel, par Clara Haskil sur le label DECCA. 
  • Miles Davis, Sketches of Spain : Concerto de Aranjuez d’après Joaquim Rodrigo, arrangement de Gil Evans.
Références

L'équipe

Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Production
Anouk Minaudier
Collaboration
Lucile Commeaux
Collaboration
Hugo Altmayer
Collaboration
Marie Sorbier
Production déléguée
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Alexandre Fougeron
Réalisation