Phia Ménard
Phia Ménard ©AFP - Eric Feferberg
Phia Ménard ©AFP - Eric Feferberg
Phia Ménard ©AFP - Eric Feferberg
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Chorégraphe, danseuse, jongleuse, performeuse et metteuse en scène, Phia Ménard est une artiste gigogne qui a fait de la transformation la pierre angulaire de son art. Au micro d’Arnaud Laporte à l’occasion d’une grande tournée de ses spectacles, elle revient sur son parcours et sur ses imaginaires.

Avec

Véritable poupée gigogne, Phia Ménard est une artiste aux multiples talents. A la fois danseuse, jongleuse, performeuse, elle signe depuis près de vingt ans des créations engagées dans une transformation de la matière. Sa "Trilogie des Contes Immoraux (pour Europe)” poursuit sa tournée, après Angers et Orléans, et sera donnée à la MC 93 – Bobigny  du 6 au 12 janvier, avant d’être à l’affiche au Tandem – scène nationale Arras/Douai , à Anvers, Bayonne, Chambéry, Le Mans, La Roche-sur-Yon et Rennes et d’autres. D’autres dates sont prévues pour certains de ses spectacles, tels que « Les Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère » à St-Nazaire et Quimper, « L'après-midi d'un foehn  : VORTEX » à Rochefort, Chalon-sur-Saône, au Pays Basque et à Saint-Dié des Vosges, ou encore « L'après-midi d'un foehn Version 1 » au Crès. Autant de bonnes occasions de la recevoir pour évoquer son parcours et ses méthodes de travail.

De la jonglerie à l'injonglabilité

Phia Ménard est entrée dans la danse du spectacle vivant par la jonglerie. Au début des années 1990, alors qu’elle se destinait à devenir technicien dans la fabrication d’outil de chirurgie, elle découvre le spectacle Extraballe du jongleur Jérôme Thomas qui passe à Nantes. Une révélation qui lui ouvre la possibilité de faire de belles choses avec son corps duquel elle se sentait exclue. Avant même sa transition, d’homme à femme, Phia Ménard trouve ainsi dans l’art un moyen de s’approprier son propre corps. 

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« Mon propre corps me renvoyait à une place dans la société dans laquelle je ne me reconnaissais pas, et dans une société que je voulais absolument changer. Au moment où on se réapproprie ses propres gestes et où on comprend que, finalement, on n’a pas été totalement formaté par une éducation, par une société, on commence à comprendre ce que veut dire l’art. On commence à saisir que la démarche de l’artiste est souvent de se débarrasser de ce que la société lui demande de porter. »

Après avoir suivi dès 1994 les enseignements du jongleur Jérôme Thomas et d’intégrer sa compagnie, Phia Ménard se fraye peu à peu un chemin du côté de la chorégraphie. En 1998, l’artiste écrit une première pièce. Ce sera « Le Grain », une création qui en a nécessité une autre : celle de sa propre compagnie nommée « Non Nova », une formule tirée de la locution latine "Non Nova Sed Nove" ("Nous n'inventons rien, nous le voyons différemment"). Forte de son premier succès, Phia Ménard enchaîne ensuite les créations et met en place la notion d’injonglabilité qu’elle a notamment exploré dans la pièce « Doggy Bag ».

« Je suis arrivée à un moment où la virtuosité qu’on m’avait apprise et que j’entretenais, m’a ramenée à une question beaucoup plus humaine et plus profonde que celle du théâtre : pourquoi aller se montrer face à un public ? Est-ce juste pour faire acte, de remarquer sa virtuosité ? Il y a quelque chose dans la virtuosité qui est très vain. La virtuosité est une forme de comparaison. Et je suis arrivée à la limite de ça. L’injonglabilité est arrivée, et m’a dit qu’il fallait que je détruise mes objets. La virtuosité ne raconte rien. »

Les métamorphoses de Phia

Engagée dans une transformation de la matière et d’elle-même, Phia Ménard a fait de ses métamorphoses un acte artistique à tout point de vue. En 2008, elle entame sa transition et débute le projet « I.C.E. » pour Injonglabilité Complémentaire des Eléments, ayant pour objet l’étude des imaginaires de la transformation et de l’érosion au travers de matériaux naturels. La glace, l’eau, la vapeur et le vent sont quelques-uns des matériaux instables qu’elle a utilisés et explorés depuis, par cycles. 

Des pièces de glace avec « P.P.P. » et « Black Monodie », aux pièces d’eau et de vapeur avec « Belles d’Hier » et « Saison Sèche », en passant par les pièces du vent avec « L'après-midi d'un foehn », « Vortex » et « Les Os Noirs », Phia Ménard ne cesse de repousser les limites du corps et de la matière. A chaque pièce, l’artiste affronte ses mues et n’en finit pas de se métamorphoser. 

La dimension politique fait également partie intégrante de son travail. Depuis 2015, l'artiste a fait de la destruction du patriarcat un leitmotiv artistique. 

58 min

Dates et lieux de sa tournée :

La Trilogie des Contes Immoraux (pour Europe):

  • MC 93 – Bobigny – Jeudi 6, vendredi 7, samedi 8, mardi 11, mercredi 12 janvier 2022
  • Tandem – scène nationale Arras/Douai (59) – Vendredi 28 et samedi 29 janvier 2022
  • DeSingel – Centre international des Arts – Anvers (Belgique) – Vendredi 4 et samedi 5 février 2022
  • Scène nationale de Bayonne – Théâtre Quintaou / Anglet (64) – Vendredi 4 et samedi 5 mars 2022
  • Malraux, scène nationale de Chambéry et du Pays de Savoie (73) – Vendredi 18 et samedi 19 mars 2022
  • L’Espal/Les Quinconces – scène nationale du Mans (72) – Jeudi 24 et vendredi 25 mars 2022
  • Le Grand R, scène nationale de La Roche-sur-Yon (85) – Mercredi 30 mars et jeudi 31 mars 2022
  • Théâtre National de Bretagne – Rennes (35) – Jeudi 28, vendredi 29, samedi 30 avril, mardi 3 mai, mercredi 4, jeudi 5 mai 2022

Saison Sèche

  • Theater Im Pfalzbau, Ludwigshafen, Allemagne – Samedi 25 juin 2022

Les Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère

  • Le Théâtre, scène nationale de Saint-Nazaire (44) – Vendredi 11 et samedi 12 mars 2022 

L'après-midi d'un foehn & VORTEX

  • Théâtre de la coupe d’or, Scène conventionnée de Rochefort (17) – Mardi 25, mercredi 26 et jeudi 27 janvier 2022 

L'après-midi d'un foehn Version 1

  • L’Agora, Le Crès (34) – Mardi 15 mars 2022

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive de Jérôme Thomas, dans Les Affinités électives, France Culture, 2005
  • Archive d'Angelica Liddell, dans Affaires Culturelles, France Culture, 2021
  • Musique de Boy Harsher, LA, album Careful, 2019

L'équipe

Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Production
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Production déléguée
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Production déléguée
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Boris Pineau
Collaboration
Anouk Minaudier
Collaboration
Alexandre Fougeron
Réalisation