Raphaël Barontini
Raphaël Barontini
Raphaël Barontini - Jalil Ourguedi-A
Raphaël Barontini - Jalil Ourguedi-A
Raphaël Barontini - Jalil Ourguedi-A
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Résumé

Si son œuvre se déploie sur différents supports, le travail de Raphaël Barontini, empreint de la pensée d’Edouard Glissant, provoque la rencontre entre différentes civilisations. Alors que le plasticien ouvre une exposition à la Galerie Mariana Ibrahim, il nous fait entrer dans son atelier mental.

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La galerie Mariane Ibrahim consacre une exposition personnelle au plasticien Raphaël Barontini. Intitulée “Blue Lewoz”, elle est à découvrir jusqu’au 23 juillet. L’occasion de le recevoir pour revenir sur quelques moments importants de son parcours et nous plonger dans ses imaginaires marqués aussi bien par l’afrofuturisme que par la pensée d’Edouard Glissant.

Vue de l'exposition "Blue Lewoz" de Raphaël Barontini à la Galerie Mariane Ibrahim
Vue de l'exposition "Blue Lewoz" de Raphaël Barontini à la Galerie Mariane Ibrahim
- Fabrice Gousset

Au cours de l'entretien, il nous explique d'où vient le bleu du titre de son exposition à la galerie Mariane Ibrahim et comment il s'en est emparé :

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"Un des éléments forts dans l'exposition est cette attention à la culture du bleu indigo qui est issue de cette période de l'esclavage ou il y avait des plantations d'indigo, notamment en Guadeloupe, sur l'île de Marie-Galante. Mon idée était d'imaginer que les esclaves qui travaillaient sur ces plantations se seraient saisis de cette matière couleur, ce bleu indigo profond, et auraient redécoré les salons de la galerie." Raphaël Barontini

La créolisation pour matrice

Dès l’enfance, le paysage physique et mental de Raphaël Barontini est placé sous le signe du brassage culturel. C’est donc tout naturellement que, très tôt, dès les bancs de l’école des Beaux-Arts où il se forme, l'artiste s’imprègne de la pensée de la créolisation et du Tout-Monde d’Edouard Glissant.  « Portraits de cour », sa première série de portraits classiques à la manière de Rigaud, réalisés à partir de photos de ses proches et d'autres habitants de Saint-Denis, portait déjà en germe tout ce qui est devenu le cœur de son travail par la suite : l'esthétique du carnaval, le mélange des iconographies et des références qui viennent de cultures et d’époques complètement différentes, et une liberté de la couleur sans égal.

"Je vis ma pratique et la production de mon travail artistique comme un miroir du monde. On sait très bien qu'on est dans un moment en France et dans le monde où beaucoup de pensées sont rétrogrades et sont plutôt sur une version rabougrie des identités, une vision fermée du monde. On essaye de nous faire construire des murs, des frontières et je pense que nous, en tant qu'artiste, notre réponse doit être dans le champ de l'imaginaire et dans le champ de la poétique. Avec mes petits outils, j'essaye de travailler à cette mission" Raphaël Barontini

"Bazile sur les Cimes" de Raphaël Barontini, 2022
"Bazile sur les Cimes" de Raphaël Barontini, 2022
- Mariane Ibrahim

Raphaël Barontini a grandi à Saint-Denis, commune du département de la Seine-Saint-Denis, et y travaille encore aujourd'hui. Il nous explique les raisons de son attachement à cette ville  :

"Quand j'ai été diplômé et que j'ai quitté l'école des Beaux-Arts, j'ai eu la volonté de trouver un atelier à Saint-Denis parce que je sentais que, en tant qu'artiste plasticien, j'avais besoin de me nourrir de ces chocs, de ces rencontres quasiment fortuites entre toutes les cultures dont on est témoin dans la vie de tous les jours. Saint-Denis, pour moi, c'est vraiment une ville dada" Raphaël Barontini

"Même si c'est une ville qui agglomère certains problèmes sociaux et économiques, forcément, pour moi, en tant qu'artiste, c'est un terreau hyper intéressant. On a face à nous des couches et des couches de migrations qui se sont superposées au fil des décennies et, finalement, on est face à l'Histoire de France." Raphaël Barontini

Depuis ses premières œuvres, Raphaël Barontini déploie une œuvre protéiforme, qui va de la peinture sur textile à la peinture sur bois, en passant par la photographie et la fresque. Ses créations ne cessent de déborder du châssis pour se déployer dans l'espace et mettre en mouvement, à la façon du carnaval, les histoires, les traditions et les héritages culturels.

"J'essaye de tendre vers une sorte de choc harmonieux" Raphaël Barontini

"The Lewoz Queen", Raphaël Barontini, 2022.
"The Lewoz Queen", Raphaël Barontini, 2022.
- Mariane Ibrahim

Le Tout-Monde de Raphaël Barontini

Dans la carrière de Raphaël Barontini, l’année 2013 marque un jalon important. D’une part, il déniche l’atelier idéal au cœur de Saint-Denis. D’autre part, il part cette année-là en résidence à Haïti et réalise à cette occasion The Guards, une série de grands portraits photographiques liés à l’Histoire de la République d’Haïti qui est la première république « noire » à avoir eu l’indépendance.

"La particularité de cette résidence à Haïti, c'est que j'ai vécu pendant un mois chez une prêtresse vaudou, une Mambo. Par conséquent, mon atelier était le péristyle [colonnade entourant la cour intérieure d'un édifice], donc en extérieur, sous des tôles. Dès fois, on me demandait en fin de journée de ranger mes affaires parce qu'il y avait une cérémonie qui allait avoir lieu. J’ai donc été en immersion totale dans le vaudou" Raphaël Barontini

9 min

L'artiste a depuis effectué plusieurs autres résidences, notamment une à Los Angeles en 2017 et une à Singapour en 2020. Cette dernière, organisée par LVMH Métiers d’Art, l'a plongé au cœur de la tannerie Heng Long qui est réputée pour son savoir-faire en matière de fabrication du cuir crocodilien. Il a mis à profit cette expertise pour créer des costumes historiques pour des héros imaginaires dont les symboliques empruntent à plusieurs mythologies.

Son actualité :

  • Blue Lewoz, la seconde exposition personnelle de l’artiste plasticien Raphaël Barontini à la galerie « MARIANE IBRAHIM » , la première dans l’espace parisien, est à voir du 10 juin au 23 juillet 2022. Une conversation publique entre l’artiste et la critique d’art, chercheuse et curatrice indépendante Eva Barois de Caevel  autour de l’exposition se tiendra le 30 juin à 18h à la galerie.
  • Garmenting: Costume as Contemporary Art : exposition collective au Museum of Arts and Design, New York, jusqu’au 14 août 2022.
  • Globalisto, Une Philosophie en Mouvement : exposition collective au Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole du 25 juin au 16 oct. 2022
  • Il participe également à l’exposition collective itinérante “Des grains de poussière sur la mer – Sculpture contemporaine des Caraïbes françaises et d’Haïti” à la Villa du Parc, à Annemasse, jusqu’au 18 septembre 2022.

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Le romancier, poète et philosophe Edouard Glissant au micro d'Arnaud Laporte sur France Culture en avril 2009.
  • Edouard Glissant, cette fois au micro de Catherine Pont Humbert dans « A voix nue » sur France Culture, en janvier 2002.
  • “Tapestry from an Asteroid” de Sun Ra sur l'album “The futuristic sound of Sun Ra” (1962)
  • Pièce sonore de Mike Ladd pour l’exposition "Blue Lewoz" de Raphaël Barontini à la Galerie Mariane Ibrahim.
42 min
Références

L'équipe

Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Arnaud Laporte
Production
Alexandre Fougeron
Réalisation
Lucile Commeaux
Collaboration
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration
Pierre Bouyer
Collaboration
Marie Sorbier
Collaboration
Anouk Minaudier
Collaboration