Grande fête, gravure au burin sur plomb, non datée, par José Guadalupe Posada
Grande fête, gravure au burin sur plomb, non datée, par José Guadalupe Posada - Editions Vanegas Arroyo Coll. MUDAAC, dépôt au musée de l’Image, Épinal / cliché H. Rouyer
Grande fête, gravure au burin sur plomb, non datée, par José Guadalupe Posada - Editions Vanegas Arroyo Coll. MUDAAC, dépôt au musée de l’Image, Épinal / cliché H. Rouyer
Grande fête, gravure au burin sur plomb, non datée, par José Guadalupe Posada - Editions Vanegas Arroyo Coll. MUDAAC, dépôt au musée de l’Image, Épinal / cliché H. Rouyer
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Pour la première fois en France, l'artiste mexicain Posada fait l'objet d'une grande rétrospective qui s'ouvre aujourd'hui au musée de l'Image de la ville d'Épinal. Regards croisés sur ce génie de la gravure.

Avec

Tewfik Hakem s'entretient avec Laetitia Bianchi, commissaire de l’ exposition Posada, génie de la gravure au musée de l’Image à Épinal et auteure de la monographie du même titre Posada, génie de la gravure (éditions L'Association), Patrick Bard, écrivain et photographe, auteur de Calaveras, Mexique, la mort joyeuse (éditions LibriSphaera) et Samuel Dégardin, historien et plasticien, auteur de Posada, confessions d’un squelette (éditions Martin de Halleux)

Né au milieu du 19e siècle et mort en 1913 dans une fosse commune, José Guadalupe Posada est un graveur et dessinateur avant-gardiste mexicain devenu célèbre qu'à titre posthume, en particulier grâce au peintre muraliste Diego Rivera qui le considère comme un créateur "aussi grand que Goya". 

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L'œuvre de Posada est immense, elle se compte en milliers de gravures et elle n'est pas réductible aux calaveras, c'est-à-dire les squelettes très joyeux et virevoltants qui sont la partie la plus connue en France et au Mexique. Son impact a été tellement grand que l'imagerie a été reprise et parfois on peut voir chez des dessinateurs, des tatoueurs, des graphistes une petite tête, un squelette qui est un peu dans l'esprit commun des gens, et dont on ne sait pas que Posada en est le créateur. Il n'a pas inventé les calaveras, c'est un genre littéraire et pictural qui existait déjà au 18e siècle au Mexique mais Posada en a constitué une série impressionnante, d'un point de vue visuel, et il leur a vraiment donné une assise. Laetitia Bianchi

Calavera de Don Quichotte, gravure au burin sur plomb réalisée par José Guadalupe Posada
Calavera de Don Quichotte, gravure au burin sur plomb réalisée par José Guadalupe Posada
- Editions Vanegas Arroyo collection Mercurio López Casillas, Mexico

Posada, viva la muerte !

A l'image de Frida Kahlo, Posada est complètement identifié à l'identité mexicaine, il a joué un rôle fondamental dans l'élaboration de ce rapport si spécifique qu'entretiennent les Mexicains avec la mort. Patrick Bard nous explique pourquoi :

Ce sont des grands étendards culturels de l'identité mexicaine et ce pays est un géant culturel qui a la capacité d'absorber ce qui passe à sa portée pour s'en emparer et l'intégrer à sa culture. Posada incarne, par sa série de gravures, une relation spécifique à la mort, je dis toujours que si la mort a un passeport, à mon avis ce doit être un passeport mexicain parce que ce pays a un rapport extrêmement singulier avec la mort, depuis la période préhispanique et jusqu'à aujourd'hui. Les calaveras me font penser à des vanités inversées. Vous avez la vanité hollandaise qui vous dit "vous ne connaissez ni le jour ni l'heure mais ça va tomber tôt ou tard et donc pensez-y parce que c'est important ce qu'il se passe après". Et, selon moi, la vanité mexicaine est inversée, la figure de la calavera a été créée pour dire qu'il faut profiter de chaque instant de notre vie terrestre et que c'est cela qui compte avant tout. Patrick Bard

Photographie issue de l'ouvrage Calaveras, Mexique, la mort joyeuse
Photographie issue de l'ouvrage Calaveras, Mexique, la mort joyeuse
- Patrick Bard (ed. LibriSphaera)

Conscient que l'œuvre de ce graveur est très méconnue en France, Samuel Dégardin s'est glissé dans la peau de Posada pour produire un récit autobiographique d'outre-tombe riche et audacieux :

C'est grâce à un sérigraphe lillois, Alain Buyse, qui a créé les ateliers d'édition populaire en 2005 et qui a organisé plus tard une exposition qui s'intitulait "Calaveras etc..." que j'ai voulu réaliser quelque chose sur Posada. Je le connaissais déjà parce que j'ai toujours eu une passion pour l'image, au sens très large, et la gravure. Au départ, je pensais plutôt à une création plastique et finalement j'ai eu l'idée de me mettre à la place du mort pour essayer de raconter cette histoire. Et à l'époque, en France, il y avait très peu d'ouvrages sur Posada. Je me suis aussi intéressé à l'histoire du Mexique pour comprendre le milieu dans lequel Posada a évolué (...) j'ai essayé de traduire par l'humour, en réalisant un travail littéraire et en me basant sur des sources historiques, le destin de Posada, tout en prenant pas mal de liberté. Samuel Dégardin