L'exposition "Pionnières. Artistes dans le Paris des années folles" au Musée du Luxembourg, ouverte au grand public jusqu'au 10 juillet 2022. - © Rmn-Grand Palais  Photo Didier Plowy
L'exposition "Pionnières. Artistes dans le Paris des années folles" au Musée du Luxembourg, ouverte au grand public jusqu'au 10 juillet 2022. - © Rmn-Grand Palais Photo Didier Plowy
L'exposition "Pionnières. Artistes dans le Paris des années folles" au Musée du Luxembourg, ouverte au grand public jusqu'au 10 juillet 2022. - © Rmn-Grand Palais Photo Didier Plowy
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Résumé

Longtemps oubliées ou mésestimées, les artistes femmes, toutes périodes confondues, font l'objet d'une relecture de la part des historiennes de l'art, afin de les mettre au même plan que leurs homologues masculins.

avec :

Oriane Jeancourt-Galignani (romancière, directrice adjointe de la rédaction du magazine Transfuge), Hélène Marquié (Professeur en arts et études de genre à l'université de Paris 8), Alix Paré (Historienne de l'art, spécialiste de la peinture européenne du 17e au 20e siècle), Camille Morineau (Conservatrice du patrimoine, directrice de l’association Aware (Archives of Women Artists, Research and Exhibitions…), commissaire indépendante d’exposition).

En savoir plus

Tewfik Hakem s'entretient avec Camille Morineau, conservatrice du patrimoine, directrice d’AWARE - Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, et commissaire de l'exposition "Pionnières. Artistes dans le Paris des années folles" au musée du Luxembourg, Alix Paré, historienne de l'art, spécialiste de la peinture européenne du XVIIe au XXe siècle, pour la sortie de son livre Héroïne. De Cléopâtre à Wonder Woman (ed. Chêne), Hélène Marquié, professeur en arts et études de genre à l'université de Paris 8 et Oriane Jeancourt, rédactrice en chef du magazine Transfuge et partenaire de l'émission.

Pour son dernier ouvrage, Alix Paré s'est intéressée aux représentations des héroïnes historiques, mythologiques ou issues de la fiction, l'héroïne étant définie comme "une femme mortelle qui a un destin hors du commun et qui va s'ancrer dans la mémoire collective" :

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"Il faut distinguer le féminisme de l'héroïsme : une héroïne dans l'Histoire n'est pas forcément une femme que nous considérons aujourd'hui comme un symbole du féminisme. L'héroïne romantique est la femme chaste et pure qui va se suicider par amour plutôt que de commettre le pêché donc elle n'a rien de féministe. Pourtant elle est considérée comme une héroïne à son époque, au début du XIXe siècle. A partir de mon regard, j'explore de manière diachronique, de l'Antiquité à nos jours, ces différents aspects de l'héroïsme féminin."

"Lady Godiva", une peinture de John Collier, créée vers 1898
"Lady Godiva", une peinture de John Collier, créée vers 1898
- ©CC0-Artvee - Herbert Art Gallery and Museum

Au Musée du Luxembourg, l'exposition "Pionnières. Artistes dans le Paris des années folles", disponible jusqu'au 10 juillet, permet de saisir à quel point la période des années folles a été décisive pour les artistes femmes, qui avaient une "grande visibilité, à peu près égale à celle des hommes" comme l'explique la commissaire de l'exposition Camille Morineau :

"L'histoire des femmes, et en particulier celle des artistes, est une histoire sinusoïdale. (...) Dans les années 1920, il y a ce moment assez extraordinaire où elles sont visibles, elles voyagent, elles sont plus mobiles que les hommes parce qu'elles vont chercher là où est la culture et elles sont accueillies à Paris par le fait qu'il y a beaucoup d'académies privées qui sont très accueillantes pour les femmes, certaines tenues par des hommes comme Henri Matisse ou Antoine Bourdelle qui leur donnent une très bonne formation. Et ces artistes vont entrer dans tous les mouvement d'avant-garde parisiens, que ce soit le cubisme, le fauvisme, les débuts du surréalisme ou l'invention de l'abstraction."

Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort, une peinture d'Alexandre Cabanel datant de 1887.
Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort, une peinture d'Alexandre Cabanel datant de 1887.
- ©CC0-Musée royal des Beaux Arts d'Anvers

Pour Hélène Marquié, "à partir des années 2010, il y a réellement une entrée dans le grand public de la présence des artistes femmes mais cela reste assez fragile, ça n'est pas nécessairement féministe. Il ne suffit pas de montrer des artistes femmes, il faut vraiment questionner les oublis de l'Histoire, l'esthétique, et l'idée c'est de faire une histoire de l'art la plus complète possible pour refléter un paysage, à un moment donné, des productions artistiques. Notre travail consiste à ne pas faire un panthéon mais à présenter ce qui se fait à une époque et de dire que les canons ne sont pas dénués d'idéologie. En art, chaque période a ses valeurs qui sélectionnent telle ou tel artiste (...) l'histoire de l'art a été écrite par des hommes jusqu'à très récemment."

La chronique d'Oriane Jeancourt

Pour le numéro du mois de juin de Transfuge, Oriane Jeancourt a interviewé le metteur en scène et cinéaste russe Kirill Serebrennikov qui fait l'ouverture du Festival d'Avignon avec "Moine noir", une pièce "inspirée d'une nouvelle très méconnue d'Anton Tchekhov qu'il a totalement réécrite pour en faire une pièce extraordinaire sur les liens entre la folie et l'art. C'est une pièce construite comme le Boléro de Ravel : c'est la même histoire mais racontée inlassablement d'un point de vue différent, c'est du théâtre avec de la musique et de la danse, il y a quelque chose d'assez hypnotique dans cette pièce, comme dans toute l'œuvre de Kirill Serebrennikov."

Bibliographie

Alix Paré, "Héroïne. De Cléopâtre à Wonder Woman" ( ed. Chêne )

Programmation musicale

Mistinguett, "C'est vrai", 1933

Marilyn Monroe, "A Fine Romance", 1954

Billie Eilish, "Your Power", 2021