Bob Dylan filmé par le réalisateur D.A.Pennebaker pour le documentaire "Dont look back" (1965)
Bob Dylan filmé par le réalisateur D.A.Pennebaker pour le documentaire "Dont look back" (1965) ©Getty - Michael Ochs Archives / Intermittent
Bob Dylan filmé par le réalisateur D.A.Pennebaker pour le documentaire "Dont look back" (1965) ©Getty - Michael Ochs Archives / Intermittent
Bob Dylan filmé par le réalisateur D.A.Pennebaker pour le documentaire "Dont look back" (1965) ©Getty - Michael Ochs Archives / Intermittent
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La presse musicale est-elle en train de mourir à petit feu ? Si la question n'est pas nouvelle, la tendance s'accélère avec la multiplication des influenceurs qui s'improvisent critiques. Les journalistes musicaux disparaissent au profit des communicants et du storytelling des artistes.

Tewfik Hakem s'entretient avec Carole Boinet, rédactrice en chef adjointe des Inrockuptibles, Sear, co-créateur de Get Busy qui vient de sortir une anthologie sur ce légendaire fanzine de rap, David Desreumaux, rédacteur en chef du magazine Hexagone et Olivier Forest, codirecteur de Fame, festival international de films sur la musique. 

Etre critique musical est une vocation, une passion qui doit s'accommoder avec le marché de la musique, mais aussi avec les réseaux sociaux depuis quelques années. Selon JD Beauvallet, dans son ouvrage Passeur, la fonction du journaliste musique est celle d'un passeur, qui transmet une passion à ses lecteurs. Une expression chère à Carole Boinet qui fait écho avec sa définition d'une bonne critique de musique : 

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Une bonne critique, c'est un juste équilibre entre un ressenti très personnel mais qui n'est qu'une porte d'entrée pour dire quelque chose de plus vaste. (...) La force du journalisme musical, ce qui est beau dans la presse musicale à l'heure actuelle, c'est la conservation d'une force de frappe stylistique, quasiment littéraire. C'est proposer un regard sur un disque, un artiste, proposer une certaine oreille, quelque chose qu'on va pas retrouver sur une playlist Spotify, dans un communiqué de presse ou dans une bio sur le site d'Apple. Carole Boinet

La fin des rock critics ?

Le journaliste musical Alain Pacadis et la chanteuse Anoushka au Palace Club en 1985.
Le journaliste musical Alain Pacadis et la chanteuse Anoushka au Palace Club en 1985.
© Getty - Foc Kan

Pour Sear, acheter des magazines de musique permettent de créer un rapport tactile à la musique, aux vinyles et lorsque la presse hip-hop a commencé à émerger dans les années 1990, la transformation du fanzine Get Busy en magazine avait pour vocation de critiquer les autres titres.

Ces titres qu'on critiquait avaient des sommaires édictés par la pub, c'était un package complet : on achetait la couverture, l'interview et la chronique qui allait avec. Il y avait très peu de chroniques dérangeantes, les journalistes avaient peur des rappeurs généralement. Cette presse était vouée à mourir à cause de son système de fonctionnement. Elle était complètement liée aux maisons de disque donc il était logique qu'elles finissent avec internet par mourir. On dit qu'un journal idéal doit vivre sans pub, seulement de ses lecteurs. Malheureusement on vit dans un monde où c'est de plus en plus rare. Sear

Les médias dédiés à la musique doivent souvent négocier avec les maisons de disque pour exister et défendre des artistes qui n'ont pas le budget adéquat pour faire de grandes promotions, comme nous l'explique David Desreumaux, rédacteur en chef d'Hexagone, un trimestriel consacré à la chanson française qui tire à 1000 exemplaires :

La presse écrite étant vraiment à l'agonie, il se trouve que malgré tout dans notre cas on est courtisé par les maisons de disque. On a des sollicitations que j'ai systématiquement refusées parce que je fais cette revue pour de bonnes raisons, par passion pour la chanson française et pas pour servir la soupe. Donc il y a de la publicité dans la revue, il y en a pas beaucoup, elle est vitale dans le sens où elle nous apporte un équilibre. On existe depuis six ans parce qu'on a mis beaucoup de choses de côté. Une grande partie des rédacteurs font du bénévolat, une partie des rédacteurs sont des pigistes mais il y a une abnégation totale, ça va jusqu'à affranchir le courrier, apporter les exemplaires à la poste nous-mêmes (...). David Desreumaux

Le storytelling, le nouvel outil de promotion des artistes

Sur les services de streaming, de plus en plus d'artistes à succès font l'objet de documentaires, tels que Angèle, dont le documentaire éponyme a été diffusé sur Netflix à quelques jours de la sortie de son nouvel album Nonante-Cinq, tout comme Orelsan qui a sorti son nouvel album Civilisation quelques semaines après la mise en ligne du documentaire "Montre jamais ça à personne" sur Amazon Prime Vidéo. Olivier Forest trouve que c'est une bonne nouvelle de voir ce retour en force du documentaire musical mais il faut distinguer les storytellings des documentaires.

Il y a une distinction à faire : le terme documentaire englobe des choses qui sont en fait très différentes : quand Peter Jackson retravaille les rush sur Let It Be et fait huit heures sur les Beatles en studio c'est pas du tout la même catégorie de films que Angèle qui sort un film juste un peu avant la sortie de son disque. On n'est pas du tout dans le même registre. (...) Le storytelling a un peu dépoussiéré une vieille forme de documentaires musicaux un petit peu fatigués avec des archives et des interviews de spécialistes. Là on est dans une forme qui est plus moderne et contemporaine, liée aux réseaux sociaux, avec le rapport à l'intimité, ce qu'on appelle l'extimité, une intimité qu'on montre un peu... on a une prise plus authentique avec les artistes. Mais la question de l'ambiguïté promotionnelle a toujours été là. Un des premiers films documentaires musicaux, c'est le film de Pennebaker sur Bob Dylan, qui a été commandité par le manager de Dylan et c'est un des chefs d'œuvres du documentaire musical. Olivier Forest

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