Photomontage de V.Poutine en drag queen contre la loi réprimant la propagande homosexuelle, classé "document extrémiste" par le ministère de la Justice russe
Photomontage de V.Poutine en drag queen contre la loi réprimant la propagande homosexuelle, classé "document extrémiste" par le ministère de la Justice russe
Photomontage de V.Poutine en drag queen contre la loi réprimant la propagande homosexuelle, classé "document extrémiste" par le ministère de la Justice russe - © DR
Photomontage de V.Poutine en drag queen contre la loi réprimant la propagande homosexuelle, classé "document extrémiste" par le ministère de la Justice russe - © DR
Photomontage de V.Poutine en drag queen contre la loi réprimant la propagande homosexuelle, classé "document extrémiste" par le ministère de la Justice russe - © DR
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Résumé

Le monde connecté du XXIe siècle n'échappe pas à la tentation ancestrale de vouloir interdire et contrôler les images et les œuvres artistiques. Avec Yves Frémion, Romy Alizée, Oriane Jeancourt et Amélie Mougey.

avec :

Oriane Jeancourt-Galignani (romancière, directrice adjointe de la rédaction du magazine Transfuge), Amélie Mougey (Journaliste, rédactrice en chef de la Revue Dessinée), Yves Frémion (Ecrivain, critique de bande dessinée, penseur de l'écologie).

En savoir plus

Tewfik Hakem s'entretient avec Yves Frémion, écrivain, critique de BD et spécialiste de l'image, pour la sortie de son livre Images interdites, la censure au XXIe siècle (ed. Alternatives), Romy Alizée, photographe, actrice, réalisatrice et travailleuse du sexe, Oriane Jeancourt, rédactrice en chef du magazine Transfuge et Amélie Mougey, rédactrice en chef de La Revue Dessinée.

Les réseaux sociaux : nouvel outil de censure frontale et insidieuse

Après une première publication qui répertorie les censures qui sévissent dans le monde de la culture, coécrit avec Bernard Joubert en 1989, Yves Frémion continue son entreprise et publie un deuxième tome d'Images interdites, consacré aux exemples édifiants de censure ces vingt dernières années. Selon lui, en France, "l'essentiel des censures, incarnées par la censure institutionnelle, qui venaient soit des tribunaux, soit du ministère de l'Intérieur, soit de comités de censure, se sont beaucoup estompées parce qu'il n'y en a plus besoin. Il y a d'autres formes de censures qui prennent largement la place, qui ne sont pas officielles et qui sont, la plupart du temps, du fait de gens qui ne sont pas investis de l'autorisation de censurer. (...) Ces nouvelles censures viennent soit d'élus, qui n'en ont pas le pouvoir, soit de corps constitués, soit des réseaux sociaux. "

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Caricature de Mouammar Khadafi par Qaïs, réalisée en 2011.
Caricature de Mouammar Khadafi par Qaïs, réalisée en 2011.
- © Qaïs

En voyant son compte Instagram fermé après la publication d'une photographie, l'artiste multimédia Romy Alizée publie en 2018 une tribune dans Libération intitulée "En furie contre la censure du net" pour dénoncer le monopole des réseaux sociaux concernant la diffusion artistique en ligne :

"Fin 2018, mon compte a sauté quand j'ai publié une photo où je posais avec une copine, on n'était pas nues, on avait un double gode qu'on posait juste devant nos visages. Je fais souvent des photos explicites mais là, pour le coup, ça ne l'était pas, il y avait juste quelque chose qui racontait une situation peut-être sexuelle et quand ça a sauté, j'ai refusé d'accepter mon sort et j'ai voulu un petit peu enquêter. (...) J'ai trouvé ça super frustrant, ça arrivait à un moment où j'avais sorti un livre, et du coup mon outil de travail était anéanti et toutes mes données, tous mes contacts par la même occasion. (...) Actuellement, comme beaucoup d'artistes, en particulier les jeunes artistes, on ne peut plus se passer de ces plateformes pour diffuser ce qu'on fait et il n'y a pas d'alternative. Tout ce qui est curation se fait sur Instagram, on demande nos comptes en permanence."

"Putes sur le ring", 2020
"Putes sur le ring", 2020
- Romy Alizée

Pour Amélie Mougey, rédactrice en chef de la Revue Dessinée, la réflexion autour de la censure peut être très large "notamment lorsque l'on est un média et que l'on cherche l'information d'intérêt public à mettre à disposition du plus grand nombre. On peut se heurter à plusieurs formes d'empêchement à exercer ce métier et à révéler des informations". Elle cite comme exemple, l'enquête de Tomas Statius et Loïc Sécheresse sur les essais nucléaires en Polynésie entre 1966 et 1996 dans le dernier numéro de la Revue Dessinée :

"Les documents permettant d'avoir accès à l'ampleur de la contamination des populations sur place n'ont été déclassifiés qu'en 2013. Une fois qu'ils ont été déclassifiés, encore fallait-il savoir les analyser, leur donner du sens. Là on n'est pas sur de la censure (...) mais plutôt sur une forme de qui contrôle l'accès à l'information et qui décide le moment où certaines informations vont tomber dans le domaine public. C'est plus une question d'accès aux sources qui nous interroge en tant que journaliste. Ces documents ont été révélés des décennies après les faits et c'est seulement aujourd'hui que les journalistes peuvent s'en emparer, faire le bilan et se rendre compte que les contaminations liées aux essais nucléaires en Polynésie ont été minimisées."

"Sur la route", de Jack Kerouac : une œuvre victime d'une trop longue censure

A l'occasion du centenaire de Jack Kerouac, qui a fait l'objet d'un numéro du magazine Transfuge, Oriane Jeancourt nous explique pourquoi le chef d'œuvre Sur la route a subi la censure de nombreuses années, jusqu'à ce que la version complète et authentique du roman soit enfin disponible au grand public en 2007 en anglais puis en 2010 en français  :

"La censure, avant toute chose, c'est le silence, et c'est l'histoire de Kerouac. Il publie un premier roman en 1950, puis il en écrit un par an et à chaque fois c'est refusé pour la même raison : la société américaine n'est pas prête à accueillir une littérature, une forme et un propos comme celui de Jack Kerouac sur l'Amérique. Il faut qu'il aille écrire Sur la route, qui est un chef d'œuvre formel, pour que les éditions Viking acceptent de le publier. Mais à quel prix ! D'abord, la censure va être formelle, puisque le livre n'a pas de ponctuation et les éditions Viking vont en mettre et puis ils coupent ce qu'ils jugent obscène. Nous sommes dans les années 1950, Elvis Presley vient d'arriver, la jeunesse américaine commence à s'éveiller à une forme de sensualité et de liberté."

Programmation musicale

  • "God Save the Queen", des Sex Pistols (1977)
  • "Anunnaki", de Vald, dont le clip a été censuré par YouTube (2022)
Références

L'équipe

Tewfik Hakem
Tewfik Hakem
Tewfik Hakem
Production
Gwendoline Troyano
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation