Malik Oussekine, un étudiant tué à Paris en 1986 au cours d'une manifestation étudiante, incarné par Sayyid El Alami dans une mini-série diffusée sur Disney+. - Jean-Claude Lother
Malik Oussekine, un étudiant tué à Paris en 1986 au cours d'une manifestation étudiante, incarné par Sayyid El Alami dans une mini-série diffusée sur Disney+. - Jean-Claude Lother
Malik Oussekine, un étudiant tué à Paris en 1986 au cours d'une manifestation étudiante, incarné par Sayyid El Alami dans une mini-série diffusée sur Disney+. - Jean-Claude Lother
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Résumé

Plus de trente ans après le drame, une bande dessinée de Jeanne Puchol et Laurent-Frédéric Bollée, une série télé d'Antoine Chevrollier et un film de Rachid Bouchareb reviennent sur l'affaire Malik Oussekine, étudiant français de 22 ans d'origine algérienne tué sous les coups des policiers en 1986.

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Tewfik Hakem s'entretient avec Antoine Chevrollier, créateur, coscénariste et réalisateur de la série Oussekine, Faïza Guène et Cédric Ido, deux des coscénaristes de la série OussekineJeanne Puchol, dessinatrice et coauteure de la BD Contrecoups. Malik Oussekine (ed. Casterman), Rachid Bouchareb, réalisateur du film Nos Frangins et Reda Kateb, un des acteurs principaux du film Nos Frangins.

Malik Oussekine, un jeune étudiant français de 22 ans d'origine algérienne, meurt sous les coups des policiers dans le hall d'un immeuble du Quartier latin dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, en marge des manifestations estudiantines contre le projet de réforme des universités de Alain Devaquet. Nées de la volonté de ne pas oublier cet événement, trois œuvres culturelles, la série Oussekine, la BD Contrecoups. Malik Oussekine et le film Nos Frangins recréent à leur manière l'affaire Malik Oussekine.

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Avec le journaliste et scénariste Laurent-Frédéric Bollée, Jeanne Puchol a dessiné et publié en 2016 la bande dessinée Contrecoups. Malik Oussekine pour raconter l'histoire de ce fait-divers en sollicitant neuf personnages fictifs, et ainsi montrer "comment cela a impacté toute la société française, chaque personnage incarne un profil socio-économique qui indique comment ce meurtre a impacté des générations et des professions très différentes. L'émotion dont le livre est chargé provient de l'émotion de Laurent-Frédéric Bollée qui l'a canalisée et réorientée en imaginant ce contrecoup qu'il avait vécu et que j'ai vécu moi aussi mais sans doute moins fortement que lui. J'avais été confrontée à d'autres violences dans les années 1970. J'ai aussi cette sensibilité à l'histoire des rapports extrêmement difficiles entre la France et l'Algérie et à l'histoire coloniale."

Extraits de l'album "Contrecoups. Malik Oussekine", par Laurent-Frédéric Bollée et Jeanne Puchol
Extraits de l'album "Contrecoups. Malik Oussekine", par Laurent-Frédéric Bollée et Jeanne Puchol
- © Casterman 2016

Produite par Disney+, la série Oussekine raconte en quatre épisodes les dernières heures de la vie de Malik Oussekine et le combat de sa famille pour réclamer justice. Pour écrire un scénario sur cette affaire devenue un symbole politique, Faïza Guène explique qu'il a fallu "de l'exigence et une précaution particulière parce que c'est un fait réel, donc on est plus délicat avec la vérité. Antoine Chevrollier a voulu dès le début collaborer avec la famille de Malik Oussekine. Ils n'ont pas écrit avec nous mais Antoine a passé beaucoup de temps avec eux, il nous restituait leurs discussions et on a eu la chance de les rencontrer nous-mêmes."

Marqué depuis de nombreuses années par ce fait-divers, Antoine Chevrollier explique que sa série est "une fiction inspirée de faits réels" :

"Factuellement il y avait des choses avec lesquelles on ne pouvait pas s'éloigner et à côté de cela, on a injecté dans le récit beaucoup d'anecdotes du réel qu'on a tordues, on a utilisé des truchements narratifs (...). La trajectoire de Malik et de sa famille a une forme d'universalité, avec la perte d'un être cher et la dimension sociétale et politique que cela induit. On a pensé à ce qu'on souhaitait raconter, c'est-à-dire ce que la famille Oussekine a subi et on était assez convaincu qu'il y avait quelque chose d'universel dans ce propos."

Pour écrire cette série collectivement, avec Julien Litli, Lina Soualem, Faïza Guène et Antoine Chevrollier, Cédric Ido ajoute que "même si on voulait créer des liens qui retracent l'histoire coloniale, le passé franco-algérien, on était tenu par les anecdotes que nous racontait la famille et pour pouvoir les imbriquer, il fallait que ce soit de la fiction et on avait un socle, composé de témoignages et de documentation. (...) Et quand on a reçu l'invitation d'Antoine pour écrire le scénario, chaque scénariste a eu le droit de se livrer, de se raconter émotionnellement et il y a des choses très intimes qui ont été portées, on n'est jamais plus universel que quand on parle de soi."

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Au Festival de Cannes, le réalisateur Rachid Bouchareb a présenté son dernier film Nos Frangins, un autre point de vue sur l'affaire Malik Oussekine qui s'appuie beaucoup sur des images d'archives. Selon lui, la mort dramatique de Malik Oussekine est intervenue dans une période particulière, celle des belles promesses pour les enfants d'immigrés, avec l'élection du président Mitterrand. Le monde culturel s'ouvrait à cette seconde génération dont il a fait partie :

"J'ai été très très ému par l'affaire Malik Oussekine, en tout cas par ce qu'il s'est passé dans la rue Monsieur-le-Prince et j'ai été marqué aussi par l'affaire Abdel Benyahia. Ils habitaient pas très loin d'où je vivais (...) et c'est resté dans ma mémoire. (...) Dans les années 1980, on était dans une promesse d'une société fraternelle qui était en mouvement après l'arrivée de la gauche avec SOS Racisme et tous ces artistes, dont Rachid Taha, qui réunissaient énormément de monde à l'époque. C'était une France en mouvement et après il y a eu cette bavure de la part des voltigeurs quand ils ont poursuivi et battu à mort Malik dans le hall d'un immeuble. Et il y a eu une autre bavure quelques heures avant, au nord de Paris."

En effet, Abdel Benyahia a été également victime de violences policières la nuit du 5 au 6 décembre 1986, comme nous l'explique l'acteur Reda Kateb, qui joue le rôle du grand frère Mohammed dans le film de Rachid Bouchareb :

"Malik Oussekine est une espèce de figure, une forme de martyr malgré lui. Martyr de la barbarie, de la bêtise, dont les corollaires sont souvent le racisme et ce qui va avec, et martyr de l'impunité. Ce qui fait que l'histoire se prolonge et qu'elle a un sens aujourd'hui dans le récit qu'on peut en faire, c'est l'injustice qui se prolonge par l'impunité des barbares qui ont tué un jeune homme à coups de matraques. Dans le film Nos Frangins, on parle également d'Abdel qui est mort d'une balle d'un policier ivre dans un bar, la même nuit que la mort de Malik Oussekine. A travers Abdel, je pense qu'on ouvre sur tous les anonymes, toutes les victimes dont on n'a jamais parlé, on n'a jamais vu le visage et pour lesquelles il n'y a jamais eu de marche blanche."

L'acteur Reda Kateb au festival de Cannes pour la présentation de "Nos Frangins", le nouveau film de Rachid Bouchareb qui revient sur l'affaire Malik Oussekine.
L'acteur Reda Kateb au festival de Cannes pour la présentation de "Nos Frangins", le nouveau film de Rachid Bouchareb qui revient sur l'affaire Malik Oussekine.
© Radio France - Tewfik Hakem

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Programmation musicale

Assassin, "L'Etat assassine", 1995

Les Rita Mitsouko, "Y'a d'la haine", 1993

Références

L'équipe

Tewfik Hakem
Tewfik Hakem
Tewfik Hakem
Production
Gwendoline Troyano
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation