L'écrivain Aimé Césaire en 2001.
L'écrivain Aimé Césaire en 2001. ©Getty - Sophie Bassouls/Sygma
L'écrivain Aimé Césaire en 2001. ©Getty - Sophie Bassouls/Sygma
L'écrivain Aimé Césaire en 2001. ©Getty - Sophie Bassouls/Sygma
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Premier entretien avec Aimé Césaire qui revient sur ses années d'enfance à la Martinique, en quoi il a aimé cette île même s'il a voulu s'en échapper très vite. Il raconte sa soif de lecture, son refuge face à une société à laquelle il ne voulait pas appartenir.

Pour commencer ce premier entretien, l'écrivain martiniquais Aimé Césaire parle de ce qu'est une île, de "l'importance fondamentale que ça a" : "Il y a l'univers clos. C'est une chose qui est chaleureuse, bonne en soi, c'est un peu la couveuse. Mais c'est aussi l'univers de la claustration." Il regrette parfois la mesquinerie qui se propage facilement sur une île, "hélas, l'histoire nous a fait petits", souligne-t-il.

'Toute île appelle, toute île est veuve' et c'est vrai. Il y a le sentiment, le besoin de dépassement. L'île appelle d'autres îles. L'île appelle l'archipel. L'île appelle le continent, et tout naturellement chez moi, l'île Martinique, l'île Antilles. Mais ça appelle au fond le continent, la mère Afrique. Finalement, je peux dire que l'île, le thème de l'île, serait un motif qui expliquerait bien des aspects de mon œuvre. En tout cas, qui résume beaucoup de ma propre sensibilité. 

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Aimé Césaire explique en quoi les Antilles, pour lui, ne peuvent pas représenter "la vision, la définition d'une patrie", alors qu'il s'est toujours projeté dans un "au-delà" et plus précisément vers l'Afrique. Une Afrique "sentimentale, cordiale", qui peut-être "n'a aucun rapport avec ce qu'est l'Afrique des manuels de géographie ou bien l'Afrique des traités politiques. Ma foi, c'est quand même cela pour moi l'Afrique, c'est le continent premier__."

S'il doit se définir lui-même, il s'en réfère à ce qu'il a écrit dans Cahier d'un retour au pays natal, de ses souvenirs mélangés, il dit, "c'est d'une très grande vérité, mais pas d'une vérité photographique". Il retrace son enfance d'abord dans un petit village de Basse-Pointe puis à partir de dix ans, à Fort-de-France où il reste jusqu'au baccalauréat. D'abord enfant "extrêmement turbulent", Aimé Césaire est devenu "extrêmement studieux" grâce à son amour de la lecture. Ça a été pour lui "le grand phénomène très marquant" de cette époque-là.

Très tôt, le spectacle que j'avais autour de moi me déplaisait. Je n'étais pas du tout en accord avec le milieu, sans même très bien savoir pourquoi, et je me réfugiais dans l'univers des livres. Et à ce moment-là, j'ai dévoré un petit peu tout ce qui me tombait sous la main. L'enseignement qui m'était donné ne m'a pas tellement marqué, mais en fait, ça a été pour moi surtout l'occasion de très, très nombreuses lectures, d'une fringale de lectures.

Le poète raconte qu'il a ressenti très tôt "une rébellion" contre cette société martiniquaise qu'il voyait comme "un monde faux". Et c'est donc "avec volupté, reconnaît-il, qu'après [son] bacho, [il a] quitté la Martinique."

L'équipe

Daphné Abgrall
Collaboration
Florian Delorme
Florian Delorme
Florian Delorme
Coordination