Après le mouvement Metoo, la réconciliation ? ©Getty - © Hinterhaus Productions
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Résumé

Ce soir, comme chaque semaine, deux essais sous les feux de la critique, deux livres d’historiens… qui ne sont pourtant pas à proprement parler des livres d’histoire : "Des Hommes justes" (Seuil) d'Ivan Jablonka et "Voyage d’un historien à l’intérieur de l’État" (Fayard) de Christophe Prochasson.

avec :

Eugénie Bastié (Journaliste au Figaro, essayiste.), Laurent Etre (Journaliste Culture et Savoirs à l’Humanité).

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Deux livres d’historiens… qui ne sont pourtant pas à proprement parler des livres d’histoire. Dans Des Hommes justes, publié au Seuil, Ivan Jablonka se penche sur la question brûlante de l’égalité entre les sexes. Un essai post MeToo qui se demande pourquoi la révolution féministe du XXe siècle n’a-t-elle pas débouché sur la sortie du patriarcat ? Sa proposition : repenser la masculinité pour établir une véritable justice de genre. C’est un tout autre sujet, qui est abordé par Christophe Prochasson dans Voyage d’un historien à l’intérieur de l’État, paru chez Fayard. Ce spécialiste des relations entre les intellectuels et les hommes politiques interroge, fort de son expérience personnelle, la possibilité pour un intellectuel de devenir un homme de pouvoir c'est-à-dire de décision et d’action.

Ivan Jablonka - Des hommes justes : du Patriarcat aux nouvelles masculinités

Je vous propose de commencer par le livre d’Ivan Jablonka, Des hommes justes : du patriarcat aux nouvelles masculinités, paru au Seuil dans la collection les « Livres du nouveau monde ». Historien et écrivain, Ivan Jablonka a entrepris depuis plusieurs livres de bousculer le genre et le style de sa discipline. C’était notamment le cas dans Histoire des grands parents que je n’ai pas eu, récit de micros histoires dans lequel il partait sur les traces de ses grands-parents déportés ; ou dans Laetitia ou la fin des hommes (prix Médicis en 2016) qui revenait sur un fait-divers, l’assassinat d’une jeune fille, pour étudier un phénomène de société qu’on appelle de nos jours féminicide. 

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L’essai qui nous intéresse aujourd’hui prend en quelque sorte la suite de cette réflexion, puisque après la fin des hommes, il s’agit de penser la construction de ce que seraient des hommes justes. Jablonka va jusqu’à parler de « mec bien », introduisant une forme de normativité, de jugement moral dont il va sans doute être question. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, après avoir interrogé le phénomène et la permanence du patriarcat dans l’histoire longue… mettre en place une éthique masculine qui touche à la famille, l’entreprise, la religion, le politique, la ville, la sexualité, le langage…

Car Ivan Jablonka en est convaincu, si malgré une révolution, depuis la fin du XIXe siècle dans le droit des femmes, la pérennité du système d’inégalité et de domination entre les sexes ne pourra être dépassée qu’en transformant radicalement ce qui fonde le masculin. 

C'est un livre très riche, très documenté [...] Dans ce livre on est plus dans l'essai classique de socio-histoire même si Yvon Jablonka revendique d'avoir nourri sa réflexion sur le masculin et le féminin à l'aune de son vécu d'homme, de père, de mari. (Laurent Etre)

Les deux premières parties du livres sont inutiles car Yvon Jablonka ne fait que résumer des travaux déjà existants sur le patriarcat et la révolution des droits, c'est une bonne compilation, un bon résumé[...] La véritable originalité de ce livre : il est écrit par un homme qui essaie de définir les nouvelles masculinités. (Eugénie Bastié)

Christophe Prochasson - Voyage d’un historien à l’intérieur de l’État

Deuxième temps de l’émission, je vous propose de nous intéresser maintenant au livre de Christophe Prochasson, Voyage d’un historien à l’intérieur de l’État, paru chez Fayard dans la collection « raison de plus ». Christophe Prochasson est historien, spécialiste de la première guerre mondiale mais aussi de la gauche et des intellectuels au XIXe siècle… Il dirige, aujourd’hui, l’école des Hautes Etudes en Sciences Sociales (l’EHESS). 

Chercheur, proche du parti socialiste, il a franchi le Rubicon en devenant un serviteur de l’État, d’abord chargé de mettre en œuvre la politique de « refondation de l’école » comme recteur de l’académie de Caen où il avait été nommé par Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale. Puis, comme conseiller du président François Hollande pour l’éducation. De cette expérience, il dit être sorti avec le sentiment de ne plus tout à fait appartenir à son milieu de départ, sans vraiment s’être agrégé au monde qui l’avait accueilli.

La question posée dans ce livre est simple et peut se formuler ainsi : l’historien est-il mieux armé – par ses connaissances, la maîtrise de la méthode critique, son statut d’intellectuel – pour affronter les dilemmes de l’action politique. Et quand cet historien a fait du rapport entre la gauche et les intellectuels son objet d’étude, a-t-il plus de clés pour trouver sa place et faire prévaloir la raison au moment de l’action ?

Sa démarche, Christophe Prochasson la qualifie « d’histoire-participante » : c’est celle du scientifique qui lâche momentanément son cahier d’observation pour participer. Il ne s’agit pas de mettre en exergue une quelconque supériorité du travail intellectuel, de l’éthique de conviction sur l’éthique de responsabilité pour reprendre les termes de Max Weber… 

Ce livre développe trois grandes thématiques importantes : - le lien entre les intellectuels et le pouvoir[...] - le rôle de l'historien [...] -le rapport de la gauche au pouvoir, un rapport compliqué [...].  En soi ces trois problématiques  sont très intéressantes, elles sont très actuelles, passionnantes mais malheureusement le livre n'est pas à la hauteur des idées qu'il prétend développer [...]. C'est un livre qui manque de contenu, de chair, d'expérience et je trouve ça dommage. (Eugénie Bastié)

Ce rôle de conseiller qui est évoqué par Christophe Prochasson est très lisse et très banal [...]. Ça manque d'exemples percutants sur  l'intérêt démocratique et républicain que représente le fait de confronter  deux univers  à priori distincts celui des universitaires à celui des hauts-conseillers d'Etat et des hauts-fonctionnaires. (Laurent Etre)

>>> Choix musical : "School" par Supertramp - Album : Crime of the century (1974).

L'instant critique

Eugénie Bastié a remarqué un article de Pierre Péan (décédé le 25 juillet 2019) dans le Monde Diplomatique : "dans les cuisines de l'investigation" (extrait) qui fouille le travail des journalistes d'investigation. Laurent Etre nous propose le dernier numéro de la Revue Mouvement, et plus particulièrement l'article "Révolte sexuelle après metoo".

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Références

L'équipe

Catherine Donné
Collaboration
Rafik Zénine
Réalisation