Général De Gaulle en Algérie en 1957
Général De Gaulle en Algérie en 1957 ©Getty -  Keystone-France
Général De Gaulle en Algérie en 1957 ©Getty - Keystone-France
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Comment Germaine Tillion s'est retrouvée prise au cœur du conflit algérien jusqu'à s'engager contre la torture tout en n'envisageant pas l'indépendance de l'Algérie.

Avec
  • Pierre Nora Historien, éditeur, membre de l'Académie française

Pour une mission d’observation qui lui est proposée par l'islamologue Louis Massignon (1883-1962), Germaine Tillion revient dans les Aurès en 1954 et prend alors la mesure de la misère dans laquelle vit la population algérienne. Elle est ensuite nommée auprès du gouverneur Soustelle pour mettre en place des centres sociaux en Algérie. 

En 1957, parait aux éditions de Minuit L'Algérie en 1957, un essai rédigé par l'ethnologue deux ans plus tôt et qui décrit cette misère. Dans les milieux intellectuels et politiques favorables au FLN, le livre fait scandale car il n’évoque pas la possibilité d’Algérie indépendante. En effet, bien qu’elle connaisse bien la structure de la société algérienne, Germaine Tillion ne l’imagine pas encore affranchie du cadre colonial. À partir de son second séjour dans les Aurès en 1954, ses positions sont celles de ceux que l'on appelle à l'époque les "libéraux". De sensibilité souvent catholique ou d'extrême gauche, ceux-ci sont partisans d'une simple négociation avec les combattants algériens. De la même façon qu'Albert Camus, Germaine Tillion conçoit le futur de la relation entre la France et l'Algérie dans une forme d'interdépendance respectueuse. Toutefois, elle va s’engager résolument contre la torture, sans craindre de s’opposer à l’OAS.

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Pour évoquer L'Algérie en 1957 de Germaine Tillion, Perrine Kervran s'entretient avec Pierre Nora, auteur de Les Français d’Algérie (1961).

"Les Européens d'Algérie vivaient dans une forme de déni, ils ne voyaient pas le système colonial, c'est une ambiguïté qui m'avait frappé, que je pensais comme un contresens historique", écrit Pierre Nora dans Les Français d'Algérie (1961). Un constat qui peut s'appliquer également à la position intellectuelle de Germaine Tillion à l'époque, proche du libéralisme. Dans cet ouvrage, Pierre Nora analyse ce que le libéralisme pouvait avoir de trompeur. Pour l'historien, les libéraux remettaient toujours à plus tard l'indépendance algérienne, au motif qu'il était nécessaire que l'Algérie soit plus avancée économiquement avant d'acquérir l'indépendance. 

Je n'aurais jamais cru qu'elle aurait pu dire qu'elle ne s'était pas rendue compte que l'Algérie était une colonie. Je ne mettais pas en cause son courage ou sa compassion (...) mais c'est comme si on pensait que les restaurants du cœur suffisaient à lutter contre le système capitaliste.  
Pierre Nora

Je l'avais pris pour cible car elle était l'idole du libéralisme dont je disais qu'il avait été la gauche inutile de l'Algérie française, et qu'il serait la droit inutile d'une Algérie arabe.  
Pierre Nora

Pour l'historien, Germaine Tillion appréhendait l'Algérie comme une terre de sous-développement classique, alors que ce sous-développement était entièrement lié à la situation coloniale.

C'était une situation de colonialisme qu'il fallait briser. Pierre Nora