Germaine Tillion, 1985
Germaine Tillion, 1985 ©Getty -  Louis MONIER
Germaine Tillion, 1985 ©Getty - Louis MONIER
Germaine Tillion, 1985 ©Getty - Louis MONIER
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Comment cette pionnière de l'ethnologie née en 1907 est transformée par la Seconde Guerre mondiale dans son rapport au monde et à sa discipline.

Avec
  • Tassadit Yacine directrice d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.

Germaine Tillion (1907-2008) a fait partie des femmes pionnières en ethnologie. Formée par le sociologue Marcel Mauss, et par l'islamologue Louis Massignon, elle va faire son premier terrain en Algérie, dans les Aurès dans les années 1930. 

Mais la guerre va interrompre ses recherches puisqu’elle va s’engager dans la résistance au sein du réseau du musée de l’homme avant d’être déportée à Ravensbrück. Ce choix de résister et sa déportation vont changer définitivement sa façon d’envisager le monde et surtout de faire de l’anthropologie, pour laquelle elle va revendiquer une approche humaniste.

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"L'ethnologie est la connaissance de soi et de l'autre" selon Germaine Tillion, mais Tassadit Yacine souligne que c'est l'évolution, le parcours de l'anthropologue qui est intéressant. Elle chemine de la démarche classique ethnologique d'objectivation à une recherche de la connaissance plus sensible, à la première personne de ses objets d'études. 

Germaine Tillion pense que les savants à eux seuls ne servent à rien, qu'il faut y ajouter de l'émotion, comme l'interprétation à une partition de musique. Son premier livre d'ethnologie est celui de Ravensbrück. L'ethnologie a été pour elle une pratique de survie, en faisant de l'expérience concentrationnaire un terrain d'étude. Ce livre est aussi un livre de mémoire qui est "habillé de son expérience de Ravensbruck" d'après Tassadit Yacine. 

Parlant des décolonisations, elle dit que "l'immense majorité des mondes féminins reste en grande majorité une grande colonie". Elle voyait et disait les choses à sa manière, "une féministe sans idéologie" qui n'entre pas dans un mouvement politique. 

"Pour elle, les termes "politique" ou "colonisation" restaient des termes abstraits, ce qui l'intéressait était ce qu'elle pouvait faire sur le terrain." Tassadit Yacine 

Comment se situait-elle par rapport au structuralisme, pensée qui dominait fortement à l'époque ? 

Elle n'était pas entièrement dans le courant structuraliste, ses spécificités culturelles faisaient qu'elle ne pouvait pas entrer dans le structuralisme comme Claude Lévi-Strauss par exemple. C'était une femme très libre de pensée. Tassadit Yacine

Si Germaine Tillion ne fait pas école, Tassadit Yacine pense qu'on a toujours parlé de la déportée et jamais de l'intellectuelle, une forme d'injustice à la source de l'ouvrage Germaine Tillion une ethnologue engagée. Elle était prise par les grandes causes, "au point de sacrifier sa vie de femme", elle travaillait déjà sur le corps, sur les émotions, voilà peut-être son héritage pour la pensée contemporaine. 

Avec Tassadit Yacine, anthropologue et autrice de Germaine Tillion une ethnologue engagée (2019)