En vie
En vie - Djamel Tatah
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En vie - Djamel Tatah
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Nous sommes en vie et nous allons resusciter la langue : comment trouver les mots justes, comment écrire après les attentats qui ont frappé Paris vendredi ?

Avec

Il est 23h et c’est l’heure qu’ils ont voulu tuer. Vendredi soir à Paris on s’est attaqué à nos soirées, à 22h à 23h à presque minuit et à nos envies. A l’heure de danser ou de rêver. Mais le cadran tourne, c’était juste  la fin du monde et 22 puis 23h sont toujours là. On n’est pas les jours d’après,  au contraire on est la même heure . Et alors on a envie de le dire, de le prononcer, chaque jour on dira il est 22h, il est 23h et nos soirées sont vivantes.

On a envie de dire des mots tout hauts après les avoir gardés au repos. Quand on ne se comprend plus, on se demande toujours : est ce qu’on parle la même langue  ? En France là est ce qu’on parle la même langue ? Lazare est de ceux qui font de la langue une respiration et donc on a la même, il annule la question. Lazare c’est le nom qu’il s’est choisi et Libellule c’est son double/ son personnage. Il insiste : je ne veux pas être enfermé dans le récit de l’Arabe qui s’en sort depuis ses tours de Bagneux.  Non. Lazare ce n’est pas ça, c’est juste un français qui réinvente la langue à chaque instant. Avec panache, avec liberté, de tordre les mots. Il en fait un mode de survie, le besoin de les prononcer. Comme Medhi et comme Badrou et comme Amir qui sont là aussi. Alors : Ou fait-il bon même au cœur de l’orage ?  écrit Aragon. Eux ils ont toujours écrit au cœur de l’orage, exactement là. Lazare avant de savoir lire et écrire : déchiffre en apprenant des poèmes. Voilà ce qu’on va faire : apprendre ensemble des poèmes. Ou fait-il bon même au cœur de l’orage ?  A l’intérieur des mots. Dans une des pièces de Lazare on dit : je suis un garçon français sans France . D’où l’importance de la nommer pour qu’elle existe. Et d’inventer des mots s’il le faut pour qu’elle ressemble à l’idée qu’on s’en fait. D’où l’importance de s’écouter parler. 

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On remplacera ce soir les archives, les voix du passé, par des voix du présent, de cette génération qu’on a voulu faucher à 22h ou 23h. Lazare a dit : "C'est dangereux d’écrire, c’est une façon de définir le réel et là, les problèmes commencent. Mais cela permet aussi de ne pas enfermer les êtres dans une seule définition". Lazare ressuscite la langue, les mots, et c’est ce dont on a besoin. 

C’est une langue qui souffle et qui crache et qui a du panache. C’est une émission en forme de signe de vie – on n’a pas forcément encore tous les mots, mais il a été 22h et là il est 23h, il est 23h, il est 23h et sans peur ça parle et ça vit et le cœur bat

Nous sommes sept en studio - parce qu’il faut faire se donner chaud, parce qu’on a envie d’être ensemble, on est à Paris, mais on vient aussi de Damas, Gaza, La Courneuve ou Bagneux et peu importe. On va parler d’écriture, on va gonfler les poitrines, on va donner de la voix parce qu’il ne faudrait pas laisser mourir les mots – alors les voilà.

"Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré, Paris Paris soi-même libéré", Louis Aragon, 1944

1 min

Invités :

  • Lazare, auteur et metteur en scène, qui a écrit un triptyque autour du personnage Libellule, enfant des banlieues. Une écriture sans clichés, qui s'autorise torsions et inventions de mots.
  • Amir Hassan,  jeune poète gazaoui et Sara Kol, étudiante syrienne
  • Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah , auteurs et documentaristes
  • Depuis Bamako, GAUZ, auteur,  envoie sa lecture de son roman "Debout payé "

Avec les voix de Robin, Nour, Pierre et celle de Gal Hurvitz  depuis Tel Aviv

Le live

TOMOKO SAUVAGE - Du repos, de l'eau, des larmes, une source qui jamais ne se tarit 

Écouter

8 min

Où fait-il bon même au cœur de l’orage Où fait-il clair même au cœur de la nuit L’air est alcool et le malheur courage Carreaux cassés l’espoir encore y luit Et les chansons montent des murs détruits                
Jamais éteint renaissant de la braise Perpétuel brûlot de la patrie Du Point-du-Jour jusqu’au Père-Lachaise Ce doux rosier au mois d’août refleuri Gens de partout c’est le sang de Paris                
Rien n’a l’éclat de Paris dans la poudre Rien n’est si pur que son front d’insurgé Rien n’est ni fort ni le feu ni la foudre Que mon Paris défiant les dangers Rien n’est si beau que ce Paris que j’ai                
Rien ne m’a fait jamais battre le coeur Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer Comme ce cri de mon peuple vainqueur Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré Paris Paris soi-même libéré.                
Louis Aragon, 1944

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