Les îles Kerguelen, avec au fond, le mont Ross
Les îles Kerguelen, avec au fond, le mont Ross - © Jonhattan Vidal
Les îles Kerguelen, avec au fond, le mont Ross - © Jonhattan Vidal
Les îles Kerguelen, avec au fond, le mont Ross - © Jonhattan Vidal
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Aujourd’hui réserves naturelles, sanctuaires de biodiversité dont certaines sont patrimoine mondial, les terres australes et antarctiques françaises, portent encore nombre de traces et les vestiges des premières explorations, comme de l’exploitation des mammifères marins.

Avec
  • Jonhattan Vidal Archéologue, ingénieur de recherche

Ces terres possèdent, bien entendu, une histoire, ainsi 2022 est l’occasion de saluer le 300e anniversaire de la découverte par Jean-Marie Briand de la Feuillée, d’une terre qu’il baptisa l’île de sable, aujourd’hui l ’île Tromelin, mais aussi les 250 ans de la découverte des archipels Crozet et Kerguelen en janvier et février 1772. Ces îles ultramarines, avec plus de deux millions de km², contribuent aujourd’hui, à faire de la France la 2e puissance maritime mondiale, après les États-Unis.

Johnattan Vidal "Lorsqu'il arrive à Kerguelen, en 1908,  Raymond Rallier du Baty découvre un littoral très vaste (15% du littoral français !), très découpé, avec des fjords, des péninsules, un littoral très particulier et très long. Et, sur ses plages, il voit les traces de ses prédécesseurs et il inscrit, finalement, son activité dans celle du siècle précédent, celle des chasseurs de baleines."

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Vestige d'un baleinier à Port Couvreux (îles Kerguelen)
Vestige d'un baleinier à Port Couvreux (îles Kerguelen)
- © Jonhattan Vidal

Dès la fin du XVIIIe siècle, ces terres australes sont fréquentées par des chasseurs de baleines et d’éléphants de mer, américains ou anglais, qui viennent exploiter les mammifères marins pour leur graisse, jusque dans les années 1930. Ces activités ont laissé de nombreux vestiges sur les côtes de l’archipel : installations artisanales temporaires ou véritables usines. Le patrimoine archéologique de Kerguelen permet de retracer un siècle et demi d’évolution de cette pratique née d’une dynamique d’exploration et de la révolution industrielle.

Colonie de manchots (îles Kerguelen)
Colonie de manchots (îles Kerguelen)
- © Jonhattan Vidal

Johnattan Vidal "La chasse aux mammifères marins a commencé un peu avant le XIXᵉ siècle, parce qu'on s'inscrit dans une période de révolution industrielle où le développement des activités nécessite du combustible, et la graisse de baleine, "l'huile de baleine", est un de ces combustibles, en particulier aussi, avec le développement de l'éclairage et notamment de l'éclairage public. [...] Des équipages de chasseurs partent d'Angleterre, des Etats-Unis, d'un peu partout, et vont faire des campagnes de chasse aux mammifères marins, principalement des baleines (en mer) et des éléphants de mer (sur le rivage) pendant quelques mois, parfois jusqu'à deux ans, puis reviennent après avoir récolté le produit de cette chasse."

Eléphant de mer des îles Kerguelen
Eléphant de mer des îles Kerguelen
- © Jonhattan Vidal

Jonhattan Vidal "Aujourd'hui, lorsqu'on est sur place, ce qui frappe, c'est la nature très sauvage. On sillonne entre les animaux qui sont sur la plage. Ca, c'est quelque chose qui m'a beaucoup marqué dans mes missions archéologiques, parce que l'on est vraiment dans une nature sans présence humaine où les animaux ne sont pas du tout effrayés puisqu'ils ne sont plus chassés."

30 min
Site baleinier de Pot harbour, Anse Betsy (Kerguelen)
Site baleinier de Pot harbour, Anse Betsy (Kerguelen)
- © Jonhattan Vidal
Intérieur d'un abri dans l'anse Betsy (îles Kerguelen)
Intérieur d'un abri dans l'anse Betsy (îles Kerguelen)
- © Jonhattan Vidal

Conséquence de cette fréquentation, nombreux sont les naufrages sur ces côtes isolées, certains naufragés ayant survécu plus d’une année avant d’être secourus. Lieux de survie et abris de fortune témoignent de ces aventures hors du commun. C’est le cas d’une probable grotte des naufragés en baie de la Hébé sur l’île de la Possession ou de plusieurs abris en falaise découverts près de l’anse BetsyÀ pointe Charlotte (Kerguelen), le site de survie de John Nunn a été fouillé. Baleinier anglais, John Nunn fit plusieurs naufrages successifs en 1825 et vécu sur l’île avec ces compagnons jusqu’en 1829. En 1850, il publie son aventure et évoque sa survie et en particulier l’édification d’une cabane «  Hope cottage » sur les rives est de la péninsule Courbet.

Pierre gravée trouvée sur l'île d'Amsterdam
Pierre gravée trouvée sur l'île d'Amsterdam
- © Jonhattan Vidal

Plusieurs tentatives d’élevage à Kerguelen ont, elles aussi, laissé des traces matérielles. Subsistent les soubassements de la maison dite Heurtin sur l ’île d’Amsterdam du nom de la famille qui s’installe sur l’île avec quelques paysans en 1870 pour faire de l’élevage et des cultures. C’est aussi la tentative d’exploitation des ovins par Decouz et Culet en 1912-1913, enfin les frères Henry et René-Emile Bossière se lancent dans l’élevage et installent des familles de bergers à Port Couvreux. Ils abandonneront surtout hommes et femmes sur l ’île Saint-Paul implantés sur l’île pour la pêche à la langouste.

Chaudrons de Railler du baty dans la baie de l'observatoire (îles Kerguelen)
Chaudrons de Railler du baty dans la baie de l'observatoire (îles Kerguelen)
- © Jonhattan Vidal

Jonhattan Vidal "Le chaudron, c'est l'élément clé, l'objet caractéristique que l'on découvre sur les sites baleiniers dans ces îles, c'est même le fossile directeur. Ce sont de grands chaudrons qui pèsent 600 kilos à peu près, qui permettent de stocker 600 litres de liquide. Ils étaient enchâssés sur un foyer et donc permettaient de faire fondre la graisse de baleine ou d'éléphants de mer. Ils étaient, pour une partie, installés sur les bateaux, avec le foyer directement sur le bateau, et parfois avec le foyer sur le rivage."

Ile Saint-Paul
Ile Saint-Paul
- © Jonhattan Vidal

Enfin, la vocation actuelle de ces terres, aujourd’hui dévolues à la science a été lancée dès le milieu du XIXe siècle avec des missions géophysiques et astronomiques. La baie de l’observation à Kerguelen, possède encore les vestiges de stations scientifiques installées par les Anglais (1874-1875), les Allemands (1901-1905) et les Français.

Jonhattan Vidal "Ces territoires se prêtent très bien à faire des observations scientifiques que l'on ne peut pas faire ailleurs, comme les observations astronomiques, par exemple, et ceci, dès 1874, lors du passage de Vénus devant le Soleil, qui est un phénomène astronomique récurrent, qui avait déjà eu lieu un siècle plus tôt. Là, toutes les nations se déploient dans ces îles australes pour faire ces observations."

Morceau de fusée Fusov m100 du nom de la mission Franco-Russe sur les îles Kerguelen, dans les années 70/80
Morceau de fusée Fusov m100 du nom de la mission Franco-Russe sur les îles Kerguelen, dans les années 70/80
- © Jonhattan Vidal

Depuis cette période, des expéditions scientifiques de toutes natures ont été conduites et de nombreux sites conservent les témoignages matériels de ces missions ; c’est le cas des fusées issues du programme franco soviétique Fusov.

Jonhattan Vidal dans la vallée des phoquiers (îles Crozet)
Jonhattan Vidal dans la vallée des phoquiers (îles Crozet)
- © Laetitia Thérond

Jonhattan Vidal "La mission dans son ensemble est longue : il faut partir deux mois pour passer un mois sur Kerguelen car, déjà, le temps de navigation est assez long au départ de l'île de la Réunion. [...] Le navire ravitailleur des Terres australes, le " Marion Dufresne" fait une rotation d'un mois pour ravitailler les trois districts et donc la mission que j'ai faite, elle se déroule entre deux rotations pour rester un mois à Kerguelen. Ensuite, ce sont des prospections pédestres, le plus souvent, puisqu'une fois que le bateau est parti, il n'y a plus d'hélicoptère, plus aucun moyen de locomotion terrestre et donc on part à pieds, au moins à trois personnes pour qu'il n'y ait aucun risques en terme de sécurité."

Vincent Charpentier en discute avec Jonhattan Vidal, archéologue, ingénieur de recherche, en charge de l'archéologie australe, adjoint au conservateur régional de l'archéologie de la Réunion, et directeur de recherche à l'Université Bourgogne Franche-Comté ainsi qu'à la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bourgogne Franche-Comté.

Vallée des phoquiers  (îles Crozet)
Vallée des phoquiers (îles Crozet)
- © Jonhattan Vidal

>>> Le musée national de la Marine – Château de Brest, propose jusqu’au 5 mars 2023, une exposition intitulée " Voyage en terres australes Crozet & Kerguelen 1772 – 2022".

Pour aller encore plus loin

44 min

L'équipe

Vincent Charpentier
Vincent Charpentier
Vanessa Nadjar
Réalisation
Sandrine Chapron
Collaboration