Vue zénithale de la cour du château de Villers-Cotterêts, où a été mis au jour le jeu de paume de François 1er. - © Denis Gliksman / Inrap
Vue zénithale de la cour du château de Villers-Cotterêts, où a été mis au jour le jeu de paume de François 1er. - © Denis Gliksman / Inrap
Vue zénithale de la cour du château de Villers-Cotterêts, où a été mis au jour le jeu de paume de François 1er. - © Denis Gliksman / Inrap
Publicité
Résumé

L’archéologie intervient de plus en plus dans de grands édifices, patrimoine national voire de l’humanité, c’est notamment le cas de quelques châteaux français, dont Chambord ou Versailles…

En savoir plus

Tout récemment le château de Villers-Cotterêts dans l'Aisne (photo ci-dessus), grand projet présidentiel en vue de devenir la Cité internationale de la langue française, vient d’être l’objet d’une importante fouille qui a révélé le jeu de paume de François 1er. Depuis peu, la fouille de grands édifices ou de centres urbains des temps modernes met au jour ces jeux de paume, ancêtres du tennis moderne.  Il faut alors citer Rennes, Marseille, Chinon, Versailles, Villers-Cotterêts et depuis le mois dernier, Blois.

Charles Hulpeau, Le jeu royal de la paume, Paris 1632. Gravure sur bois, représentant une salle couverte d'un jeu de paume au début du XVIIe siècle
Charles Hulpeau, Le jeu royal de la paume, Paris 1632. Gravure sur bois, représentant une salle couverte d'un jeu de paume au début du XVIIe siècle
- © BnF

Le jeu de paume ou archéologie du temps libre

Né au Moyen-Âge, le jeu de paume est à l'origine de tous les jeux de balle frappée à la main, ou avec une raquette ou une batte. L’âge d'or de ce jeu débute dès la fin du XVe et s’achève durant le premier tiers du XVIIe siècle.

Publicité

Il va de soi, que la découverte de ces jeux de paume touche tout à la fois à l’archéologie du sport, comme à celle du jeu, et par là-même, à l’archéologie du temps libre, sujet encore presque inconnu de la discipline. Ces jeux de paume sont à l'époque de véritables lieux de sociabilité pour diverses catégories de population : bourgeois, princes ou rois jouent à la paume. Paris possédait 250 salles vers 1600, il n'en restait qu'une douzaine en France, au XIXe siècle.

Jeu de paume (à gauche) et excavations romaines et haut Moyen Âge en cours de fouille (à droite) à Blois
Jeu de paume (à gauche) et excavations romaines et haut Moyen Âge en cours de fouille (à droite) à Blois
- © Didier Josset / Inrap

Didier Josset "La fouille se trouve proche du centre ville historique, en rive droite, à une centaine de mètres au nord du château, et à 500 mètres de la Loire."

Didier Josset "Nous avons fouillé un jeu de paume royale, un jeu de courte paume. Il s'agit d'un vaste édifice à plan rectangulaire qui a été plutôt bien conservé. Il bordait la rue du Pont du Gast sur sa façade orientale, sa façade principale. A l'arrière, un jardin occupait la bande de terrain qui se situait entre le bâtiment et la base du versant du côteau."

Actualité à Blois

Aujourd’hui, c’est un jeu de courte paume qui est en cours de dégagement. Les vestiges montrent deux états avec un important changement de plan. Trois galeries bordent l’aire de jeu, le long des petits côtés et toujours sur son côté le plus long, à l’est. À son opposé, un élément architectural très caractéristique, le tambour, équipe le nouveau bâtiment. Ce décrochement complexifie le jeu en favorisant les rebonds.

Didier Josset "La première salle, édifiée au début du 16e siècle, est équipée d'une aire de jeu de six mètres de large sur vingt-six mètres de longueur, couverte de carreaux de terre cuite, de tomettes, bordée d'une galerie le long de sa façade orientale, c'est-à-dire le long de la rue. La seconde salle, découle de l'agrandissement de cet édifice, avec une aire de jeu nettement plus grande, mesurant entre huit et neuf mètres de large sur trente mètres de longueur."

Didier Josset "Aux 15e et 16e siècles, s'ouvre une période de fort développement et on la doit à l'avènement de Louis XII, en 1498, natif de la ville de Blois, qui devient véritablement la ville résidence du souverain."

Aujourd'hui vaste hangar, le jeu de paume urbain de Chinon est un des derniers témoins de ce sport, en France
Aujourd'hui vaste hangar, le jeu de paume urbain de Chinon est un des derniers témoins de ce sport, en France
- © Vincent Charpentier / Inrap

Le jeu de paume de Chinon

De nos jours, seule la rue « du jeu de paume » rappelle à la mémoire la présence d’un tel jeu au centre de Chinon. Édifié à la fin du XVIe siècle, celui-ci tombe en désuétude un siècle plus tard. Ce qui n’est aujourd’hui qu’une immense grange, possède encore ses murs noircis, une charpente de chêne d’exception datant des années 1580. Si ses carreaux au sol ont disparu, ses larges baies ouvertes sur l’extérieur sont encore présentes. Un sondage archéologique vient d’y être réalisé et un projet de réhabilitation est en cours, probablement pour mieux faire renaître ce sport de rois, oublié depuis trois siècles.

Vue générale de la fouille du Grand Commun, Versailles, en 2007
Vue générale de la fouille du Grand Commun, Versailles, en 2007
- © Denis Gliksman / Inrap

Retour sur le jeu de paume de Louis XIII à Versailles (extrait d'une émission diffusée en 2007)

Dans le cadre de la réalisation du Grand Versailles, des fouilles ont été réalisées, en 2007, sous le Grand Commun, bâtiment méconnu destiné au "service" de Louis XIV. Ces recherches ont mis au jour un jeu de courte paume, édifié en 1630, pour Louis XIII, à côté de son château. Ce jeu, le « tripot », fait l'objet d'un programme de construction très élaboré par l'architecte Philibert Le Roy. Il se compose d'un jeu et d'un pavillon d'habitation pour le maître paumier. Le rôle du maître-paumier y est essentiel : il donne des leçons, arbitre et organise les tournois, réalise le cordage des raquettes. Il façonne aussi l'esteuf, cette balle constituée d'une petite boule de liège enroulée d'une bandelette de tissu, et enveloppée dans deux morceaux de feutrine dont la trace des coutures est à l'origine du dessin des balles de tennis actuelles.

Jean-Claude Le Guillou "Comme il commence à se plaire à Versailles, Louis XIII, en 1629, demande la construction d'un jeu de paume à proximité du château. Le jeu de paume se trouve à peu près à 150 mètres de la cour du château et consiste en un long bâtiment d'à peu près 35 mètres de long sur 15 mètres de large, qui sera construit pendant le printemps de l'année 1630. [...] C'est un édifice très simple : une aire de jeu couverte. Ça ressemble, à vrai dire, un peu à une grange."

L’archéologie des temps modernes et contemporains

L’archéologie des temps modernes et contemporains est encore une discipline en devenir. Pourquoi fouiller des vestiges, alors que d’abondantes archives historiques sont à notre disposition ? Parce que l’Histoire ne raconte pas tout et surtout pas la matérialité des faits, ainsi, l’archéologie de cette période, est, depuis quelques années, de plus en plus prise en compte.

Avec Didier Josset et Jean-Yves Dufour, archéologues à l’Inrap, Yves Carlier, conservateur au château de Fontainebleau, et Jean-Claude Le Guillou, historien.

Yves Carlier "L'âge d'or du jeu de paume est à la Renaissance, de François Iᵉʳ à Henri IV, et Louis XIII a continué les habitudes de son père. Il a énormément joué à la paume et ce sont les années 1635-1650, peut-être jusqu'à 1660, qui ont commencé à sonner le déclin de cette pratique dans tout le territoire français."

Pour aller (encore) plus loin

Bibliographie

  • Bulles d'archéo : les premiers siècles de Blois par Didier Josset, Emmanuelle Plumet, Viviane Aubourg - dessin Renaud Pennelle (Éditions petit à petit, Rouen, 2019).
  • Archéologie de la maison vernaculaire sous la direction de Jean-Yves Dufour (Éditions Mergoil, Haute-Garonne, 2020).
29 min
Références

L'équipe

Sandrine Chapron
Collaboration
Vanessa Nadjar
Réalisation