Vue générale du bateau dans la lumière matinale - © Patrick Ernaux / Inrap
Vue générale du bateau dans la lumière matinale - © Patrick Ernaux / Inrap
Vue générale du bateau dans la lumière matinale - © Patrick Ernaux / Inrap
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Résumé

Dans les fleuves et rivières de France, bien peu d’épaves ont été découvertes ou fouillées. Si certaines sont le fruit de tragiques naufrages, d’autres, échouées n’ont été que reléguées.

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La découverte, puis la fouille, de l’épave de Villenave d’Ornon, en bordure de la Garonne s’avère aujourd’hui une exception. Enfouie dans l’ancien lit envasé d’un ruisseau (l’Estey du Lugan), ce bateau est daté des VIIe-VIIIe siècles et constitue un exceptionnel témoignage de l'architecture navale du haut Moyen Âge. Faute de sources écrites et d’épaves en nombre suffisant, les modes de navigation, à cette époque, sont encore très peu connus, la découverte de Villenave d’Ornon relance donc un champ de recherche laissé en jachère.

Laurent Grimbert "Durant le diagnostic de 2015, lors de sa découverte, une datation radiocarbone avait été réalisée, et avait montré qu'on était sur le septième ou huitième siècle, 660/780. Cette datation est la seule dont nous disposons pour le moment. Il faut rester prudent avec les datations sur les épaves parce que des bois peuvent être réutilisés, donc, on peut avoir des erreurs. [...] Pour l'instant, on reste sur le haut Moyen Âge."

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Vue générale du bateau
Vue générale du bateau
- © Patrick Ernaux / Inrap

Laurent Grimbert "Elle a été découverte en 2015 à l'occasion d'un diagnostic de l'Inrap sur un projet immobilier. Depuis 2015, le projet était un peu en sommeil. Et là, ça s'est réactivé en début d'année 2019 et nous sommes repartis pour la fouiller. Maintenant, elle est entièrement dégagée et elle apparaît dans toute sa splendeur."

15 mètres de long

L’épave est conservée sur douze mètres de long, mais sa taille initiale peut être estimée à une quinzaine de mètres. Les premières observations sur l’épave (présence d’une quille, assemblage des pièces de bois, dimensions et nombre des membrures…) permettent de restituer un bateau robuste (voilier de charge) capable de naviguer sur la Garonne mais également de faire du cabotage sur la façade atlantique. La présence d'un plancher indique que cette embarcation pouvait transporter des marchandises en vrac. L'épave est en bon état de conservation et certains éléments d’accastillage comme les cordages sont encore présents à l’intérieur. Différentes essences de bois (chêne et résineux) sont utilisées dans la construction.

Plancher de la partie avant du bateau
Plancher de la partie avant du bateau
- © Patrick Ernaux / Inrap

Laurent Grimbert "L'épave est sur un petit ruisseau perpendiculaire à la Garonne, un peu en amont de Bordeaux, qui s'appelle l'Estey du Lugan, qui, aujourd'hui, est un petit ruisseau qui se trouve à une dizaine de mètres de l'épave mais qui était beaucoup plus large à l'époque. C'est un des enjeux de la fouille, comprendre l'environnement de l'épave au moment où elle a été ensevelie et coulée."

Préparation de l'équipe pour le démontage du plancher
Préparation de l'équipe pour le démontage du plancher
- © Patrick Ernaux / Inrap

Laurent Grimbert "Elle est très bien conservée, le bois, notamment, est bien conservé. L'épave est conservée sur environ onze mètres de long. Il manque un petit peu la partie arrière, sur trois ou quatre mètres. C'est une période où les épaves sont extrêmement rares. C'est la deuxième connue en France (la première étant celle de Port-Berteau sur la Charente), pour cette période, de ce type de bateau, donc c'est une découverte exceptionnelle."

Un bel exemple d’archéologie subaquatique

Avec ses grandes épaves, l’archéologie sous-marine est souvent au-devant de la scène. L’archéologie subaquatique liée à nos fleuves, lacs et rivières est plus discrète. Hormis des épaves, elle livre nombre d’aménagements notamment des moulins ou pêcheries, voire des ponts et des gués.  

Humidification des membrures tribord du bateau
Humidification des membrures tribord du bateau
- © Patrick Ernaux / Inrap

Laurent Grimbert "La vase qui recouvre l'épave, en fait, a dû venir à l'occasion d'une ou de plusieurs marées quand l'épave a coulé. Ensuite, elle a été très rapidement recouverte par les sédiments qui proviennent de la Garonne, à marée haute et à marée basse, et donc cette vase en a permis la conservation puisqu'on est en milieu anaérobie, pas d'oxygène, humidité 100%, pas de changement de température. [...] On se rend compte que le bois sèche très vite, donc on l'arrose continuellement pour essayer de préserver ce bâtiment."

Cette importante fouille de l’Inrap, engagée en 2019, s’achève aujourd’hui. Voici deux ans, le magazine de l’archéologie de France Culture s’était rendu sur le terrain, afin de réaliser ce reportage.

Journées européennes de l'archéologie

Ces 17, 18 et 19 juin 2022, se tiendront partout dans les 46 pays membres de l'Europe, les Journées Européennes de l'Archéologie.

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Références

L'équipe

Vanessa Nadjar
Réalisation
Sandrine Chapron
Collaboration