Vue aérienne des épaves fouillées sur l'île Coton de la Loire
Vue aérienne des épaves fouillées sur l'île Coton de la Loire - © Denis Gliksman
Vue aérienne des épaves fouillées sur l'île Coton de la Loire - © Denis Gliksman
Vue aérienne des épaves fouillées sur l'île Coton de la Loire - © Denis Gliksman
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Dix épaves et des pêcheries viennent d’être exhumées du lit de la Loire dans les environs d’Ancenis, entre Maine-et-Loire et Loire-Atlantique, sur les sites des îles Poulas et Coton, submergées la majeure partie de l’année.

Avec
  • Anne Hoyau-Berry Archéologue, spécialisée en recherche sous-marine
  • Denis Fillon Archéologue à l'Inrap

Datées des XVIIe-XVIIIe siècles, Les épaves reposent sous et autour de trois longues structures empierrées. Les naufrages sont assurément volontaires, les navires ayant été coulés afin de protéger la tête de l’île Coton de l'érosion. Bateaux à fond plat, ils sont caractéristiques de la navigation fluviale et notamment de la Loire à cette époque. Ils naviguaient probablement dans les deux sens, soit portés par le courant, soit le remontant à l’aide d’une grande voile carrée.

Anne Hoyau-Berry "C'est un site extraordinaire, de toute beauté, exceptionnel quant à sa richesse, à son état de conservation, à sa diversité et à sa localisation sur la Loire. On a une chance extrême de pouvoir fouiller une dizaine de navires de Loire, concentrés sur un hectare de surface. Et je pense que d'ici 20 ans, on ne sera pas en mesure de retrouver ce type de site à cette hauteur là."

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Vue des épaves (île Coton sur les berges de la Loire)
Vue des épaves (île Coton sur les berges de la Loire)
- © Denis Gliksman, Inrap

Anne Hoyau-Berry "Ici, à Ancenis, nous sommes soumis à la marée. Et ce chantier, quand l'hiver est là et que la Loire est à son niveau normal, est sous l'eau. Donc, on le fouille sur les périodes d'été, d'une part en respect de la faune et de la flore (la nidification des sternes est terminée), et, d'autre part, parce que le lit est particulièrement bas, ce qui fait que l'on peut accéder en grande partie de manière sèche."

Embarcations de charge, ils pouvaient transporter des matières premières (bois, pierre, tuiles, ardoises, charbon, etc.) mais aussi du sel et des tonneaux de vin. Ces bateaux en chêne ont une étanchéité assurée par un système de "palâtrage" (intercalage de mousse végétale entre les planches). Ils seront l’objet d’études poussées qui mettront en évidence techniques et matériaux de construction.

Anne Hoyau-Berry "La mise en œuvre de ces structures, avec sa complexité, c'est forcément quelqu'un qui a beaucoup de pouvoir, qui ordonne ces travaux. On peut peut-être même penser que ce type de travaux se gère à l'échelle du roi et non pas simplement au niveau de la seigneurie locale, parce que c'est quand même une construction extrêmement importante, qui mobilise une dizaine de navires destinés à cette fabrication, ce qui fait que ce n'est pas une petite volonté qui peut mettre en œuvre autant d'actions."

Fouille sur une des épaves de l'île Coton sur les berges de la Loire
Fouille sur une des épaves de l'île Coton sur les berges de la Loire
- © Vincent Charpentier, Inrap

Anne Hoyau-Berry "Ces épaves, après étude archéologique, seront réensevelies et les vestiges recouverts avec les sables que l'on a extraits pour y accéder. C'est la meilleure condition de conservation puisque c'est celle qui nous a permis de les avoir intacts ici depuis 300 ans !"

30 min
Un des « V » de la pêcherie fixe, matérialisé par deux lignes de pieux dessinant un cône, il était destiné à canaliser le poisson (île Poulas, Loire)
Un des « V » de la pêcherie fixe, matérialisé par deux lignes de pieux dessinant un cône, il était destiné à canaliser le poisson (île Poulas, Loire)
- © Yann Viau, Inrap

Denis Fillon "Ce sont des pêcheries du Moyen Âge, datées du XIIᵉ siècle, depuis nos diagnostics archéologiques réalisés en 2020. La période correspond au retour des moines à l'abbaye de Saint-Florent-le-Vieil, après avoir été chassés par les Vikings au IXᵉ siècle. Ces pêcheries sont de grosses constructions commandées soit par des seigneurs ecclésiastiques, soit par des seigneurs laïcs."

Des pêcheries médiévales

Trois d’entre elles sont des pêcheries fixes, disposées en "W" en vue de la capture de poissons qui remontent le courant, tel le saumon, ou qui le redescendent, comme l’anguille. Ces aménagements de pieux et de pierres sont associés à un duit, digue destinée à orienter le fil d’eau et le poisson vers l’œil de la pêcherie, où sont posés nasses et filets. D’après les premières datations, ces pêcheries auraient fonctionné au cours du XIIe siècle. Propriété des pouvoirs ecclésiastiques ou seigneuriaux locaux, elles permettaient de respecter les nombreux "jours maigres" instaurés par l’Église.

Vue globale vers l’aval d’une pêcherie fixe. Un duit avec plusieurs lignes de pieux orientait le courant vers le piège à poissons (île Poulas, Loire)
Vue globale vers l’aval d’une pêcherie fixe. Un duit avec plusieurs lignes de pieux orientait le courant vers le piège à poissons (île Poulas, Loire)
- © Yann Viau, Inrap

Denis Fillon "Il faut imaginer une Loire beaucoup plus large, avec une hauteur d'eau supérieure à 2 à 3 mètres par rapport au cours actuel, et une pêche abondante, dans un univers où l'église, au XIIᵉ siècle, réclame plus de 150 jours maigres par an, à tel point que la plupart des journaliers qui travaillent dans les champs sont payés en saumons."

Vue aérienne du chantier de fouille de l’île Poulas (pêcheries - sites 1 et 2) sur les berges de la Loire
Vue aérienne du chantier de fouille de l’île Poulas (pêcheries - sites 1 et 2) sur les berges de la Loire
- © Pierrick Leblanc, Inrap

La Loire, fleuve sauvage

La sécheresse estivale de l'été 2022 et le faible débit du fleuve n’y sont pour rien. La Loire, par trop endiguée par le passé, l'établissement public, Voies Navigables de France, rééquilibre actuellement le lit de la Loire, vaste entreprise qui prépare le futur, mais surtout révèle le passé…

Vincent Charpentier s'est rendu sur le terrain pour rencontrer Anne Hoyau-Berry, archéologue à l'Inrap, membre de l'Association pour le Développement de la Recherche en Archéologie MARitime (Adramar), et Denis Fillon, archéologue à l'Inrap.

Vue d'une des épaves fouillées sur l'île Coton (berges de la Loire)
Vue d'une des épaves fouillées sur l'île Coton (berges de la Loire)
- © Vincent Charpentier, Inrap
À écouter ou à réécouter : On a retrouvé la Jeanne-Elisabeth !
31 min
Vue aérienne du chantier de fouilles de l'île Coton sur les berges de la Loire
Vue aérienne du chantier de fouilles de l'île Coton sur les berges de la Loire
- © Denis Gliksman, Inrap

Pour aller plus loin

Vue de la fouille des épaves de l'île Coton
Vue de la fouille des épaves de l'île Coton
- © Denis Gliksman, Inrap
45 min

L'équipe

Vincent Charpentier
Vincent Charpentier
Anna Holveck
Réalisation
Sandrine Chapron
Collaboration