Jean-Jacques Beineix tutoyant les moustaches de Vercingétorix (statue monumentale du sculpteur A. Millet au-dessus du village d'Alise-Sainte-Reine en Bourgogne) - © Cargo Films / Tamasa Distribution / J.J. Beineix
Jean-Jacques Beineix tutoyant les moustaches de Vercingétorix (statue monumentale du sculpteur A. Millet au-dessus du village d'Alise-Sainte-Reine en Bourgogne) - © Cargo Films / Tamasa Distribution / J.J. Beineix
Jean-Jacques Beineix tutoyant les moustaches de Vercingétorix (statue monumentale du sculpteur A. Millet au-dessus du village d'Alise-Sainte-Reine en Bourgogne) - © Cargo Films / Tamasa Distribution / J.J. Beineix
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Résumé

Pour Jean-Jacques Beineix « La machine à remonter le temps existe, c'est le cinéma ! ». Outre ses grands succès, il a été le réalisateur d'un des meilleurs films sur les Gaulois, "Les Gaulois au-delà du mythe", sorti en 2013.

avec :

Laurent Olivier (Historien et conservateur du département d'archéologie celtique et gauloise au musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye.), Jean-Jacques Beineix (Réalisateur, scénariste, producteur, cadreur).

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Il était le réalisateur de films cultes, "Diva", avec R. Bohringer, "La Lune dans le caniveau" avec G. Depardieu, "37°2 le matin" avec Béatrice Dalle, "Roselyne et les Lions" avec Isabelle Pasco…

Jean-Jacques Beineix "Sur le film, j'ai évidemment découvert les archéologues et j'ai envie de dire que les archéologues sont "sexy" parce que ce sont des gens qui sont passionnés, qui sont sur le terrain et ce sont des êtres humains. Et le fait d'être sur le terrain, confrontés à des recherches, la quête donne quelque chose de plus à l'être humain : c'est la passion !"

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Jean-Jacques Beineix « dont la carrière fut à l’image d’un feu d’artifice, flamboyant et éphémère » pour reprendre les termes du Monde, s’est éteint voici peu (13 janvier 2022). Son œuvre a bien entendu été couronnée de nombreux Césars, certes, mais il fut, à notre connaissance, le seul à toucher les moustaches de Vercingétorix, dans un de ses derniers films, réalisé avec la complicité des archéologues : les gaulois au-delà du mythe.

Jean-Jacques Beineix "J'ai eu la chance, avec une grue, je suis monté et j'ai touché les moustaches de Vercingétorix. C'était très impressionnant parce qu'il est là, tout seul, en haut de ce plateau. Il domine la plaine autour et on peut imaginer, à l'époque, Jules César, qui avait fait ces tranchées, qui avait encerclé ces gens qui s'étaient ou bien réfugiés ou qu'il pensait les piéger, parce qu'il y a plusieurs théories là-dessus..."

Laurent Olivier "Je crois qu'on est frappé d'un syndrome du colonisé. C'est-à-dire que, vis à vis de la Gaule, on est dans la position du colonisé qui est amené à dénigrer la culture dont on vient. C'est sympa, les sangliers à l'orée de la forêt, mais, enfin, c'est destiné à s'effacer devant la grande civilisation. Quand on a de grands documentaires à la télévision, ce qu'on souhaite montrer, c'est la Gaule gallo-romaine, la Gaule romanisée. Et en fait, je pense que c'est cette part enfouie qui intéresse Beineix, cette part refoulée du passé gaulois et je trouve qu'il en parle magnifiquement bien."

Statue de Vercingétorix à Alise Sainte-Reine (Côte-d'Or / Bourgogne)
Statue de Vercingétorix à Alise Sainte-Reine (Côte-d'Or / Bourgogne)
© Getty - © Loic Lagarde / Moment Mobile

Invité dans le magazine d’archéologie de France Culture, en 2013, je l’avais alors retrouvé un peu avant l’émission, au zinc du café « Les ondes » (juste à côté de la maison de la radio, ndlr), pour entamer une discussion, gaie et enflammée, qui se termina bien après notre direct.

Jean-Jacques Beineix "Je ne pense pas que l'on puisse dire qu'il y aurait comme une sorte d'antagonisme insupportable entre l'histoire et l'archéologie. Je pense que les deux se nourrissent. L'archéologie vient infirmer, confirmer, étayer. Mais les archéologues se servent aussi de l'histoire et je pense qu'il y a un dialogue. Alors, faire de l'un, la suprématie par rapport à l'autre me semblerait un peu injuste. Mais je ne suis ni historien ni archéologue."

Laurent Olivier "Je dirais que l'archéologie, d'une manière toute simple, révèle ce que les gens ont fait et ce qu'on a fait aux gens. Et ça, ça ouvre souvent un gouffre par rapport à l'histoire. Ça ouvre des domaines qui sont peu documentés par l'histoire."

Laurent Olivier "C'est un peu caricatural, mais L***'histoire travaille sur ce que les gens ont pensé, ont dit, interprété. L'archéologie travaille sur ce qui reste "matériellement" du passé, dans le présent, c'est-à-dire une "présence". C'est toujours présent matériellement, et c'est un paradoxe, même si les gens qui l'ont fait ont disparu. Et c'est cette présence absente, comme l'est la mémoire, qui caractérise l'archéologie, c'est ce qui subsiste dans le passé, aujourd'hui."***

Parce que Jean-Jacques Beineix a produit un des deux meilleurs films sur les gaulois, et afin de lui rendre hommage, nous avons décidé de replonger dans les archives pour mieux les faire redécouvrir, en compagnie d’un archéologue et grand témoin, spécialiste des gaulois : Laurent Olivier, historien et conservateur du département d'archéologie celtique et gauloise au musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye.

Nous tenons à remercier particulièrement Frida Beineix, mais également Philippe Chevassu (Tamasa Distribution), Carine Leblanc et Martina Bangert (Arte France).

"Vercingétorix", "J'ai pris les armes pour la liberté de tous" inscriptions sur le socle de la statue de Vercingétorix par Bartholdi (à Clermont-Ferrand).
"Vercingétorix", "J'ai pris les armes pour la liberté de tous" inscriptions sur le socle de la statue de Vercingétorix par Bartholdi (à Clermont-Ferrand).
© Getty - © Kean Collection / Archive photos

Jean-Jacques Beineix "Fouiller, c'est le travail des archéologues. C'est à partir de petits éléments, de fragments souvent détériorés, épars, qui ne sont pas toujours contextualisés, d'essayer de retrouver quelque chose qui ressemble à un contexte et à le faire parler. C'est un travail d'enquête. Pour un cinéaste, filmer ce qui n'existe pas, évidemment, ça ressemble à une gageure. [...] On s'aperçoit justement que c'est un travail de longue haleine, un travail où l'on gratte, on brasse, on fouille, on est à quatre pattes, sous le soleil, dans la boue, et la patience et la longueur de temps permettent de découvrir des choses."

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